Série Japan Data
Le débat sur la révision du code des mineurs s’enflamme à nouveau
[23.07.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Depuis le meurtre d’un collégien de Kawasaki âgé de 13 ans, Uemura Ryôta, à l’aube du 20 février dernier, sur les berges de la rivière Tamagawa, par un mineur de 18 ans et deux autres complices mineurs comme lui, le nombre de personnes favorables à une révision de la législation sur les mineurs augmente. Les actes de cruauté menés par les trois garçons les conduit à penser qu’il faudrait traiter les agresseurs non pas comme des mineurs mais comme des adultes, et notamment autoriser la publication de leurs noms et de leurs photos. Mais les partisans de la prudence en ce domaine ne désarment pas, et le débat sur la révision n’est pas près de s’arrêter.

La photo des assassins largement diffusée sur Internet

Les détails du crime commis par un mineur de 18 ans et ses complices, révélés au fur et à mesure de l’enquête, sont stupéfiants. Les trois garçons qui battaient régulièrement le jeune Ryôta l’ont fait se déshabiller la nuit du meurtre et l’ont contraint à nager dans la Tamagawa en plein hiver, puis ils l’ont tailladé au cutter avant de se servir d’un couteau pour lui infliger une blessure fatale au cou. Ils ont ensuite caché son corps dans des buissons et sont partis avec ses vêtements qu’ils ont fait brûler dans des toilettes publiques afin de se débarrasser des preuves matérielles. Des menottes en plastique retrouvées sur les lieux du crime font penser que la victime avait probablement les mains liées pendant qu’il était battu.

Ce crime a suscité la colère de l’opinion publique, et la photo de l’auteur présumé, son identité et des photos de sa famille sont parues sur Internet. Un hebdomadaire à grand tirage a aussi publié un article dans lequel figuraient son nom et sa photo. L’article 62 du code des mineurs interdit la publication du nom et des photos d’un mineur soupçonné d’avoir commis un crime, mais la rédaction du Shûkan Shinchô, l’hebdomadaire à grand tirage qui ne l’a pas respecté justifie ainsi son geste : « Nous avons décidé de publier son nom et sa photo en raison de la cruauté inouïe du meurtre, du grand impact sur la société, et du passé de l’auteur du drame. »

Le magazine a trouvé ces photos sur Internet et les a publiées après avoir vérifié auprès d’amis de l’agresseur qu’il n’y avait pas d’erreur sur la personne. Il est en effet très facile de trouver en ligne son nom ainsi que ses photos. C’est la raison pour laquelle les éditions Shinchô ont choisi de les publier, alors que la plupart des médias ont préféré ne pas le faire, estimant que même si les infractions à cet article de la législation sur les mineurs ne sont pas punies, il est naturel de respecter la loi.

La majorité relevée de 18 à 20 ans après la guerre

Lorsqu’une loi n’est plus adaptée à la société, elle doit être modifiée. La législation japonaise sur les mineurs a été révisée cinq fois depuis la fin de la guerre, d’abord en 1949 au moment où le Commandement suprême des forces alliées, qui gouvernait le Japon vaincu, menait sa politique de démocratisation. Cette révision a relevé la majorité pénale de 18 ans, âge auquel elle était fixée avant-guerre, à 20 ans. Elle a aussi créé les tribunaux de la famille, chargés de déterminer si les mineurs devaient, soit subir des sanctions pénales, soit recevoir des mesures éducatives.

Le Japon connaissait alors une période troublée. La guerre avait fait de nombreux orphelins, et de nombreux mineurs commettaient des cambriolages ou des vols avec violence pour se procurer de la nourriture dans cette période où elle manquait. La révision de 1949 visait à protéger et rééduquer ces mineurs.

La forte croissance économique qu’a ensuite connue le Japon a apporté la richesse, et la nature des infractions commises par les mineurs a changé. L’âge auquel ils les commettent a aussi baissé, et les infractions de certains d’entre eux ont parfois été d’une grande violence. En 1988, une lycéenne de l’arrondissement d’Adachi à Tokyo a été kidnappée, violée et battue à plusieurs reprises avant d’être tuée. Son corps a été retrouvé dans un fût métallique dans lequel on avait versé du ciment dans l’arrondissement voisin de Kôtô. Ce crime commis par quatre jeunes de 16 à 18 ans est resté dans les mémoires.

  • [23.07.2015]
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