Le transfert du marché de Tsukiji vers Toyosu : où en est-on exactement ?

Kawamoto Daigo [Profil]

[07.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Après une longue période d’incertitude, le déplacement à Toyosu du marché aux poissons de Tsukiji est enfin décidé. Le plan ambitieux de Koike Yuriko, la gouverneure de Tokyo, est de transférer à Toyosu toutes les fonctions du marché sans vendre le site de Tsukiji : ce dernier sera transformé en un « complexe centré sur l’alimentation ». Réussira-t-elle à faire d’une pierre deux coups ?

Après de longs atermoiements, la gouverneure Koike Yuriko a annoncé sa décision relative à la question de Tsukiji-Toyosu le 20 juin, trois jours avant la date à laquelle elle devait en notifier l’assemblée métropolitaine de Tokyo. Son projet comporte deux étapes. Tout d’abord, le transfert du marché aux poissons de Tsukiji à Toyosu, puis à l’horizon 2022, après que le site de Tsukiji aura été utilisé comme centre logistique pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2020, sa transformation en un complexe centré sur l’alimentation qui aura aussi une fonction de marché.

Préserver Tsukiji tout en mettant à profit le site de Toyosu est une idée belle à voir sur le papier, mais ce plan est équivoque : certes il flatte tant les partisans que les opposants au transfert, mais il suscite également la perplexité des gens qui travaillent aujourd’hui à Tsukiji, et qui ont déjà entendu tout et son contraire sur le problème du transfert.

Les raisons du retard du transfert à Toyosu

La décision de transférer le marché aux poissons de Tsukiji à Toyosu, justifiée par le vieillissement des installations et la difficulté de procéder à des travaux de rénovation en maintenant l’activité commerciale, a été officiellement prise en 2001. La découverte en 2008 de benzène dans le sol de Toyosu à un niveau 43 000 fois supérieur aux normes environnementales a apporté de l’eau au moulin de ceux qui critiquaient le site comme n’étant pas approprié pour un marché de produits frais.

La pollution de ce site qui avait été autrefois utilisé par une usine de Tokyo Gaz était connue dès son acquisition. Celle-ci dépassant cependant de loin ce qui avait été envisagé, la métropole de Tokyo a effectué des opérations de dépollution qui ont atteint le coût extravagant de plus de 80 milliards de yens.

Selon le gouvernement métropolitain, celles qui ont commencé à l’été 2011 et se sont achevées trois ans plus tard ont fait appel aux techniques les plus avancées. Un comité technologique composé d’experts en ce domaine a ensuite garanti que le site du nouveau marché de Toyosu était sûr.

Alors que le nouveau marché devait ouvrir le 7 novembre 2016, une fois la construction terminée, Mme Koike, après son élection au poste de gouverneur de Tokyo, a déterminé que des incertitudes subsistaient quant à la sûreté du site et a décidé, à la fin du mois d’août 2016, de retarder le transfert. Elle a justifié cette décision en disant que l’ouverture du nouveau marché était prévue avant que les résultats définitifs de l’enquête de surveillance des eaux souterraines soient connus.

Après ce report à une date ultérieure, on a appris que le remblai nécessaire pour compenser le sol sous les principaux bâtiments n’existait pas, et qu’il existait un vide souterrain, ce qui a renforcé la méfiance des acteurs du marché aux poissons de Tsukiji vis-à-vis des autorités métropolitaines. Enfin, les résultats définitifs de l’analyse des eaux souterraines publiés en janvier dernier, qui ont identifié un niveau de benzène 79 fois supérieur à la norme et des cyanures qui n’auraient pas dû être présents, ont fait que le transfert a été perçu de plus en plus négativement.

Cela a renforcé les doutes sur les raisons qui avaient conduit les autorités de Tokyo à acheter ce site tout en sachant qu’il était pollué. Le comité d’enquête de l’assemblée métropolitaine a entendu de mars à avril dernier l’ancien gouverneur de Tokyo, Ishihara Shintarô, et l’ancien vice-gouverneur, Hamauzu Takeo, ou encore les anciens responsables du marché en gros central, sans obtenir de résultats significatifs.

  • [07.09.2017]

Chef du département qui couvre la pêche à Jiji Press. Né à Tokyo en 1967. Diplômé de l’Université Senshû, il a rejoint Jiji en 1991. Suit le dossier du marché de Tsukiji depuis 25 ans. Auteur de Repo : the Tsukiji (Le marché de Tsukiji vu de l’intérieur).

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone