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		<title>Japonaise jusqu’au bout des ongles</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2013 02:15:18 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[30 000 « nailists » au Japon Connaissez-vous le métier de « nailist » ? Ce néologisme japonais créé à partir de l’anglais désigne les nail artistes, également connus en France sous l’appellation d’artistes en manucure ou artistes ongulaires. Le mot nailist a été inventé &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/views/b02601/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>30 000 « nailists » au Japon</h3>
<p>Connaissez-vous le métier de « nailist » ? Ce néologisme japonais créé à partir de l’anglais désigne les nail artistes, également connus en France sous l’appellation d’artistes en manucure ou artistes ongulaires. Le mot <em>nailist </em>a été inventé par l’Association japonaise des <em>nailist</em>, principal promoteur de ce métier dans l’archipel.</p>
<p><div id="attachment_6726" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph21.jpg"><img class="size-large wp-image-6726 " src="/fr/files/b02601_ph21-680x206.jpg" alt="" width="680" height="206" /></a><p class="wp-caption-text">A gauche : le salon Tokyo Nail Expo, organisé par l’Association japonaise des nailist tous les ans en novembre, désigné « mois de l’ongle ». En 2012, la 17e édition de ce salon a attiré 54 000 visiteurs en deux jours (le 18 novembre 2012 au Tokyo Big Sight). A droite : le concours « Naitiful », l’un des moments forts du salon. Les participants sont jugés sur leur look total, de la manucure à la coiffure en passant par le maquillage et la toilette portée (photo : Association japonaise des nailist)</p></div>
<p>Kinoshita Mihori, l’une des fondatrices de l’Association japonaise des <em>nailist</em>, est aussi l’une des figures emblématiques du milieu. C’est elle qui, dans les années 1980, a introduit dans l’Archipel les extensions d’ongles et a développé un système de soins propre au Japon. Bref, Kinoshita Mihori est la mère du nail art japonais.</p>
<h3>L’« esthétique de la beauté », une affaire de doigté</h3>
<p><div id="attachment_6727" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph18.jpg"><img class="size-large wp-image-6727 " src="/fr/files/b02601_ph18-680x225.jpg" alt="" width="680" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Tonomura Masako (Atelier Kinoshita Yumi), lauréate d’argent des professionnels au Concours Naitiful en 2012. « L’attention apportée au bien-être de la cliente en salon, sur la durée comme dans l’espace, est peut-être la plus grande spécificité du nail art japonais. »</p></div> <div id="attachment_6728" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><a href="/fr/files/b02601_ph25.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-6728" title="" src="/fr/files/b02601_ph25-200x300.jpg" alt="" width="200" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Un look total créé par Tonomura Masako : les éléments japonais, comme la pivoine et l’éventail, se fondent parfaitement avec les éléments occidentaux. Une œuvre qui a demandé un mois et demi de préparation.</p></div>
<p>Mme Kinoshita et l’Association japonaise des <em>nailist </em>ont tiré le meilleur parti de l’habileté manuelle des Japonais pour former des nail artistes, aujourd’hui considérés comme les meilleurs du monde. Que pense-t-elle du récent boom du nail art ?</p>
<p>« De plus en plus de femmes de tous âges pratiquent le nail art. Si le nail art connaît un tel succès malgré la crise actuelle, c’est parce qu’il s’agit d’une réelle &#8220;esthétique de la beauté&#8221;, qui embellit le corps et le cœur. Les soins en salon ont aussi un effet apaisant. Le nail art est plus qu’une mode, c’est un soin de beauté à part entière. »</p>
