Série Retour à Hiroshima et Nagasaki
Hiroshima et Nagasaki : le rapprochement nippo-américain en marche
[04.09.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Cette année encore, l’ambassadeur des États-Unis a participé aux cérémonies pour la paix à Hiroshima et Nagasaki, un pas de plus vers le règlement de la question historique du bombardement atomique.

Participation de Caroline Kennedy aux cérémonies pour la paix

L’ambassadrice des États-Unis, Caroline Kennedy, a assisté aux cérémonies pour la paix, à Hiroshima le 6 août et à Nagasaki le 9, où elle s’est recueillie à la mémoire des victimes des bombes atomiques. Il s’agissait de la première participation à ces cérémonies pour l’ambassadrice américaine nommée en novembre dernier, mais elle s’était déjà rendue à Nagasaki au mois de décembre 2013, peu après sa prise de fonctions, pour déposer une gerbe au mémorial de la paix.

La présence d’un ambassadeur américain aux cérémonies pour la paix à Hiroshima et Nagasaki est un fait encore relativement récent : John Roos est le premier à y avoir assisté, en 2010. Il a participé trois fois à celle de Hiroshima et deux fois à celle de Nagasaki.

Même si la visite d’un ambassadeur des États-Unis, pays responsable du largage de la bombe atomique, paraît aujourd’hui naturelle, c’était inimaginable il y a 10 ou 20 ans, tel était le fossé entre les deux pays sur le bombardement atomique. Dans le cadre du processus de réconciliation après la Seconde Guerre mondiale alors en cours en Europe, cette question était la principale pierre d’achoppement à une réconciliation nippo-américaine. C’est début 1995 que ce contraste a été clairement mis en lumière.

Contraste entre la Smithsonian et Dresde

L’année 1995 marquait le 50e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le musée national américain de l’Air et de l’Espace de la Smithsonian préparait une « exposition commémorative du 50e anniversaire de l’Enola Gay » présentant l’arme nucléaire, de sa première utilisation jusqu’au problème de la prolifération depuis la guerre froide. Ce projet a suscité une vague de protestations auprès des anciens combattants, des élus et des citoyens. L’exposition a été annulée et le directeur du musée contraint de présenter sa démission.

En contraste avec cela, deux semaines plus tard, à Dresde en Allemagne, ville dévastée par les bombardements des forces alliées qui ont fait des dizaines de milliers de victimes, était commémoré le 50e anniversaire du bombardement aérien. La cérémonie s’est déroulée non seulement en présence de personnalités allemandes, mais aussi des pays alliés responsables du bombardement, avec le duc de Kent représentant la reine Elisabeth II, le maréchal Peter Inge ainsi que le chef d’état-major des armées des Etats-Unis John Shalikashvili(*1). Comment expliquer une telle différence ?

Pas d’excuses mais des prières

Ce qui a particulièrement touché la corde sensible des opposants à l’exposition de la Smithsonian est l’affichage du nombre de victimes de Hiroshima et Nagasaki, qui risquait de donner la vision d’un massacre à grande échelle de civils perpétré par l’armée américaine.

Aux États-Unis, la guerre contre le Japon est considérée comme juste, et la pensée toujours dominante est que le largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki était nécessaire pour sauver les soldats des pays alliés dont le débarquement sur les principales îles du Japon était imminent. Mais au Japon, des pacifistes aux conservateurs, nombreux sont ceux qui considèrent les bombardements atomiques comme un crime de guerre.

En Europe, l’approche prédominante pour amorcer la normalisation finale des relations de l’Allemagne réunifiée avec les pays de l’Est fut, tout en lui attribuant de manière stricte la responsabilité de la guerre, de reconnaître les victimes du conflit sans faire de différence entre pays vainqueurs et vaincus, et d’ouvrir ainsi la porte à la réconciliation. La « réconciliation de Dresde » en est un exemple : les représentants américains et britanniques n’ont pas présenté d’excuses aux pays vaincus, pas plus que l’Allemagne n’en a exigé, ils ont simplement commémoré ensemble les victimes de chaque pays. Voilà comment ont été arrondis les angles entre les deux parties, pour se tourner vers le futur.

(*1) ^ Matsuo Fumio, Obama daitôryô ga Hiroshima ni kenka suru hi (Le jour où le président Obama déposera une gerbe à Hiroshima ; Shôgakukan, 2009)

  • [04.09.2014]
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