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La recrudescence des crimes sexuels contre les enfants
[04.12.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le nombre des crimes sexuels commis contre des enfants de moins de 13 ans a baissé entre 2004 et 2012, mais cette tendance s’est inversée en 2013, avec 1 327 occurrences supplémentaires par rapport à l'année précédente pour un total de 26 939. Ce chiffre inclut notamment 103 cas d’enlèvement d’enfant et autres crimes apparentés. La question se pose donc de savoir si la sécurité des enfants est suffisamment prise en charge par la société.

Des cas récents d’enlèvement d’enfant

Le 23 septembre, le cas d’Ikuta Mirei, une élève de première année de l’école primaire à Kobe disparue le 11 septembre, s’est soldé par la pire des issues quand le corps démembré de la petite fille a été retrouvé dans un bois situé à proximité de son domicile. D’après les services de police de la préfecture de Hyôgo, les tests ADN ont confirmé que les restes contenus dans les sacs découverts par une patrouille de policiers étaient ceux de la fillette de six ans. Un homme de 47 ans, soupçonné d’être l’auteur de l’enlèvement et du meurtre, a été arrêté entre temps. La disparition de la petite Mirei a eu un grand retentissement au Japon et son issue tragique – la perte, une fois de plus, d’une toute jeune vie –, a replacé les crimes contre les enfants au cœur de l’attention du public.

Le 9 septembre, deux jours avant l’affaire de Kobe, une élève de septième année d’école à Yachimata, dans la préfecture de Chiba, a été enlevée sous la menace d’un couteau alors qu’elle rentrait chez elle. Le coupable, un homme de 25 ans sans emploi, a ensuite emmené la victime en voiture jusque chez lui, dans la ville voisine de Tomisato, et l’a séquestrée pendant une heure avant de la relâcher. La victime a pu donner à la police le numéro d’immatriculation de la voiture de son ravisseur, ce qui a permis d’inculper celui-ci d’enlèvement à des fins de mauvais traitement, de séquestration et d’agression sexuelle.

Plusieurs affaires similaires ont marqué l’actualité depuis le début de l’année. Le 14 juillet, une élève de cinquième année d’école à Kurashiki, dans la préfecture d’Okayama, a été kidnappée en rentrant de l’école. Un homme de 49 ans sans emploi a été arrêté le soir du 19 juillet et inculpé pour avoir séquestré la fillette de onze ans à son domicile, situé dans la même ville. La police a été en mesure de résoudre rapidement cette affaire d’enlèvement grâce au numéro d’immatriculation d’une voiture suspecte, relevé par la mère de la victime à proximité de la scène, et à des signaux GPS en provenance du téléphone mobile de la fillette.

Le 11 février, une élève de cinquième année a disparu à Sagamihara, dans la préfecture de Kanagawa, alors qu’elle promenait son chien. Ses parents ont prévenu la police après que le chien est rentré seul au domicile de la famille. Quatre jours plus tard, la police a récupéré la jeune fille après qu’elle eut appelé le commissariat de Chigasaki, dans la même préfecture, au petit matin depuis un poste de police laissé sans surveillance. Un homme de 30 ans, employé d’une entreprise d’informatique de Machida, dans la banlieue de Tokyo, a été arrêté et inculpé d’enlèvement et de détention de mineure. L’homme, qui a une épouse et des enfants mais vivait séparé de sa famille, a enlevé la fillette sous la menace d’un couteau, l’a forcée à monter dans sa voiture et l’a emmenée dans son appartement, où il l’a retenue prisonnière. Bien que la victime ait été nourrie et ne semble pas avoir subi de mauvais traitement pendant sa captivité, l’horreur de ce crime, dans lequel une jeune fille a été capturée dans la rue en plein jour, a soulevé une onde de choc qui s’est propagée dans la nation tout entière.

Le 27 janvier, une élève inscrite en troisième année à Sapporo, Hokkaidô, a été enlevée par un homme de 26 ans sans emploi et retenue en captivité pendant une semaine dans son appartement. En l’occurrence, la victime est rentrée chez elle saine et sauve, mais nous avons connu des affaires similaires qui se sont soldées par des issues tragiques.

Il y a dix ans, le 17 novembre 2004, on a retrouvé le corps d’une petite fille de sept ans qui avait disparu dans la préfecture de Nara. Un livreur de journaux de 37 ans a été inculpé d’enlèvement, attentat à la pudeur et meurtre. Il a par la suite été condamné à mort et exécuté.

Dans l’affaire de Nara, les matériaux pornographiques et les sous-vêtements d’enfants trouvés au domicile du coupable ont montré sans équivoque que la pédophilie était le mobile du crime. Les experts s’inquiètent des répercussions que pourrait entraîner la facilité d’accès sur Internet à des matériaux de ce genre en quantités sans cesse croissantes. Le Livre blanc 2014 sur la police publié par l’Agence nationale de la police recense 1 117 cas déclarés d’agressions sexuelles contre des enfants en 2013, soit 63 de plus que l’année précédente. Les chiffres enregistrés au cours de la décennie qui s’achève montrent que 2004 et 2005 ont été des années noires à cet égard, avec respectivement 1 679 et 1 384 cas répertoriés. Après quoi s’est amorcée une tendance à la baisse qui a perduré plusieurs années, le point bas étant atteint en 2007 avec un chiffre de 907 cas. Mais la barre des 1 000 cas a de nouveau été franchie en 2010 et les chiffres ne sont pas redescendus en dessous depuis lors.

La possession de pornographie enfantine enfin interdite au Japon

Le 18 juin dernier, la Diète Nationale a décidé, au vu de cette tendance, de rendre illégale la possession de pornographie enfantine, et un texte révisé est entré en vigueur le 15 juillet. Au Japon, la production et la distribution de pornographie enfantine constituaient déjà des infractions pénales, mais la possession n’était pas un délit. Au titre de la nouvelle réglementation, la possession de ce genre de matériaux sous quelque forme que ce soit, y compris les enregistrements numériques, est désormais passible d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à un an et d’une amende pour un montant maximal d’un million de yens. Les bandes dessinées contenant des représentations à caractère sexuel de personnages enfantins sont exemptées de cette règle et peuvent se vendre ou s’acheter en toute légalité. Le gouvernement a instauré une période de grâce d’une année avant que les nouvelles mesures ne prennent effet, de façon à laisser aux gens concernées le temps de se débarrasser de leurs stocks personnels.

La formulation du nouveau texte, qui définit comme relevant de la pornographie enfantine tout matériau où « des parties du corps d’un enfant présentant un intérêt sexuel sont exposées ou exhibées », a suscité des critiques, certains lui reprochant, de par son caractère trop vague, de se prêter à des interprétations abusives de la part des autorités chargées de faire respecter la loi. D’autres se sont félicités de cette initiative des pouvoirs publics, en s’appuyant sur le grand nombre d’enfants victimes de pédophiles. D’après le Livre blanc de l’Agence nationale de la police, les cas de pornographie enfantine sont de plus en plus nombreux, avec des chiffres records pour les arrestations (1 644) comme pour les victimes (646) enregistrés en 2013. Malheureusement, il y a en outre probablement beaucoup de cas dont on n’a pas connaissance. Au vu de la souffrance que peuvent provoquer certains pervers, la société se doit de placer la protection des enfants tout en haut de la liste de ses priorités.

(Photo de titre : Jiji Press)

  • [04.12.2014]
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