<p>D’après les chiffres de l’Association japonaise des <em>nailist</em>, en 2011, le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 208,5 milliards de yens, presque le double d’il y a six ans. Le nombre de salons de nail art — 19 500 —, a également doublé en cinq ans. Pour les nail artistes qui exercent en salon, réussir les examens de l’Association est la marque du vrai professionnel. Chaque année, plus de 60 000 candidats passent ces examens, 1,6 fois plus qu’il y a cinq ans. Il existe 300 écoles de nail art au Japon (y compris les cursus intégrés aux écoles d’esthéticiennes) et environ 30 000 nail artistes. On peut difficilement parler d’une mode passagère.<strong></strong></p>
<h3>Le gel UV, adapté au style de vie des femmes modernes</h3>
<p>Le nail art voit le jour dans les années 1970, avec les faux ongles fabriqués pour les actrices hollywoodiennes. C’est dans les années 1980 que le premier salon du Japon ouvre ses portes. Comment le nail art a-t-il évolué ensuite ?</p>
<p>Mme Kinoshita nous répond : « Aujourd’hui, dans les salons de nail art japonais, c’est le gel pour ongles qui est le plus utilisé. On recouvre l’ongle d’une couche de gel liquide, qu’on fait durcir grâce à des rayons ultraviolets et des lampes LED. C’est plus souple d’utilisation que la manucure et les ongles sont moins abîmés. Depuis 2007, c’est la technique la plus employée au Japon.</p>
<p>Grâce à un séchage rapide, qui convient parfaitement au style de vie trépidant des femmes modernes, cette technique a du succès. Avec l’âge, les ongles deviennent plus cassants, mais l’application de gel permet de les renforcer, et le gel UV est maintenant plébiscité par les femmes actives comme les femmes au foyer. Il rend les ongles plus résistants et permet la pose de décorations volumineuses, ce qui a beaucoup élargi la palette du nail art. »</p>
<p><div id="attachment_6729" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph03.jpg"><img class="size-large wp-image-6729 " src="/fr/files/b02601_ph03-680x168.jpg" alt="" width="680" height="168" /></a><p class="wp-caption-text">Le gel UV et ses couleurs pétillantes (à gauche, création du salon Nadine, au centre salon Hokuri). En été, avec les sandales, le nail art se porte aussi sur les pieds (à droite, création du salon Tout soleil).</p></div><br />
<h3>Les Japonaises aiment les ongles bien décorés</h3>
<p>Quelles sont les différences entre le nail art occidental et le nail art japonais ?</p>
<p>Explications de Mme Kinoshita : « En Europe, les femmes ont tendance à rechercher une beauté saine et les ongles aussi restent simples, elles se contentent généralement d’une couche de couleur sur des ongles naturels. Parmi les femmes actives new-yorkaises aussi, la simplicité est de mise : une couleur unique ou une &#8220;french manucure&#8221; qui laisse à l’ongle sa couleur naturelle, soulignée d’une touche de blanc à l’extrémité.</p>
<p>En revanche, au Japon, on apprécie les dégradés de couleurs et les strass ou les paillettes sur un fond uni. En plus, beaucoup de femmes aiment changer régulièrement les décorations sur leurs ongles. Ce type de culture ongulaire, propre au Japon, appelé &#8220;nail art japonais&#8221;, est répandu en Asie, notamment à Taiwan, en Corée du Sud, à Singapour ou au Vietnam. »</p>
<p><div id="attachment_6730" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph17.jpg"><img class="size-large wp-image-6730 " src="/fr/files/b02601_ph17-680x182.jpg" alt="" width="680" height="182" /></a><p class="wp-caption-text">Beaucoup de femmes fréquentent pour la première fois un salon de nail art à l’occasion de leur mariage. Les extensions d’ongle décorées de perles et de fleurs sur une base rose ou blanche ont du succès pour la cérémonie (à gauche, création du salon Innocent). Ongles ornés de strass et paillettes (à droite, création du salon esNAIL).</p></div><br />
<h3>Le nail art à domicile</h3>
<p><div id="attachment_6731" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph23.jpg"><img class="size-large wp-image-6731 " src="/fr/files/b02601_ph23-680x225.jpg" alt="" width="680" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Une large gamme d’articles est disponible sur le salon Nail Expo</p></div>
