Prix Ig Nobel : pourquoi le Japon l’a remporté pour la dixième année consécutive

Shimizu Masatoshi [Profil]

[07.03.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le prix Ig Nobel est un prix parodique visant à récompenser les recherches scientifiques qui invitent au rire, mais également à la réflexion. Le Japon est un grand habitué de ce prix insolite, puisqu’au moins un Japonais est lauréat dans l’une des dix catégories primées chaque année depuis dix ans. Il n’est pas exclu qu’une découverte majeure apparaisse à partir d’une recherche considérée originellement comme futile. Penchons-nous sur l’imagination sans limite des scientifiques japonais.

Les mycétozoaires sont capables de trouver le plus court chemin d’un labyrinthe

« Est-il vrai que marcher sur une peau de banane fait glisser ? »

« Est-il possible d’extraire de l’arôme de vanille d’une bouse de vache ? »

Le prix Ig Nobel est attribué à des études amusantes comme celles-ci. Depuis sa création par une maison d’édition américaine en 1991, comme une parodie du prix Nobel, dix recherches sont sélectionnées chaque année selon des critères qui visent à « faire rire et réflechir à la fois ».

Il se trouve que les chercheurs japonais ont été primés 19 fois en 26 éditions. Et tout particulièrement pour dix années consécutives depuis 2007. Les deux questions mentionnées ci-dessus ont permis aux chercheurs japonais de remporter le prix. D’où viennent ces idées originales ? Pour le comprendre, nous sommes partis explorer le passé de l’Ig Nobel.

Les recherches du professeur Nakagaki Toshiyuki et ses collaborateurs de l’Université d’Hokkaidô, lauréat du prix en 2008, catégorie Sciences cognitives, portaient sur les mycétozoaires. Il s’agit d’un être vivant gélatineux semblant n’avoir aucune faculté spécifique. Mais l’équipe du Pr Nakagaki a démontré qu’une espèce de mycétozoaires, appelée polycephalum physarum, était capable de trouver le plus court chemin dans un labyrinthe. Qu’un être vivant aussi simple qu’un mycétozoaire soit capable d’une telle prouesse…il y a de quoi tomber des nues. D’ailleurs, l’idée même d’effectuer une recherche scientifique sur ce thème est extraordinaire. Mais comment ces mycétozoaires peuvent-ils trouver le chemin le plus court ?

Les physarum polycephalum jaunes affluent vers l’appât (au centre).

Les mycétozoaires sont des êtres qui se déplacent lentement vers leur nourriture. D’autre part, afin de relier tous les aliments dispersés en plusieurs endroits, les mycétozoaires forment des structures tubulaires similaires à des vaisseaux sanguins. Un liquide épais appelé « plasma » s’écoule à l’intérieur de ces structures tubulaires, de façon à transporter la nourriture à toute la colonie, comme du sang apporte les substances nutritives aux organes. C’est cette structure tubulaire qui constitue la réponse au problème du labyrinthe.

Regardons la situation en détail. Dans un premier temps, on dépose de la nourriture de façon à ce que les mycétozoaires occupent la totalité du labyrinthe. Lorsque ces derniers se sont bien répandus, on place de la nourriture en deux seuls endroits, A et B. Ce faisant, la colonie ne conserve et renforce sa structure tubulaire qu’entre ces deux points, en suivant le chemin le plus court, et se résorbe dans toutes les autres zones du labyrinthe. La description du phénomène par le Pr Nakagaki et ses collaborateurs, à l’aide de leur savoir mathématique et biologique ouvre une nouvelle discipline scientifique.

Schéma de la résolution du labyrinthe par les mycétozoaires.

  • [07.03.2017]

Né en 1986. Titulaire d’un master d’agronomie et des sciences de la vie de l’Université de Tokyo. Attaché de presse scientifique au Musée national des sciences et de l’innovation depuis 2013. Organisateur d’événements intitulées « Ensemble vers les technologies de pointe ! », où les visiteurs du musée peuvent participer à des démonstrations d’expériences scientifiques en compagnie de chercheurs.

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