Série Compte rendu de colloques
Vers l’ère de la diplomatie publique
Proposition de thèmes en vue du symposium co-organisé par nippon.com

Watanabe Yasushi [Profil]

[24.10.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

C’est sous la forme de « Cool Japan » que la diplomatie publique a enfin commencé à se faire connaître au Japon. Un symposium sur les « Conditions pour être un pays aimé », se proposant de réfléchir aux possibilités de cette diplomatie, sera organisé conjointement par la fondation Friedrich Ebert Stiffung et nippon.com. Watanabe Yasushi, qui participe depuis l’étape de la planification à cette rencontre, nous parle de sa signification.

Pourquoi le « soft power » prend-il de plus en plus d’importance ?

L’intérêt pour la diplomatie publique s’est brusquement intensifié ces dernières années. Ceci s’explique non seulement par une diminution du recours à la force armée mais également du fait que la mondialisation de l’économie a approfondi les relations de dépendance entre les pays. En d’autres termes, la marge de décision du hard power (puissance dure) s’est réciproquement rétrécie.

En revanche, il est devenu important, dans les relations internationales, de savoir comment gagner les cœurs et les esprits de l’opinion publique dans les autres pays et comment faire augmenter le nombre de partisans de son propre pays. En résultat, l’importance du soft power (puissance douce) a été reconnue et la diplomatie publique, qui en est un des moyens, s’est faite remarquer jusqu’à un point encore inégalé.

L’information sur les politiques, la radio-diffusion internationale, la diplomatie des échanges (échanges de personnes et dialogues intellectuels) et la diplomatie culturelle (enseignement linguistique et manifestations culturelles et artistiques) font notamment partie des moyens les plus typiques de la diplomatie publique. Alors que l’information et la radio-diffusion sont unidirectionnelles et permettent de fournir rapidement des informations à un très large public, les diplomaties des échanges et culturelle sont multidirectionnelles, offrent des courants d’information plus limités et ont pour objectif de créer lentement et progressivement des relations de compréhension et de confiance mutuelles.

Jusqu’à quel point les effets de la diplomatie publique peuvent-ils être attendus ?

A l’heure actuelle, quelle sorte de diplomatie publique est-elle demandée au Japon ? Mais avant d’émettre précipitamment des recommandations politiques issues d’un savoir acquis par expérience ou d’intuitions, il faut nous pencher sur un certain nombre de points en vue d’une nouvelle réflexion.

(1) Jusqu’où la diplomatie publique est-elle efficace ?

On peut difficilement nier le fait qu’une des raisons pour lesquelles la Syrie a accepté l’abolition de ses armes chimiques a été la possibilité d’une intervention armée par les Etats-Unis. De même, l’Iran est en humeur de pourparlers en raison notamment de l’impact des sanctions économiques prises à son égard par les pays occidentaux. En d’autres termes, c’est ici le hard power, à savoir force armée et force économique, qui a joué et non pas le soft power, qui tire son origine de la culture, des valeurs et des systèmes, qui a permis d’en arriver là. Le rôle de la diplomatie publique est-il donc uniquement secondaire, annexe, voire « à remettre à une date ultérieure » ?

(2) La diplomatie publique peut-elle surmonter le jeu à somme nulle ?

Le Festival d’amitié Japon-Corée du Sud tenu à Seoul en semptembre 2013. (avec l’aimable autorisation du Comité Festival d’amitié Japon-Corée du Sud)

Il ne faut pas manquer de remarquer, dans un contexe actuel permettant difficilement d’aboutir à des rencontres au sommet Chine-Japon et Japon-Corée du Sud, qu’une rencontre entre les ministres des Affaires culturelles de ces trois pays a eu lieu à Gwangju, en Corée du Sud, le 28 septembre 2013. En outre, le Festival culturel Corée-Japon organisé conjointement par les deux pays à Séoul le 15 septembre de cette année a connu un succès jusqu’alors sans précédent, avec plus de 40 000 visiteurs, le parrainage de plus de 130 entreprises et plus de 700 étudiants coréens intervenus comme bénévoles à cette occasion. Alors que la compétition internationale du soft power basé sur une pensée du genre « jeu à somme nulle » se durcit, la diplomatie publique peut-elle devenir un jeu à somme positive en construisant une harmonie internationale ?

