Série Japan Data
Les chiffres du suicide au Japon
[18.12.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

En 2013, 27 300 personnes se sont donné la mort au Japon. Cela correspond à une moyenne de 75 suicides par jour, pour des raisons variées. Même si ce nombre a tendance à diminuer ces dernières années, le taux de suicide reste très élevé par rapport aux autres pays. Voyons le contexte.

Les informations concernant les suicides sont toujours bouleversantes, au Japon comme ailleurs. L’été dernier, le suicide de Sasai Yoshiki, directeur adjoint du centre en biologie du développement du Riken à Kobe, également co-auteur des articles sur les « cellules STAP », a fait beaucoup de bruit au Japon et à l’étranger. En septembre, nous avons appris qu’un membre des forces maritimes d’autodéfense a mis fin à ses jours, au début de l’année, après avoir subi des brimades de son supérieur hiérarchique. Et un fait divers dramatique, deux fillettes de onze et douze ans qui se sont donné la mort ensemble en sautant du haut d’un immeuble, a également défrayé la chronique. Cependant, ces exemples ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Vieillesse, maladie et suicide

D’après l’édition 2014 du Livre blanc sur la lutte contre le suicide publié par le bureau du Cabinet et les statistiques de la police, le nombre total de morts par suicide en 2013 atteignait 27 283 personnes. Si on fait un calcul simple, cela revient à un suicide toutes les 20 minutes. C’est 6,2 fois plus de décès que dans les accidents de la route (4 373 morts). 18 787 d’entre eux étaient des hommes, soit une proportion de 68,9%. Par tranche d’âge, les sexagénaires sont les plus nombreux avec 4 716 personnes, soit 17,3% du total, suivi des quadragénaires (4 589 personnes, 16,8%) des quinquagénaires (4 484 personnes, 16,4%) et des septuagénaires (3 785 personnes, 13,9%)

Parmi les cas où le motif du suicide est connu, les problèmes de santé sont les plus fréquents, de loin en tête avec 13 680 décès, suivis des problèmes économiques (4 636), familiaux (3 930) et liés au travail (2 323). Viennent ensuite les problèmes de couple, les problèmes dans le cadre scolaire, et autres. Cet ordre est le même tous les ans. Ces chiffres montrent le nombre important de suicides d’hommes de plus de 40 ans pour des raisons de santé.

Le suicide, première cause de décès chez les jeunes

En 2013, le nombre de suicides au Japon était en diminution pour la quatrième année consécutive, en particulier les suicides pour raisons économiques. L’Agence nationale de la police voit là les effets de l’amélioration de la conjoncture économique et des efforts de prévention déployés par les collectivités locales. D’autre part, le fait que le suicide soit la première cause de mortalité chez les 15 à 39 ans représente un réel problème. Le suicide des jeunes de 15 à 34 ans en particulier, première cause de décès de cette classe d’âge, est particulier au Japon parmi les pays du G7.

L’évolution du nombre de suicides sur les 35 dernières années permet de constater que sur la période d’environ 20 ans, entre 1978 et 1990, leur nombre a peu varié, entre 20 et 25 000 par an. Ce chiffre s’est soudainement envolé à 32 863 en 1998, dépassant ainsi la barre des 30 000 suicides pour la première fois depuis 1897, année des premières statistiques, avant d’atteindre un nouveau record en 2003 avec 34 427 décès. Il a ensuite diminué progressivement pour repasser enfin sous la barre des 30 000 en 2012, avec 27 858 cas. En 2013, on dénombrait 575 cas de moins que l’année précédente.

Plus de dix mille suicides dans onze pays

Même si l’on peut se féliciter de cette récente baisse, à l’échelle globale, le Japon enregistre encore un nombre de suicides élevé. Selon un rapport sur la prévention des suicides rédigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre total de suicides dans le monde en 2012 était supérieur à 800 000 (chiffre estimé). Dans 11 pays, on recense plus de 10 000 suicides. L’Inde figure au 1er rang avec 258 000 cas, la Chine au 2e avec 120 730 et les États-Unis au 3e avec 43 300. Viennent ensuite, dans l’ordre, la Russie (32 000 cas), le Japon (29 400), la Corée du Sud (17 900) et le Pakistan (13 300).

En termes de nombre de suicides pour 100 000 habitants (taux de suicide), le Guyana en Amérique du Sud montre le plus fort taux à 44, suivi de la Corée du Nord à 38,5 et de la Corée du Sud au 3e rang avec un taux de 28,9. L’Inde, qui détient le plus grand nombre de suicides dans l’absolu, affiche un taux de 21,1, et le Japon de 18,5.

Les motifs de suicide différents selon les générations

Dans les statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur le taux de suicide, le Japon se situe à la 3e place des pays membres, derrière la Corée du Sud et la Hongrie. Le Japon et la Corée du Sud ont en commun le suicide comme première cause de mortalité dans la tranche d’âge des 15-34 ans, ainsi qu’un taux important chez les hommes d’âge mûr. Tandis que le taux de suicide chez les jeunes, la génération montante, a tendance à baisser dans les pays d’Europe et aux États-Unis, le fait qu’il augmente au Japon et en Corée du Sud est une source d’inquiétude.

Les causes de suicide au Japon font l’objet de nombreuses analyses. Pour les hommes dans la force de l’âge, la stagnation des affaires et le chômage liés à la mauvaise conjoncture économique, le surmenage et la dégradation des conditions de travail ou encore les mauvais rapports personnels au travail sont corrélés à l’augmentation des suicides. Chez les personnes d’âge mûr, les motifs sont plus complexes : problèmes de santé, difficultés quotidiennes, lassitude entraînée par les soins prodigués à une personne âgée et solitude s’enchevêtrent et s’additionnent. Enfin, chez les enfants, les brimades à l’école sont souvent un motif de suicide.

La nécessité d’une lutte renforcée contre le suicide

Le suicide peut également être motivé par la disparition des membres de la famille ou du patrimoine dans une catastrophe naturelle. Dans le cas du séisme du Tôhoku de 2011, 55 suicides ont été recensés la première année, 24 en 2012 et 38 en 2013, pour la plupart des hommes. Les conséquences de la catastrophe se font encore ressentir.

En juin 2007, le gouvernement a mis en œuvre un « plan d’action global contre le suicide », dans le cadre de la loi fondamentale de lutte contre le suicide entrée en vigueur l’année précédente. Ce plan présentait pour chaque génération – les jeunes (moins de 30 ans), les personnes d’âge mûr (30 à 64 ans) et les personnes âgées (plus de 65 ans) – les caractéristiques des cas de suicide et les mesures de lutte appropriées. Sept ans plus tard, l’État et la société doivent renforcer leur engagement pour faire baisser davantage le nombre de suicides.

(D’après un article en japonais du 22 septembre 2014.)

  • [18.12.2014]
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