<p>Si certaines femmes fréquentent les salons de nail art pour être impeccables jusqu’au bout des doigts, elles sont également nombreuses à pratiquer le nail art chez elles. C’est peut-être là encore l’une des particularités du Japon, où beaucoup de gens sont habiles de leurs mains. Produits de soins pour des ongles en bonne santé, instruments pour façonner les ongles, appareils à gel UV, vernis, paillettes et strass… la gamme d’articles destinés à la pratique du nail art à domicile est vaste. Cela va de pair avec le nombre croissant de femmes qui ont adopté le nail art comme hobby.</p>
<p><div id="attachment_6732" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b02601_ph06.jpg"><img class="size-medium wp-image-6732" title="" src="/fr/files/b02601_ph06-300x124.jpg" alt="" width="300" height="124" /></a><p class="wp-caption-text">Impression papillons du Sha-Nail Pro. Un produit réservé aux professionnels, sauf au Japon où il est en vente libre (photo : Props)</p></div>
<p>Pour celles qui manquent de confiance en elles pour leurs créations, il existe aussi des autocollants qu’il suffit de coller sur les ongles. Parmi les articles les plus raffinés, le Sha-Nail Pro (commercialisé par Props), un film ultramince de 80 microns d’épaisseur. Il suffit de découper la planche d’autocollants imprimée de motifs élaborés, papillons, fleurs, etc., et d’apposer les autocollants, en jouant éventuellement des superpositions pour obtenir des créations complexes.</p>
<p>Puissance technologique, habileté manuelle et goût pour la customisation : voilà les ingrédients du nail art à la japonaise, parti pour conquérir le monde entier !</p>
<p><div id="attachment_6733" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02601_ph05.jpg"><img class="size-large wp-image-6733 " src="/fr/files/b02601_ph05-680x242.jpg" alt="" width="680" height="242" /></a><p class="wp-caption-text">(de gauche à droite) création de Takada Masumi (office glowbiz style), du salon Nadine et du salon La Couronne</p></div>
<p>Texte : Ushijima Bifue<br />Photo de titre : Kawamoto Seiya<br />Remerciements : Kinoshita Mihori</p>
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		<title>L’admission aux négociations du TPP, la visite d’Aung San Suu Kyi</title>
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		<pubDate>Fri, 17 May 2013 08:55:41 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le Japon doit rejoindre en juillet les négociations du TPP Le 12 avril, les consultations bilatérales entre Washington et Tokyo sur la participation du Japon aux négociations du Partenariat Trans-Pacifique (TPP) ont abouti. Non seulement, les gouvernements des deux pays ont &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/editor/f00019/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Le Japon doit rejoindre en juillet les négociations du TPP</h3>
<p>Le 12 avril, les consultations bilatérales entre Washington et Tokyo sur la participation du Japon aux négociations du Partenariat Trans-Pacifique (TPP) ont abouti. Non seulement, les gouvernements des deux pays ont confirmé leur objectif, proclamé dans la déclaration commune du 22 février, de « parvenir à un accord global de haut niveau, tel qu’il est décrit dans l’accord-cadre du TPP », mais ils ont convenu de travailler conjointement au renforcement de la croissance économique, au développement du commerce bilatéral et à la consolidation de l’état de droit.</p>
<p>En vue de réaliser ces objectifs, Washington et Tokyo ont convenu, parallèlement aux négociations du TPP, d’étudier la mise en place de mesures non tarifaires dans divers domaines, dont les assurances et les normes, d’engager des négociations sur le commerce des véhicules à moteur, un secteur où les États-Unis ont formulé des revendications, et de procéder à l’élimination progressive, sur une période la plus longue possible en conformité avec les négociations du TPP, des droits de douane américains sur les véhicules à moteur. Le 20 avril, le processus d’approbation par les onze participants que compte aujourd’hui le TPP a été mené à terme. L’étape suivante devrait intervenir au mois de juillet, avec l’entrée du Japon dans les négociations.</p>
