Le « printemps arabe » et la diplomatie japonaise
Ce que nous apprend la région méditerranéenne

Sakai Kazunari [Profil]

[14.02.2012] Autres langues : 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Le mouvement démocratique du « printemps arabe » au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a été marqué par l’implication des nations occidentales à divers degrés, de la pression diplomatique à l’intervention militaire. Réexaminons ensemble la position diplomatique du Japon, à travers le prisme des engagements politiques plus ou moins forts dans la région méditerranéenne.

En 2011, la région méditerranéenne (Moyen-Orient et Afrique du Nord) a été balayée par un mouvement démocratique baptisé « printemps arabe ». Sous la pression populaire réclamant une démocratisation qui a gagné la Tunisie, l’Egypte et la Libye, les régimes dictatoriaux ou autoritaires de nombreux pays se sont effondrés. C’est avec la « révolution de jasmin », en Tunisie, que ce mouvement a débuté. En décembre 2010, un jeune homme s’immole par le feu pour protester contre le gouvernement, l’information se propage sur internet et le mécontentement de la population envers le pouvoir autoritaire exercé par le parti unique du président Ben Ali se cristallise, provoquant la révolte. Ce mouvement s’est soldé par la fuite du président Ben Ali, en janvier 2011, et la mise en place d’un gouvernement transitoire.

Le « printemps arabe » a été émaillé de diverses actions menées par les nations occidentales, de l’intervention militaire des troupes de l’OTAN menées par la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne contre le gouvernement du dirigeant libyen Kadhafi (entre mars et octobre 2011), aux pressions diplomatiques pour obtenir des régimes égyptien et tunisien qu’ils cèdent le pouvoir. Cependant, plus généralement, depuis la guerre froide, les nations occidentales sont politiquement engagées dans la région méditerranéenne, à divers degrés. Plus particulièrement, l’action de l’Union européenne et des pays européens, habile dosage de soutien économique et d’exigences politiques, influence l’évolution socio-politique de la région.

Pour le Japon aussi, la stabilité de cette région constitue, du point de vue de la sécurité énergétique, une question vitale. De plus, face à de tels bouleversements, affirmer sa présence par le biais d’une aide et d’une action appropriées dans le processus de démocratisation et de stabilisation économique participe directement à la consolidation de la stature du Japon au sein de la communauté internationale.

L’implication du Japon dans la région méditerranéenne

La région méditerranéenne traverse de profondes transformations ; intéressons-nous à la présence du Japon dans ces pays.

La politique diplomatique japonaise, dont l’objectif ultime est la stabilité politique et économique de la région ainsi qu’une meilleure gouvernance, s’attache particulièrement à la mise en œuvre d’une gestion politique et administrative juste, et à la formation de la main-d’œuvre, à la promotion de l’emploi et au développement des industries. En outre, le Japon met l’accent sur la diplomatie économique, gage de retombées économiques accrues pour toutes les parties concernées et qui contribue à une évolution pacifique des systèmes politique et économique. De plus, nombre de ces pays étant riches en ressources naturelles, notamment en pétrole, le Japon promeut la coopération dans le domaine énergétique, sans oublier les secteurs politique, scientifique ou éducatif, et renforce son implication afin de bâtir de multiples relations de coopération et de confiance.

D’après le ministère des Affaires étrangères, dans le cadre de la mise en œuvre d’une politique et d’une administration impartiales, la Tunisie et l’Egypte, dont les régimes sont en train d’évoluer à l’issue du « printemps arabe », vont bénéficier d’une aide électorale (envoi de spécialistes, etc.). Au niveau administratif, en matière de soutien à une bonne gouvernance, le gouvernement encourage les nations concernées à bénéficier des formations administratives dispensées par la JICA (Agence japonaise de coopération internationale) et prépare l’envoi de spécialistes japonais dans les structures administratives de ces pays. D’autre part, en Tunisie, l’aide se concrétise par la fourniture d’équipements à la Télévision tunisienne et la formation du personnel, avec une implication accrue dans la formation de la société civile et des médias. En matière de formation, le Japon participe à l’équipement et à la gestion de l’université Egypte-Japon des sciences et technologies en Egypte et de technoparcs tunisiens. Pour la promotion de l’emploi et la création d’industries, les activités se concentrent dans un premier temps sur la mise en place des infrastructures, avec l’allocation ces cinq dernières années de prêts en yens pour un montant annuel moyen de 122 milliards de yens ; de nouvelles allocations sont à l’étude. Enfin, sous l’égide du ministère de l’Economie et de l’Industrie, la NEDO (Organisation de développement des nouvelles énergies et des technologies industrielles) promeut la génération d’énergie solaire photovoltaïque au Maroc et en Tunisie.

Concernant la Palestine, où les tensions et le conflit avec Israël sont toujours vifs, le Japon a fourni depuis 1993 une aide supérieure à un milliard de dollars. Ce soutien porte ses fruits sous des formes variées, avec la construction d’un hôpital à Jéricho ou l’introduction du système de carnet de santé mère-enfant. Sur la période de 2003 à 2009, l’aide apportée à la Palestine par le Japon atteint 8 % du total, en troisième position après l’Union européenne (21 %) et les Etats-Unis (18 %). Par ailleurs, pour contribuer à l’indépendance économique de la Palestine, le Japon a entrepris un projet original et à long terme, le “Couloir de paix et de prospérité” ; dans ce cadre, une cérémonie de début des travaux de réalisation du parc agricole et industriel de Jéricho a eu lieu en octobre 2010 et les travaux progressent (tiré du Livre bleu diplomatique 2011). En plus d’inciter au dialogue politique et de promouvoir des relations de confiance afin d’assurer la mise en œuvre de “la solution de deux Etats” prévue par la “feuille de route pour la paix au Moyen-Orient” du quartette (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations unies), le Japon apporte ainsi son soutien à la Palestine pour la paix et la stabilité dans la région sur le long terme.

  • [14.02.2012]

Né à Tokyo en 1969. Professeur à la faculté d’études interculturelles de l'Université de Kobe. Diplômé du département de français de l’Université de Tokyo des études étrangères (1992). Après avoir obtenu en 1994 un master des études internationales à l'Université de Tokyo des études étrangères, il entame son doctorat à la faculté de sociologie de l'Université Hitotsubashi. Est entré en 1996 au ministère japonais de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie, où il a été chargé des études internationales. A été chercheur invité à l’IEP (Sciences Po) de Paris, ainsi que professeur invité à l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense et à l’Université Panthéon-Assas (Paris II). Auteur de divers ouvrages dont Yôroppa no minzoku tairitsu to kyôsei (Antagonisme et symbiose chez les peuples européens), éditions Ashi shobô, 2008 (nouvelle édition revue et augmentée en 2014).

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