(3) Qu’est-ce que la meilleure pratique de la diplomatie publique en réseau ?

La gestion et le contrôle unifiés des informations et des images par les gouvernements sont désormais difficiles et l’ère où ces gouvernements pouvaient se charger d’assurer seuls la diplomatie publique du point de vue financier est également en train de disparaître. Des acteurs de plus en plus nombreux — associations, think tank, universités, musées, associations sportives et culturelles, et communautés religieuses — prennent part aux relations diplomatiques au sens large du terme et le rôle des gouvernements est en train de se transformer, pour passer du contrôle hiérarchique à un soutien en réseau de ces acteurs. Il s’agit là du concept de « nouvelle diplomatie publique ». Jusqu’à quel point ce type de coopération est-il possible ? Quelles sont les tentatives créatrices qui existent ici ?

(4) Quelle est l’influence des médias sociaux sur la diplomatie publique ?

Avec la généralisation qui est faite aujourd’hui des médias sociaux, les paroles et les actes des individus comme des groupes sont aisément diffusés dans le monde entier. Des propos xénophobes peuvent donc facilement provoquer l’apparition d’un cercle vicieux. En même temps, dans le cyberespace, la limite entre la diplomatie publique et l’activité de renseignement est devenue floue. Quelles possibilités et quels risques les médiaux sociaux peuvent-ils apporter à la diplomatie publique ?

(5) Comment susciter l’intérêt sur la diplomatie publique et mieux la faire comprendre ?

En 2008, l’orchestre philharmonique de New York a donné un concert historique à Pyongyang. Bien sûr, cette représentation n’a pas eu de rapport direct avec une solution au problème des missiles nucléaires. Mais il y avait peut-être dans le public des personnes destinées à devenir la future élite de la Corée du Nord. Donner l’occasion de voir d’une manière différente, même à une seule personne, peut prendre une grande signification. Semer les graines en vue de l’avenir, c’est là aussi un des rôles importants de la diplomatie publique. Mais il faut admettre que tous les pays du monde ont fortement tendance à rechercher d’abord des résultats à court terme. Comment agir pour étendre la diplomatie publique et « gagner les cœurs et les esprits » des parlements et de l’opinion publique ?

Réfléchir à la manière d’être de la diplomatie publique au Japon

La joie de la délégation japonaise à l’annonce de la désignation de Tokyo pour organiser les Jeux Olympiques d‘été en 2020. (Reuters/Aflo)

Le Japon, malgré les problèmes de la reconstruction après le grand séisme de l’Est du Japon et les mesures après l’accident nucléaire, accueillera les Jeux Olympiques à Tokyo en 2020, pour la deuxième fois après 1964. Dans un contexte radicalement différent à 56 ans d’écart, quelle est la stratégie à adopter et de quel esprit d’invention faire preuve respectivement dans l’information sur les politiques, la radio-diffusion internationale, la diplomatie des échanges et la diplomatie culturelle pour que l’on puisse faire confiance au Japon, montrer ses attraits et assurer le bien-fondé de ce choix international.

Il n’existe aujourd’hui aucun bureau de recherche ni revue spécialisée dans la diplomatie publique au Japon et il n’y a pratiquement aucun cours dans les universités ni programme de formation de ressources humaines sur ce thème. Dans ce sens, la tenue du symposium intitulé « Conditions pour être un pays aimé — L’ère de la diplomatie publique » organisé conjointement par la Fondation nippon.com et la Fondation allemande Friedrich Ebert vient à un moment opportun. Je serai très heureux de participer moi-même à cet échange de vues, notamment sur les cinq points énoncés ci-dessus, non seulement avec les panélistes étrangers et japonais mais également avec le public qui, je l’espère sera nombreux.

(D’après un texte original en japonais du 1e octobre 2013)

Symposium « Conditions pour être un pays aimé » co-organisé par les fondations Friedrich Ebert Stiffung et Nippon Communications Foundation [EN]

  • [24.10.2013]

Né en 1967. Obtient un doctorat en anthropologie sociale de l’Université de Harvard en 1997. Professeur à l’Université Keiô depuis 2005. Chercheur au Centre de recherches sur les affaires internationales de l’Université de Harvard et à l’Université de Cambridge. A publié, entre autres, American Center (Ed. Iwanami Shoten) et Culture et diplomatie (Ed. Chûô Kôron Shinsha).

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