<h3>D’autres pactes commerciaux sont en vue</h3>
<p>Dans le même temps, le Japon a progressé dans ses négociations en vue de nouer des accords de libre-échange (ALE) ou de partenariat économiques (APE) avec d’autres interlocuteurs clés. Le 25 mars, lors de discussions au sommet menées au téléphone plutôt que de personne à personne à cause de la crise de Chypre, le Japon et l’Union européenne ont convenu d’entamer des pourparlers en vue de la mise en place d’un APE. Et du 26 au 28 mars, s’est tenue à Séoul la première session des négociations consacrées à l’établissement d’un APE entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud. La décision de lancer ces négociations avait été prise le 20 novembre dernier à l’occasion d’une réunion trilatérale des ministres du commerce. Lors de cette première session, les trois pays se sont entendus, non seulement pour mettre sur pied des groupes de travail dédiés au commerce des marchandises, aux échanges dans le domaine des services et à l’investissement, mais encore pour entamer, dès la prochaine session, des négociations sur des questions comme les règles d’origine, les procédures douanières, la facilitation des échanges et la concurrence. Outre cela, et conformément à un accord lui aussi conclu le 20 novembre lors d’une réunion au sommet de l’ASEAN + 6 (les membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est plus le Japon, la Chine, la Corée du Sud, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Inde), la première session des pourparlers sur un projet de Partenariat régional économique global (RCEP) a été prévue pour le mois de mai au Brunei, suivie d’une seconde en Australie au mois de septembre.</p>
<p>Outre ces initiatives régionales ou multilatérales, des avancées ont été enregistrées dans le domaine des accords bilatéraux. Les négociations en vue d’un APE entre le Japon et l’Australie, entamées en avril 2007, sous le gouvernement précédent d’Abe Shinzô, piétinaient sur la question de l’élimination des droits de douane appliqués au blé, à la viande de bœuf, aux produits laitiers et au sucre, jusqu’à ce que, dans leur entretien téléphonique du 28 décembre dernier, Abe Shinzô et Julia Gillard, son homologue australien, s’engagent à joindre leurs efforts pour parvenir à la conclusion d’un accord et, au début du mois d’avril, les deux parties ont jeté les bases d’un accord concernant la viande de bœuf et divers produits agricoles, au titre duquel le Japon, tout en maintenant le principe des tarifs élevés, autoriserait les importations, à des tarifs moins élevés, de quotas des produits en question. Pour peu qu’ils arrivent à trouver un terrain d’entente sur les divergences qui persistent entre eux à propos des droits appliqués aux véhicules automobiles, peut-être les deux pays parviendront-ils à conclure un APE bilatéral dès cet été.</p>
<p>Le Japon et le Canada se sont engagés dans des négociations bilatérales en vue d’un APE en novembre dernier et, le 11 avril, s’est tenue une réunion au cours de laquelle leurs ministres du commerce ont confirmé leur intention de donner à ces négociations leur plein essor. Outre cela, le Japon est entré en pourparlers bilatéraux en vue d’un APE avec la Mongolie en juin dernier et, en mars, quand le premier ministre Abe s’est rendu dans ce pays, les deux parties se sont engagées à œuvrer énergiquement à la conclusion rapide d’un tel accord.</p>
<h3>Jouir des avantages du libre échange</h3>
