Série Les frontières de la science
Kôshinsha : à la pointe de la technologie du « comptage extrême »
[29.01.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Kôshinsha est un fabricant d’appareils de comptage de très haute précision appelés DAC (Digital Area Counter). Cette entreprise, basée à Kyoto, a développé une capacité d’innovation technologique qui lui permet, nous le verrons ici, de trouver des solutions à des problèmes de comptage apparemment insurmontables.

Compteur numérique (DAC) servant à compter de petits objets ; l’appareil se compose tout simplement d’un tapis roulant et d’un capteur.

Le fonctionnement du compteur numérique, ou DAC (Digital Area Counter), de Kôshinsha Co., Ltd. est un spectacle fascinant. Des vis éparpillées sur un tapis roulant sont disposées en rangées puis tombent dans une boîte lorsqu’elles arrivent au bout. À mesure qu’elles tombent, l’appareil les compte une par une et affiche les chiffres sur un écran. L’alignement des vis reste approximatif et le processus de comptage ne saute pas aux yeux — et pourtant, les résultats sont d’une incroyable précision.

Le DAC a la capacité de compter un vaste éventail d’objets : pièces industrielles telles que boulons, écrous, petites vis, roulements à billes, composants électroniques, connecteurs et boutons de vêtement, ou ingrédients tels que légumes en dés, boulettes de viande, poulets rôtis ou graines de plantes. Son emploi s’étend à un grand nombre de domaines, qui, pour la plupart, traitent des objets dont le comptage serait difficile avec d’autres appareils.

Le capteur de lignes détecte les ombres projetées par les objets

La conception d’une machine capable de compter les objets n’est pas une tâche aisée. La moindre variation dans la forme ou le poids d’un objet est susceptible d’entraîner des erreurs de mesure provenant du détecteur photoélectrique ou de la balance. Mais le DAC permet un comptage précis d’objets difficiles à mesurer, grâce à la technologie du capteur de lignes mise au point par Kôshinsha

En règle générale, les détecteurs photoélectriques ne captent qu’une forme. Les DAC, quant à eux, utilisent un capteur de lignes qui balaye les ombres projetées par un objet avec une fréquence de 10 000 fois par seconde, ce qui permet un comptage précis même pour des objets qui, comme des écrous, comportent des trous.

Étant donné que le DAC compte les objets et mesure en même temps leur surface, les petits objets étrangers qui pourraient se trouver peuvent être exclus du comptage, ce qui permet en outre le comptage séparé de deux objets différents qui se chevauchent. Cette technologie de mesure brevetée de Kôshinsha a de nombreux avantages. Outre qu’il se sert d’un seul détecteur pour compter simultanément des objets disposés en multiples rangées, cet appareil est très peu sensible à l’influence de l’eau, de l’huile ou de la poussière, du fait que le détecteur se trouve à distance des objets comptés. Contrairement à la majorité des détecteurs photoélectriques, le DAC offre en outre la possibilité de compter de très petits objets.

Vingt ans de tâtonnements

Shirakawa Mitsuhide, le directeur général de Kôshinsha

« On pourrait penser que notre technologie est facile à imiter », remarque Shirakawa Mitsuhide, le directeur général de Kôshinsha. « Mais en fait, il faut toute une panoplie de savoir-faire pour compter des objets avec précision, notamment en ce qui concerne la conception du dispositif de convoyage. Amener, par exemple de la pâte à pain congelée sans qu’elle s’agglutine est une vraie gageure. Notre force réside dans l’expérience accumulée par tâtonnements tout au long de ces deux dernières décennies, consacrées à la production de machines de comptage. »

« Nous recevons sans cesse des demandes d’entreprises japonaises et étrangères qui veulent savoir si nous sommes en mesure de compter tel ou tel genre d’article. Les pièces métalliques d’automobiles, par exemple, qui ont des formes complexes et comportent des fentes, peuvent être difficiles à mesurer, sans parler de l’éventuelle altération de leur poids due à l’huile employée pour les lubrifier. Il est fréquent que nos clients débordent de joie lorsqu’ils apprennent que nous sommes en mesure, grâce au DAC, de compter des articles aussi difficiles. Je me souviens d’un client qui avait cru pendant des années qu’une certaine pièce était tout simplement impossible à compter. Une autre fois, le représentant d’un laboratoire pharmaceutique est venu nous trouver avec un bidon contenant cinq millions de comprimés pour un test de performance, et il a acheté notre machine après que nous lui avons démontré qu’elle pouvait compter les comprimés sans faire une seule erreur. »

Rester en prise avec les besoins du marché

Les ventes de machines à compter de Kôshinsha progressent rapidement depuis quelques années, en partie grâce à l’optimisation en cours des chaînes d’alimentation et à la diffusion des systèmes de production à la demande. Nombreux sont aujourd’hui les fabricants qui ne produisent que les quantités nécessaires, et seulement quand il le faut, afin de réduire les excédents de stocks et de s’adapter aux brusques variations de la demande. Ce virage vers une optimisation de la production a entraîné une mutation dans le libellé des commandes, à mesure que le « nombre de pièces » se substituait au « poids ».

La demande d’appareils destinés au comptage d’articles tels que la pâte à pain congelée a par ailleurs progressé avec l’essor des technologies de stockage à l’état congelé et la multiplication des magasins de proximité. Et il se trouve que bien des appareils fabriqués par Kôshinsha répondent à ce besoin. Les quantités commandées par les magasins de proximité varient quelque peu d’un jour à l’autre en fonction des prévisions de demande pour un magasin donné. Le comptage précis avant fermentation, à l’aide d’un appareil de comptage, des unités de pâte à pain congelée permet aux fabricants de pain industriel de s’adapter à ces fluctuations constantes des commandes.

Les entreprises qui fabriquent les boîtes-repas, si populaires au Japon, sont elles aussi très demandeuses d’appareils de comptage, qui leur permettent de mettre dans chaque boîte le nombre adéquat de légumes et autres ingrédients requis. Le comptage des graines est un autre domaine où la demande globale est en plein essor. Ce secteur, où le commerce se faisait jadis au poids ou au volume, se convertit de plus en plus au nombre de graines, à mesure des innovations technologiques et autres mutations dont cette activité est le théâtre. Maintenant que la technologie offre une quasi certitude en ce qui concerne la germination des graines, les pertes dues à des erreurs de comptage ne sont plus acceptables, compte tenu des coûts élevés et de la forte valeur ajoutée de cette marchandise. Il y a maintenant quelque vingt années que le nombre de graines est devenu l’unité de vente au Japon et cette tendance est en train de gagner d’autres pays.

La machine à compter les graines conçue par Kôshinsha a attiré l’attention du monde entier.

M. Shirakawa se souvient toutefois d’un temps où les machines de comptage ne se vendaient pas aussi bien : « À cette époque, quelqu’un que je connaissais m’a dit que la seule possibilité de succès consistait pour nous à travailler avec acharnement pendant les vingt prochaines années où à investir massivement. » Il aura certes fallu vingt années d’un travail assidu, mais la technologie de Kôshinsha a fini par s’imposer, grâce à l’amélioration des performances, mais aussi à l’apparition d’un environnement plus favorable sur le marché.

La technologie permet aujourd’hui de concevoir des appareils capables de trier des articles différents disposés de façon aléatoire en plusieurs rangées, en les triant selon la couleur, la forme ou la taille, et ce à une cadence de 3 000 articles par minute (à gauche). Les articles entourés en rose sont exclus du tri (à droite).

(D’après un texte original écrit en japonais par Kimura Ryôji.)

  • [29.01.2014]
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