Le sauvetage des fresques du tumulus de Kitora : un travail de haute précision

Hayakawa Noriko [Profil]

[03.04.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Le village d’Asuka, dans la préfecture de Nara, abrite une grande sépulture – le tumulus de Kitora – dans laquelle les archéologues ont découvert une chambre funéraire ornée de remarquables fresques. Celles-ci représentent plusieurs animaux mythiques, dont l’« oiseau rouge » et le « tigre blanc », ainsi qu’une étonnante carte du ciel. Ces peintures murales réalisées il y a quelque treize siècles ont été soigneusement transférées et reconstituées dans un musée situé non loin de là. Mais ce travail, qui a duré douze années, n’a pas été une mince affaire comme l’explique Hayakawa Noriko, l’auteur de l’article qui suit.

Fresques du tumulus de Kitora, une découverte du siècle

Le tumulus (kofun) circulaire de Kitora a été édifié entre la fin du VIIe siècle et le début du VIIIe siècle de notre ère, dans le district de Takaichi du village d’Asuka, qui se trouve dans la préfecture de Nara(*1). Il abrite une petite chambre funéraire de 2,6 mètres de long sur 1 mètre de large et 1,3 mètre de haut. En 1983, un examen effectué à l’aide d’un fibroscope introduit dans la tombe a révélé la présence d’une image symbolique représentant genbu – une déité traditionnellement associée à la direction du nord – sous la forme d’une tortue noire entourée par un serpent. Des recherches menées en 1998, soit quinze années plus tard, ont mis en évidence d’autres animaux fabuleux de la cosmogonie chinoise. Le « dragon bleu » (seiryû) sur la paroi est. Le « tigre blanc (byakko) sur le mur ouest. Et une carte du ciel sur le plafond de la tombe.

En raison de ces découvertes exceptionnelles, la préfecture de Nara a classé le kofun de Kitora en tant que « site historique spécial » dès l’an 2000. Une année plus tard, les chercheurs ont trouvé un « oiseau rouge » (suzaku, qualifié aussi de « phénix ») sur la paroi sud de la tombe ainsi que des représentations symboliques des douze animaux – rat, bœuf, tigre, lapin, dragon, serpent, cheval, chèvre, singe, coq, chien et cochon – du zodiaque chinois sur chacun de ses murs. À ce jour, les archéologues n’ont repéré aucune autre fresque de phénix et de signes du zodiaque dans les kofun de l’Archipel. Le célèbre tertre funéraire de Takamatsuzuka – également situé dans la préfecture de Nara et découvert dans les années 1960 – est le seul autre exemple de tombe dont les parois sont ornées d’une tortue noire, d’un dragon bleu, d’un tigre blanc et d’une carte du ciel. C’est d’ailleurs pourquoi ces deux sites archéologiques de la zone d’Asuka-Fujiwara figurent sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco.

L’« oiseau rouge » (suzaku), symbole de la direction du sud, qui orne la paroi méridionale de la chambre funéraire du kofun de Kitora. Après restauration.

La carte du ciel représentée sur le plafond de la tombe de Kitora. Après restauration.

Le « tigre blanc » (byakko), emblème de la direction de l’ouest, situé sur la paroi occidentale de la chambre funéraire du tertre de Kitora. Après restauration.

Représentations des animaux datant de treize siècles

Les fresques du kofun de Kitora sont apparues au grand jour au cours des fouilles archéologiques effectuées en février 2004. À cette occasion, les chercheurs ont aussi réalisé qu’en maints endroits, les peintures étaient en train de se détériorer et de s’écailler. En raison de la gravité de la situation, il a été décidé de prélever dans un premier temps les parties en train de se détacher, puis par la suite, la totalité des fresques afin de les restaurer et de les conserver en dehors de la chambre funéraire. Les opérations de sauvetage des peintures murales de Kitora ont duré plus de douze ans et elles se sont déroulées en trois phases. La première a consisté à sauvegarder les fresques à l’intérieur de la tombe, la seconde à les retirer des murs et à les transférer dans un autre lieu et la troisième à les reconstituer.

Une fois ces travaux achevés, un musée spécialement dédié aux peintures murales du tertre funéraire de Kitora (Kitora kofun hekiga taiken kan), appelé aussi Shijin no yakata (la demeure des quatre déités), a ouvert ses portes en septembre 2016, à Asuka. Le public a pu notamment y admirer la carte du ciel du plafond de la tombe ainsi que les fresques des parois ouest et sud représentant respectivement le byakko et le suzaku. Les originaux n’ont été exposés que pendant un temps limité, mais le musée, ouvert toute l’année, permet aux visiteurs de se faire une idée non seulement de l’histoire du kofun de Kitora et de sa découverte, mais aussi de sa chambre funéraire et de son décor grâce à une reproduction grandeur nature des lieux en trois dimensions et à des écrans diffusant des images haute définition des fresques.

(*1) ^ Kofun. Ce mot désigne les nombreuses sépultures de grande taille à tumulus de terre qui ont fait leur apparition dans l’Archipel entre la fin de l’époque Yayoi (IIIe siècle av. J-C – IIIe siècle ap. J-C) et le tout début du VIIIe siècle de notre ère. Les kofun ont des formes variées – carré, cercle, « trou de serrure »… – et ils abritent une chambre funéraire. Leur contenu constitue un témoignage important sur une période de l’histoire qui correspond à la formation de l’État japonais.

  • [03.04.2017]

Née en 1972. Directrice du département des matériaux de restauration du Centre des sciences de la conservation de l’Institut national de recherches sur les biens culturels de Tokyo (TNRICP) depuis 2016. Titulaire d’un diplôme du département de chimie des polymères de l’Institut de technologie de Tokyo (Tokyo Tech.), obtenu en 1996, ainsi que d’un mastère en sciences sociales et ingénierie, obtenu deux ans plus tard. Est entrée en tant que chercheur au département des techniques de restauration du TNRICP en 1998. Promue au poste de maître de recherches en 2011 avant d’accéder à celui qui est actuellement le sien.

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