<p>En résumé, depuis que M. Abe est revenu au pouvoir et exerce son second mandat de premier ministre, le Japon s’est enfin engagé sérieusement sur la voie des ALE et des APE, tant au niveau bilatéral, que régional et multilatéral. Le cycle de Doha des négociations multilatérales sur le commerce menées sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce, qui a commencé en 2001, s’est trouvé bloqué du fait d’un désaccord entre le camp des pays avancés, représenté par les États-Unis et l’UE, et celui des pays émergents et en voie de développement, représenté par la Chine et l’Inde. Dans ce contexte, les règles des échanges au XXIe siècle seront dans une large mesure déterminées par les accords commerciaux et les partenariats économiques régionaux et multilatéraux, tels que le TPP, le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (le TTIP, à propos duquel les dirigeants des États-Unis et de l’UE ont convenu le 13 février d’entamer les négociations), l’APE Japon-Union européenne, le projet de RCEP ASEAN +6 et celui d’ALE tripartite réunissant le Japon, la Chine et la Corée du Sud.</p>
<p>Pour évaluer l’importance de ces divers pactes, il est intéressant d’examiner les parts que leurs participants occupent dans l’économie mondiale. Le TPP, en y incluant le Japon, regroupe douze pays qui se partagent 38 % de l’économie mondiale. Le RCEP se compose quant à lui de 28 pays avec une part de 28 %, chiffres qui atteignent 34 pays et 34 % dans le cas de l’APE Japon-Union européenne. Si les négociations aboutissent toutes, le Japon sera lié par des ALE et APE avec la majorité de ses grands partenaires commerciaux du monde entier et les avantages qu’il tirera du libre-échange en seront multipliés sans qu’il se trouve lui-même dans une position concurrentielle désavantageuse vis-à-vis d’un autre pays.</p>
<p>Dans le même temps, il est important de noter que tous ces ALE et APE se rangent dans deux grandes catégories. Il y a d’une part les pactes qui mettent en jeu des pays avancés, comme le TPP, le TTIP entre l’Europe et les États-Unis et l’APE Japon-Union européenne. L’importance de ces pactes réside au premier chef dans le rôle qu’ils jouent dans la formulation des règles du commerce international pour le XXIe siècle. Le TPP en a fait très tôt l’un de ces objectifs déclarés, mais la même chose vaut pour le TTIP : la déclaration commune émise par les États-Unis et l’UE à l’occasion du lancement des négociations préalables à ce pacte stipulait que « à travers ces négociations, les États-Unis et l’Union européenne auront l’opportunité non seulement de développer les échanges et l’investissements entre les deux rives de l’Atlantique, mais encore de contribuer à l’élaboration de règles mondiales capables de renforcer le système multilatéral des échanges ».</p>
<p>La seconde catégorie de pactes est constituée d’accords comme le RCEP et le projet d’ALE entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud (même si ce dernier risque, à mon avis, de ne pas aboutir avant un certain temps). Ces pactes ont pour objectif de soutenir les réseaux régionaux de production qui ont servi de moteur à l’intégration de facto de l’économie est-asiatique au cours des trente dernières années et de formuler des règles qui vont aider ces réseaux à prendre encore plus d’expansion. Vu sous ce jour, le point clé est de concevoir des accords dont les entreprises pourront aisément tirer parti. En participant au processus d’élaboration des règles présidant aux ALE et APE dans ces deux catégories de pacte, le Japon va pouvoir profiter au maximum des avantages que lui procure sa situation en Asie, région qui constitue l’épicentre de la croissance économique mondiale au XXIe siècle.</p>
<h3>Aung San Suu Kyi et le Japon</h3>
<p>Aung San Suu Kyi, figure emblématique du mouvement démocratique du Myanmar (Birmanie), a reçu un accueil chaleureux lors de la visite qu’elle a effectuée au Japon à la mi-avril. Outre les discussions qu’elle a eues avec le ministre des Affaires étrangères Kishida Fumio et le premier ministre Abe Shinzô, elle a rencontré le prince héritier Naruhito. La dirigeante de l’opposition birmane a été traitée à l’instar ou presque d’un chef d’État.</p>
