Gagner de l’argent au Japon, un mirage pour beaucoup d’étudiants étrangers

Idei Yasuhiro [Profil]

[14.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le nombre d’écoles de l’Archipel spécialisées dans l’enseignement de la langue japonaise aux étrangers ne cesse d’augmenter, année après année. On en compte à l’heure actuelle plus de 600. Toutefois, beaucoup des élèves inscrits dans ces établissements se rendent au Japon non pas pour étudier mais pour gagner de l’argent, attirés par les promesses alléchantes d’intermédiaires peu scrupuleux. Pour ce faire, ils s’endettent lourdement et, une fois sur place, ils ont bien du mal à rembourser leurs emprunts avec les emplois mal payés qu’on leur réserve. Dans l’article qui suit, l’auteur dénonce les méthodes perverses de ce véritable « business de l’éducation ».

100 000 étudiants étrangers de plus en 4 ans

À la fin de l’année 2016, le nombre d’étudiants étrangers inscrits dans des établissements scolaires japonais a atteint le chiffre record de 277 331, soit quelque 100 000 de plus qu’il y a 4 ans. Dans ces conditions, le gouvernement de l’Archipel a de grandes chances de voir se concrétiser dès 2017 son objectif d’accueillir 300 000 étudiants internationaux d’ici 2020.

Au Japon, personne ou presque ne voit d’objection à une telle augmentation. Même les gens hostiles à l’arrivée de travailleurs étrangers et d’immigrants dans l’Archipel se réjouissent de l’afflux de ces « étudiants venus de l’étranger ». Pour eux, c’est quelque chose de positif, au même titre que la multiplication des touristes étrangers. Mais que diraient-ils s’ils savaient que la majorité de ces étudiants sont là non pas pour apprendre le japonais mais pour gagner de l’argent, qu’ils se font exploiter, qu’ils prolongent leur séjour illégalement au-delà de la date d’expiration de leur visa et qu’ils vont même jusqu’à commettre des délits ?

Des étudiants provenant essentiellement de pays d’Asie en développement

Jusqu’à une période récente, 60 % des étudiants internationaux du Japon étaient de nationalité chinoise. Mais depuis quelques temps, le nombre de Chinois reste pratiquement stable alors que celui des étudiants venus d’autres pays d’Asie, en particulier du Vietnam, augmente rapidement. En l’espace de quatre ans, les Vietnamiens sont devenus quatre fois plus nombreux au point qu’ils constituent à présent près du quart du total des étudiants étrangers, le pourcentage de Chinois n’étant plus que de 42 %.

Les 10 pays ayant le plus grand nombre d’étudiants internationaux au Japon (au 31/12/2016)

Nationalité Nombre d’étudiants Pourcentage
Chine 115 278 42 %
Vietnam 62 422 23 %
Népal 22 967 8 %
Corée du Sud 15 438 6 %
Taïwan 9 537 3 %
Indonésie 5 607 2 %
Sri Lanka 5 597 2 %
Birmanie 4 553 2 %
Thaïlande 4 376 2 %
Malaisie 2 925 1 %
Autres 28 631 10 %
Total 277 331 100 %

Source : « Statistiques sur les étudiants étrangers présents au Japon », ministère de la Justice du Japon

À en croire la presse et d’autres médias, cet engouement soudain pour la langue de l’Archipel serait dû à la présence accrue des entreprises japonaises au Vietnam. Mais ils se trompent complétement. Le véritable motif qui pousse tant de Vietnamiens à aller étudier au Japon n’est autre que l’argent.

La loi japonaise autorise les étudiants internationaux à travailler à temps partiel un nombre d’heures n’excédant pas 28 heures par semaine. Des agences parfaitement au fait de la situation, appâtent les gens en leur assurant qu’au Japon, les étudiants étrangers peuvent gagner facilement de 200 000 yens (environ 1 529 euros) à 300 000 yens (environ 2 293 euros) par mois avec un travail à temps partiel. Or au Vietnam, le salaire mensuel moyen de base se situe entre 10 000 yens (environ 76 euros) et 20 000 yens (environ 153 euros). La perspective de gagner dix fois plus attire naturellement des foules de candidats. Et c’est pourquoi nous assistons à un véritable boom « des études au Japon ».

  • [14.09.2017]

Journaliste. Né en 1965, dans la préfecture d’Okayama. Diplômé du département de sciences politiques et d’économie de l’Université Waseda. A travaillé en tant que reporter pour l’hebdomadaire japonais en anglais Nikkei Weekly. A été chercheur invité au Centre commun d’études politiques et économiques (JCPES) de Washington, un laboratoire d’idées (think tank) spécialisé dans les problèmes de la population afro-américaine des Etats-Unis. Actuellement journaliste indépendant. Auteur de divers ouvrages dont Nippon zetsubô kôjô (Le Japon, usine de désespoirs, éd. Kôdansha+α Shinsho) et Chôju taikoku no kyokô : gaikokujin kaigoshi no genba o ou (Le Japon pays de la longévité, une illusion. La vérité sur les prestataires de soins étrangers, éd. Shinchôsha).

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