Série Compte rendu de colloques
Les conséquences de la catastrophe nucléaire de Fukushima
Colloque international sur les risques sanitaires posés par les radiations nucléaires
[21.05.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

Le 11 et le 12 septembre 2011, six mois après le séisme qui a dévasté la région du Tôhoku, un colloque international consacré aux effets des rayonnements ionisants sur la santé s’est tenu à la Faculté de médecine de Fukushima. Il a été le théâtre de débats animés entre les quarante spécialistes et chercheurs japonais et étrangers réunis pour l’occasion.

A l’heure actuelle, les Japonais sont encore confrontés aux conséquences de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi provoquée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. Et les habitants du département de Fukushima vivent toujours dans l’angoisse. Le 11 et le 12 septembre 2011, un colloque international sur « Les effets des radiations nucléaires sur la santé » a eu lieu à la Faculté de médecine de Fukushima. Il a réuni des spécialistes non seulement du Japon mais aussi du monde entier qui se sont penchés sur les conséquences sanitaires de ce désastre. Après les discours d’ouverture et la présentation du programme par Akashi Makoto de l’Institut national des sciences radiologiques du Japon et Abel Julio Gonzáles, de la Commission internationale pour la protection radiologique, une quarantaine d’experts ont participé aux six séances que comportait le colloque.

Des débats ouverts au public

Le colloque de Fukushima a commencé par une minute de silence à la mémoire des victimes de la catastrophe.

Contrairement à ce qui se passe le plus souvent dans ce genre de manifestation, le colloque de la Faculté de médecine de Fukushima était ouvert au public et aux medias, et il a été diffusé en direct sur Internet. Sasakawa Yôhei, président de la Nippon Foundation, a été le premier à prendre la parole et il a expliqué pourquoi le colloque se déroulait à Fukushima. « Nous voulions faire quelque chose, si peu que ce soit, pour apaiser les souffrances et les angoisses des habitants de Fukushima. »

Avant de passer en revue les nombreux points forts du colloque, rappelons pour mémoire ce qui s’est passé exactement à Fukushima.

Le 11 mars 2011, à 14 heures 46, un séisme géant de magnitude 9 sur l’échelle de Richter a frappé le nord-est du Japon. Peu après, un énorme tsunami a déferlé sur la région du Tôhoku où il a ravagé une grande partie du littoral, du côté du Pacifique. Par mesure de sécurité, les réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi ont été arrêtés dès que la terre a commencé à trembler. Mais le tsunami a détruit le système d’alimentation en électricité des réacteurs 1 et 4, ce qui a provoqué l’arrêt des circuits de refroidissement et, par voie de conséquence, une surchauffe des réacteurs. Dans l’après-midi du 12 mars 2011, une explosion due à une accumulation d’hydrogène a eu lieu dans l’enveloppe du réacteur 1. Deux jours plus tard, une autre déflagration s’est produite dans le réacteur 3. Le 15 mars, on a entendu des bruits d’explosion à proximité du réacteur 2. Le même jour, des explosions d’hydrogène se sont produites dans l’enveloppe du réacteur 4, qui était à l’arrêt pour entretien, quand le système de refroidissement de la piscine contenant le combustible usé s’est arrêté.

Les riverains de la centrale ont reçu l’ordre d’évacuer les lieux dans la nuit du 11 mars. La zone concernée s’étendait sur un rayon de 3 kilomètres autour de la centrale et au moment de l’explosion d’hydrogène du réacteur 1, les opérations d’évacuation étaient terminées. Le 12 mars au matin, cette zone a été étendue par les autorités à 10 kilomètres autour de la centrale, avant d’être portée à 20 kilomètres le soir même. Quand le vent a commencé à disperser les matières radioactives, des gens vivant dans d’autres régions ont quitté leur domicile de leur propre chef. La décontamination de la vaste portion de territoire où il y a eu des retombées radioactives est en cours, mais il reste encore beaucoup à faire.

Exposition et contamination à Fukushima

La première séance du colloque de Fukushima avait pour thème « Ce qui s’est passé à Fukushima », et elle était coprésidée par Takenoshita Seiichi de la Faculté de médecine de Fukushima et Maekawa Kazuhiko de l’Université de Tokyo (Tôdai). Elle a retracé les événements qui se sont produits à Fukushima à partir du 11 mars 2011. Trois intervenants se sont succédés à la tribune à savoir Honma Toshimitsu, directeur du Centre de recherche en sûreté nucléaire à l’Agence japonaise de l’énergie atomique, Kamiya Kenji de l’Université de Hiroshima, et Sakai Kazuo de l’Institut national des sciences radiologiques du Japon.

Honma Toshimitsu, directeur du Centre de recherche en sûreté nucléaire à l’Agence japonaise de l’énergie atomique

Dans son exposé intitulé « Contamination radioactive de l’environnement et degré d’irradiation des populations », Honma Toshimitsu a indiqué que les émissions radioactives dans l’atmosphère des réacteurs 1 à 3 avaient pour l’essentiel eu lieu entre le 12 et le 22 mars. Elles se composaient principalement d’iode 131 (1,6 x 1017 becquerels) et de césium 137 (1,5 x 1016 becquerels). Ces émissions ont pris la forme d’un « panache radioactif » constitué de gaz rares et de particules volatiles radioactifs. La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, qui a eu lieu en 1986, avait commencé par une explosion suivie d’un incendie ayant entrainé la fusion du cœur du réacteur. Honma Toshimitsu a expliqué que les matières radioactives rejetées à l’époque dans l’atmosphère étaient sensiblement différentes de celles de la catastrophe de Fukushima.

Fukushima a été contaminé entre le 15 et le 16 mars 2011. Les matières radioactives rejetées dans l’atmosphère ont été transportées par le vent en direction du nord-est, puis se sont déposées sur le sol avec la pluie, et c’est alors qu’elles ont gravement contaminé l’intérieur des terres. Un autre panache radioactif s’est dirigé en direction du sud, vers la région du Kantô. D’après Honma Toshimitsu, il a touché non seulement les départements de Ibaraki et de Tochigi, mais aussi — beaucoup plus loin — ceux de Kanagawa et même de Shizuoka où il a contaminé les récoltes de thé. Plusieurs études ont mis en évidence des cas de contamination de l’eau et des aliments, ce qui a contraint le Ministère de la santé, du travail et de l’aide sociale, les autorités du département de Fukushima et certaines branches d’activités à prendre des mesures de restriction concernant la mise sur le marché et la consommation de différentes denrées.

Honma Toshimitsu considère qu’il faut classer les personnes exposées aux radiations en trois groupes suivant qu’elles habitaient dans un rayon de 3, 10 ou 20 kilomètres autour de la centrale de Fukushima. D’après lui, plus les mesures d’évacuation sont rapides, moins les risques sont importants en matière de santé. Dans la mesure où l’évacuation du groupe le plus proche de la centrale a eu lieu avant les explosions d’hydrogène, l’exposition directe de cette partie de la population a été limitée. Et en ce qui concerne les deux autres groupes, les restrictions en matière de consommation d’eau potable ont dû aussi contribuer à réduire les risques d’exposition interne aux radiations.

  • [21.05.2012]
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