<p>J’ai longtemps cru que le Japon figurait très bas dans la liste des priorités d’Aung San Suu Kyi. Et l’énumération des pays qu’elle a visités depuis 2011, année où le Myanmar s’est doté d’un gouvernement civil et où elle a été autorisée à se rendre à l’étranger, semble confirmer ce jugement. Sa première destination a été l’Europe, suivie par les États-Unis. Avant d’aller au Japon, elle s’est également rendue en Thaïlande, en Inde et en Corée du Sud. Le seul pays de l’ASEAN qu’elle ait visité reste la Thaïlande, ce qui est tout à fait surprenant compte tenu de l’importance que cette association régionale revêt pour le Myanmar.</p>
<p>Les discussions qu’elle a eues avec des représentants de haut rang du gouvernement japonais m’ont aussi suggéré qu’elle désapprouvait sans doute la tolérance manifestée par Tokyo et l’ASEAN à l’égard du régime militaire qui a régné tant d’années au Myanmar, même si cette tolérance n’a jamais basculé dans le soutien direct. Il me semble également probable qu’elle n’a guère apprécié les mesures prises pour résoudre le problème de la dette du Myanmar envers le Japon et qu’elle n’a pas une bonne opinion de l’aide fournie par celui-ci à son pays depuis le retour des civils au pouvoir.</p>
<p>Outre cela, il m’a semblé que les initiatives prises par le gouvernement japonais et divers groupes du secteur privé en vue de promouvoir la paix entre le gouvernement du Myanmar et les minorités de ce pays lui étaient inconnues ou la laissaient indifférente. On peut supposer que Tokyo l’a invitée en connaissant ses opinions sur ces questions et que l’accueil chaleureux qu’elle a reçu tenait à l’importance du Myanmar. J’espère que sa visite lui a donné l’occasion d’approfondir un peu sa compréhension tant des relations du Japon avec le Myanmar que de la coopération que notre pays a offerte au sien.</p>
<p><em>(D’après l’original éctit en japonais le 20 avril 2013.)</em></p>
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		<title>Une parade du Kabuki dans Ginza à Tokyo</title>
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		<pubDate>Wed, 15 May 2013 06:30:50 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Pour marquer la réouverture du théâtre Kabukiza dans le quartier de Ginza à Tokyo, le 27 mars, de nombreux acteurs renommés du kabuki ont défilé dans les rues de Ginza lors d’une procession hanamichi — ainsi dénommée pour le « chemin &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/views/b03003/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><div id="attachment_6676" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b03003_ph02.jpg"><img class="size-medium wp-image-6676  " src="/fr/files/b03003_ph02-300x355.jpg" alt="" width="300" height="355" /></a><p class="wp-caption-text">« Vétéran » du kabuki et Trésor National vivant, Sakata Tôjûrô prononce un discours lors d’une cérémonie avant la parade. « Il pleut aujourd’hui et nous pouvons donc espérer que les spectateurs vont venir inonder le Kabukiza » a-t-il déclaré avec humour. « C’est un nouveau départ sous le signe de la chance. » (Photo : Kamoshida Kôichi)</p></div>
<p>Pour marquer la réouverture du théâtre Kabukiza dans le quartier de Ginza à Tokyo, le 27 mars, de nombreux acteurs renommés du kabuki ont défilé dans les rues de Ginza lors d’une procession <em>hanamichi</em> — ainsi dénommée pour le « chemin des fleurs » allant de la scène jusqu’au public dans un théâtre de Kabuki et sur laquelle les acteurs font une entrée spectaculaire. En prenant l’avenue la plus célèbre du Japon comme <em>hanamichi</em>, ces acteurs sont allés jusqu’au Kabukiza pour une cérémonie dans l’après-midi marquant la réouverture du théâtre après une période de rénovations.</p>
<p>Lorsque les acteurs de kabuki prennent un nouveau nom, ils font traditionnellement une parade appelée <em>oneri</em> pour saluer leurs admirateurs. La parade de ce jour a été un <em>oneri</em> symbolique pour le théâtre nouvellement reconstruit, reprenant une nouvelle identité comme « cinquième du nom » dans la vénérable lignée du Kabukiza.</p>
