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Le ramadan au Japon : la journée d’un musulman en entreprise
[26.05.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية | Русский |

Le mois de ramadan pour l’année 2017 dure du 27 mai au 25 juin. Il comprend donc cette année encore le solstice d’été, le jour le plus long de l’année. Au Japon, cela correspond à une journée de jeûne de plus de 16 heures. Comment les musulmans qui vivent et travaillent au Japon, dans un pays de culture différente, parviennent-ils à équilibrer leur journée, jeûne et rupture du jeûne pendant le ramadan ? Nous avons suivi la journée d’un musulman en entreprise.

Abushiba Bakuru

Abushiba BakuruNom de naissance : Abou Bakuru. Né en 1982 en Arabie Saoudite, d’un père soudanais et de mère égyptienne, il effectue sa scolarité au Soudan, avant d’entrer au lycée en Égypte. Diplômé du département de japonais de l’Université du Caire (Major de sa promotion), il arrive au Japon en 2004 grâce à une bourse du ministère japonais de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie et obtient un master en sciences sociales de l’Université Hirosaki. Il rejoint Toshiba en 2008, où il est chargé du développement commercial d’installations de production d’énergie thermique et géothermique (Asie du Sud-Est). Il a obtenu la citoyenneté japonaise en 2012.

M. Abushiba vit au Japon depuis 13 ans aujourd’hui. Pour son premier ramadan au Japon, il était étudiant à l’Université Hirosaki dans la préfecture d’Aomori. Étant la seule personne de religion musulmane, il était seul à jeûner, et seul encore, chaque soir, pour l’iftar (rupture du jeûne, après le coucher du soleil). Aujourd’hui, tous les jours, quand il rentre du travail, son épouse, qui vient comme lui du Soudan, a préparé le repas qui leur permet de retrouver le goût de leur pays natal. M. Abushiba est un homme heureux.

Jour de jeûne

Pendant le ramadan, la journée de M. Abushiba commence dès 2 h 30 par un repas avant le lever du soleil qui lui permettra de tenir sans manger et sans boire jusqu’au coucher du soleil. Après la prière de l’aube, il se recouche jusqu’à l’heure de se rendre au travail. Après 40 minutes de train bondé et 3 changements, il arrive enfin au bureau.

Dans les pays islamiques, il est d’usage de raccourcir la journée de travail ou de cours pour permettre aux employés et aux étudiants de rentrer plus tôt chez eux pendant le ramadan. Il n’existe pas un tel système dans les entreprises japonaises. Néanmoins, la flexibilité des heures de travail mise en place chez Toshiba permet dans une certaine mesure à chacun d’adapter ses horaires, ce qui est précieux.

M. Abushiba en réunion avec des collègues

En entreprise, même pendant le jeûne, il va travailler comme les autres mois de l’année. Il part même parfois en déplacement professionnel. En période normale, même s’il essaie d’éviter de faire des heures supplémentaires, il arrive que le travail en cours exige qu’il reste au bureau jusqu’à 21 heures, voire 22 heures. Pendant le ramadan, il ne prend aucune heure supplémentaire, mais si une réunion s’éternise un peu, quand le soleil est couché, il surmonte la faim avec un verre d’eau, un jus de fruits ou une datte, histoire de patienter jusqu’à son retour à la maison où le vrai repas de l’iftar l’attend.

Un employeur compréhensif, des collègues coopératifs

M. Abushiba n’est pas le seul employé musulman à Toshiba, D’autres employés indonésiens ou malaisiens sont dans le même cas que lui.

Salle de prière du Smart Community Center de Toshiba. Le flèche indique la direction de La Mecque, et des tapis de prière sont disposés.

Quand M. Abushiba a été engagé, quelle n’a été sa surprise de s’entendre dire : « Nous préparons la salle de prière, merci de bien vouloir attendre un peu ». Il n’osait y croire, mais de fait, une salle de prière a bien été mise à disposition des employés musulmans dans les locaux de la maison mère à Hamamatsuchô, peu de temps après son incorporation. Son supérieur, M. Nagaie Ryûji, explique que « la décision d’aménager une salle de prière pour les employés musulmans a été prise en conformité avec la politique de la compagnie de recruter du personnel international. Le Smart Communication Center du groupe Toshiba, situé à Kawasaki, où M. Abushiba travaille aujourd’hui, dispose lui aussi d’une salle de prière. De même, la cantine des employés ne propose pas de menu hallal, mais des symboles faciles à comprendre permettent aux employés pratiquant certaines restrictions alimentaires de choisir le menu en fonction de leur choix.

M. Nagaie Ryûji, chef d’équipe

Ses collègues sont également d’une grande compréhension et coopératifs. Ceux de la division Asie du Sud-Est, dont un certain nombre de leurs clients sont musulmans, possèdent une connaissance de base sur la coutume du ramadan. Ils lui demandent « quand commence le ramadan cette année ? » ou « Cela fait combien d’heures de jeûne par jour ? » « Ce n’est pas trop dur ? »

« Mais si je leur propose de se joindre à moi pour jeûner ensemble, là, j’ai moins de succès ! », plaisante M. Abushiba.

M. Nagaie, qui a été 8 ans en poste aux Émirats arabes unis et jeûnait pendant le ramadan à cette époque, recommande aux autres employés de ne pas boire ou manger devant les yeux de leurs collègues musulmans qui jeûnent et restent au bureau pendant que tout le monde est en pause de midi. De même, permettre à M.Abushiba de rentrer chez lui plus vite pour l’iftar sans qu’il n’ait d’heures supplémentaires n’est pas une consigne officielle de la direction, mais une coopération et une preuve de considération de la part de ses collègues de groupe.

  • [26.05.2017]
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