Série Retour à Hiroshima et Nagasaki
La menace nucléaire et le rôle de Hiroshima

Tashiro Akira [Profil]

[06.08.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Soixante-dix ans se sont écoulés depuis le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki par les États-Unis, ouvrant ainsi l'ère nucléaire. Comme chaque année depuis 1947, une cérémonie commémorative se déroule le 6 août dans le Parc mémorial de la paix de Hiroshima. À cette occasion, 50 000 personnes de la ville, du reste du Japon et du monde entier ont honoré la mémoire des victimes par un vœu d’abolition de l’arme nucléaire.

Un risque croissant de prolifération

Les survivants de la bombe atomique ont désormais en moyenne plus de 78 ans. Petit à petit, leurs rangs s’amincissent lors des cérémonies commémoratives, mais on remarque une augmentation des participants jeunes et venus de l’étranger. On a pu ainsi constater la présence du réalisateur américain Oliver Stone, vainqueur de plusieurs oscars, qui, en 2013, visitait Hiroshima pour la première fois. Étaient présents également les représentants de 70 pays (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France entre autres) de l’Union européenne et des Nations unies. Ils ont tous été témoins en ce jour de l’appel de Hiroshima pour une abolition des armes nucléaires le plus tôt possible. 

Pourquoi cet intérêt mondial pour Hiroshima et Nagasaki, alors que 70 ans se sont écoulés depuis les bombardements ? La raison est que l’humanité continue à vivre sous la menace latente d’une guerre nucléaire capable de mettre fin à la race humaine, ce même après la fin de la guerre froide. Il y a aujourd’hui environ 17 000 têtes nucléaires sur Terre, principalement sous la possession des États-Unis et de la Russie. On regarde également d’un œil inquiet des puissances nucléaires telles que l’Inde et le Pakistan, qui n’ont toujours pas adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire, la Corée du Nord, qui s’en est retirée, ainsi que l’Iran, qui convoite l’arme nucléaire.

D’autre part, plus l’utilisation du nucléaire à des fins pacifiques progresse, plus la technologie et le matériel nucléaire se propage dans le monde, augmentant le risque de détournements à des fins militaires. On ne peut ignorer la possibilité que certains groupes armés perpètrent des actes de terrorisme nucléaire. Que ce soit de manière intentionnelle ou non, l’utilisation d’armes nucléaires semble plus propable qu’à l’époque de la guerre froide.

La Déclaration de Hiroshima-Nagasaki de mai 2009

Cénotaphe du Parc de la paix en cours de construction en mai 1952, entouré des baraques des survivants de Hiroshima. Au loin, on peut apercevoir le Dôme de la bombe atomique.

En mai 2009, 17 lauréats du Prix Nobel de la paix, dont la défunte activiste kényanne Wangari Maathai et l’ancien président de la Corée du Sud, Kim Dae-jung, ont publié conjointement un message à l’attention des dirigeants politiques du monde et de tous ses citoyens, intitulé la Déclaration de Hiroshima-Nagasaki. Ce texte fut publié dans le quotidien Chûgoku Shimbun – dont le siège se trouve à Hiroshima – et sur le site web bilingue anglais-japonais dedié aux sujets concernant la bombe atomique, la paix et le nucléaire : Hiroshima Peace media center.

Dans ce document, les auteurs annoncent que « Nous devons mettre un frein à la prolifération et abolir l’arme nucléaire ou nous pouvons nous attendre à ce que se reproduise une catastrophe semblable à celle de Hiroshima et Nagasaki. » Et ils reprennent les paroles énoncées par Albert Einstein : « La libération de l’énergie atomique a tout changé sauf notre mode de pensée. Nous nous dirigeons indubitablement vers une catastrophe à une échelle sans précédent. Si l’humanité désire survivre, nous devons complètement changer notre manière de penser. » Le texte se finit par un appel à tous les habitants du monde : « L’abolition de l’arme nucléaire est réalisable. Nous devons nous unir pour transformer cet idéal en réalité. »

Beaucoup de journaux locaux et régionaux du Japon ont publié cette déclaration. À l’international, le Huffington Post, l’un des sites web d’information américains les plus importants, s’est fait l’écho de la déclaration. Ainsi, ce message fut propagé aussi bien dans le Japon que dans le monde entier.

  • [06.08.2014]

Directeur du Centre des médias de Hiroshima pour la paix du quotidien Chûgoku Shimbun et rédacteur honoraire de celui-ci. Né dans l’île de Awaji de la préfecture de Hyôgo, il entre au journal en 1972. 15 ans plus tard, il obtient un master à l’école Fletcher de droit et de diplomatie de l’Université Tufts aux Etats-Unis. Il est l’auteur de Hiroshima kisha ga aruku senso kakusa shakai America (La société américaine d'inégalité et de guerre vue par un journaliste de Hiroshima).

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