Série Les légendes vivantes du Japon
Sakamoto Ryûichi, un avant-gardiste en immersion dans les profondeurs de la musique

Amatatsu Yasufumi [Profil]

[01.06.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Le compositeur, arrangeur, pianiste et producteur de musique Sakamoto Ryûichi est surtout connu en Occident pour ses musiques de films tels Furyo ou Le Dernier Empereur. Il a atteint une renommée mondiale à partir de la fin des années 1970, en tant que membre du groupe de techno-pop japonaise Yellow Magic Orchestra. Il continuera par la suite à élargir à l’infini les possibilités de cet art à travers la rencontre entre plusieurs genres musicaux.

Sakamoto Ryûichi est l’un des musiciens les plus emblématiques de son temps. Ses œuvres puisent dans des registres variés, du classique au jazz et au rock en passant par la musique contemporaine, sans oublier des accents folkloriques venus du monde entier. Pourtant, loin de se laisser réduire à l’une de ces catégories, il a mis au point un style de musique unique en son genre.

À travers ses splendides mélodies, il n’arrive comme personne d’autre à faire ressortir tout le potentiel de la musique, mais avant tout, il se distingue par son infatigable exploration des expressions musicales de l’époque.

Un avant-gardiste de la pop music japonaise

Sakamoto Ryûichi naît à Tokyo le 17 janvier 1952. Son père, le mythique éditeur Sakamoto Kazuki, a contribué à fonder les bases de la littérature japonaise d’après-guerre en faisant connaître les œuvres d’auteurs engagés tels que Mishima Yukio ou Noma Hiroshi. Cet environnement a peut-être contribué à sensibiliser le jeune Ryûichi aux questions politiques : encore lycéen, il participe activement aux mouvements de contestation de la guerre du Vietnam et de protestation contre les administrations des universités japonaises dans la deuxième moitié des années 1960.

Ses premiers pas professionnels dans l’univers musical remontent à 1975, alors qu’il est étudiant à l’Université des arts de Tokyo. Il participe, au piano, à un album du génie de la musique folk Tomobe Masato, et contribue ainsi au succès de la pop japonaise, qui commençait alors à s’établir comme musique préférée des jeunes. Tous les artistes avec qui il collabore à cette époque, en studio ou en concert – Yamashita Tatsurô, Nakajima Miyuki, Yazawa Eikichi, Yano Akiko, Ohtaki Eiichi, Ônuki Taeko – sont devenus de grands noms de la pop, à l’influence décisive sur la génération suivante.

La techno-pop de YMO à la conquête du monde

Sa carrière en solo débute en 1978, avec l’album Thousand Knives, un titre tiré d’une œuvre du poète belge Henri Michaux. Il l’élabore quasiment seul avec un synthétiseur et la collaboration d’un spécialiste de la programmation, Matsutake Hideki. Cet album ouvre un nouveau chemin, précurseur de l’univers de la musique électronique et pose déjà la question de ce qu’est la musique pour Sakamoto Ryûichi, en touchant à son essence.

À peu près au même moment, il fonde le groupe Yellow Magic Orchestra (YMO) en compagnie de Hosono Haruomi, ancien bassiste des groupes Happy End et Tin Pan Alley, et de Takahashi Yukihiro, ancien batteur du groupe Sadistic Mika Band. De l’usage des synthétiseurs combiné à une ingéniosité novatrice et d’incroyables techniques d’instruments va naître un tout nouveau type de paysage musical. Les mélodies de l’Extrême-Orient rencontrent les rythmes de la musique occidentale : c’est la techno-pop, dont la jeune génération raffole. L’influence de YMO, considéré comme un véritable leader d’opinion, s’étendra jusque dans le monde de la mode et dans les courants de pensée, faisant vibrer le cœur de la nouvelle génération.

En 1979, la sortie de l’album Yellow Magic Orchestra aux États-Unis, ainsi qu’un concert à Los Angeles signent les débuts du groupe à l’international. Cette même année puis la suivante, deux tournées mondiales les emmènent à Londres, Paris et New York. YMO acquiert une renommée mondiale.

À cette époque, la popularisation de la musique électronique due à la mode des jeux vidéo propulse la notoriété de YMO jusque dans les écoles primaires, donnant naissance à un véritable phénomène de société. Pas un jour ne passe sans qu’on entende quelque part jouer un air de Tong Poo, Technopolis ou Rydeen… En 1980, trois des albums du groupe figurent dans le top 10 des meilleures ventes de l’année. L’impact est incalculable : nombre de personnes d’ici et d’ailleurs, touchées par la grâce de YMO, se sont ensuite engagées sur le chemin de la musique.

Sakamoto commence déjà une carrière parallèle en solo, en collaborant avec le groupe de jazz Kylyn mené par le guitariste Watanabe Kazumi. En 1982, il sort avec Imawano Kiyoshirô, chanteur du groupe RC succession, la chanson Ikenai Rouge Magic, un véritable hit dont le clip vidéo fera parler d’eux, avec leur maquillage fascinant.

YMO se sépare en 1981, mais les trois acolytes continueront à travailler sur quelques projets en commun pour le plus grand plaisir de tous. C’est à partir de cette époque que la carrière de Sakamoto se diversifie. Il anime notamment une émission à la radio, où il encourage les musiciens amateurs à envoyer une cassette de leur performance ; il fera ainsi naître une nouvelle génération d’artistes.

  • [01.06.2017]

Critique musical, né en 1949. Diplômé de l’Université d’Osaka d’études étrangères en 1973. La même année, il rejoint la rédaction d’un magazine musical de la maison d’édition Shinkô Music Entertainment, puis se lance trois ans après en tant que critique indépendant. Depuis 1999, il est chroniqueur régulier dans les colonnes musicales du journal Hokkaidô Shimbun, et collabore également avec le journal Mainichi Shimbun, le magazine CD journal, ou encore le web magazine Otona no music calendar.

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