<p style="width: 560px; margin: 0pt auto;"><iframe frameborder="0" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/I4SnwZlu_IY?rel=0&amp;wmode=transparent" width="560"></iframe></p>
<h3>Des jours de cérémonie pour célébrer</h3>
<p>La cérémonie d’inauguration du Kabukiza a eu lieu dans l’après-midi. Durant cette cérémonie, Matsumoto Kôshirô, Nakamura Baigyoku et Onoe Kikugorô ont joué le <em>Kotobuki-shiki sanbasô</em> afin de célébrer la réouverture des portes du théâtre. Cette danse est représentée depuis l’ère Edo en prière pour la paix de la nation et pour des récoltes abondantes. Elle a été également donnée lors de la cérémonie d’ouverture du quatrième Kabukiza en 1951.</p>
<p>Par la suite, les cadres supérieurs de Shôchiku ont rejoint les 99 acteurs de kabuki sur scène pour saluer les invités.</p>
<p>Le jour suivant, le 28 mars, un autre événement était prévu : le <em>Koshiki kaoyose teuchi-shiki</em> ou « la cérémonie traditionnelle de rassemblement et de frappe des mains ». Durant cette manifestation, dont l’histoire remonte également à l’ère Edo, les producteurs et les acteurs de kabuki rencontrent les musiciens, les menuisiers et le personnel du théâtre pour célébrer la confirmation des productions à venir, avec la frappe des mains rythmée des cérémonies. Lors de ce <em>teuchi-shiki</em>, une foule de 210 personnes est montée sur scène pour marquer la réouverture du théâtre.</p>
<p><div id="attachment_6677" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/b03003_ph03.jpg"><img class="size-large wp-image-6677 " src="/fr/files/b03003_ph03-680x452.jpg" alt="" width="584" height="388" /></a><p class="wp-caption-text">Le « Kotobuki-shiki sanbasô » donné le 27 mars. A partir de la gauche : Onoe Kikugorô dans le rôle de Sanbasô, Nakamura Baigyoku dans celui de Senzai et Matsumoto Kôshirô comme Okina. (Crédit photo : Shôchiku Co., Ltd.)</p></div> <div id="attachment_6678" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/b03003_ph04.jpg"><img class="size-large wp-image-6678 " src="/fr/files/b03003_ph04-680x331.jpg" alt="" width="584" height="284" /></a><p class="wp-caption-text">Les cadres supérieurs de Shôchiku et les acteurs de kabuki sur scène pendant la cérémonie d’ouverture. (Crédit photo : Shôchiku Co., Ltd.)</p></div> <div id="attachment_6679" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/b03003_ph05.jpg"><img class="size-large wp-image-6679 " src="/fr/files/b03003_ph05-680x454.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a><p class="wp-caption-text">Le « Koshiki kaoyose teuchi-shiki » a été un événement spectaculaire, convenant parfaitement à la réouverture de ce grand théâtre. (Crédit photo : Shôchiku Co., Ltd.)</p></div>
<p>Photo de titre : Kamoshida Kôichi</p>
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		<title>Fujifilm : de la photographie aux produits de beauté</title>
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		<pubDate>Mon, 13 May 2013 00:40:30 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Des techniques photographiques pour prévenir le vieillissement de la peau Fujifilm, fabricant à l’échelle mondiale d’appareils photo et de pellicules, s’est lancé dans le domaine des cosmétiques en 2006 et dès l’année suivante, il a mis sur le marché une &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/features/c00511/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Des techniques photographiques pour prévenir le vieillissement de la peau</h3>
<p>Fujifilm, fabricant à l’échelle mondiale d’appareils photo et de pellicules, s’est lancé dans le domaine des cosmétiques en 2006 et dès l’année suivante, il a mis sur le marché une ligne de produits de beauté pour la peau — Astalift — à base d’astaxanthine, un antioxydant particulièrement efficace. La ligne Astalift comporte, entre autres, deux soins anti-âge appelés respectivement « Jelly Aquarysta », un sérum concentré de jeunesse, et « Essence Destiny », un sérum fermeté. Depuis, Fujifilm a étendu la gamme de ses cosmétiques à des produits de maquillage, notamment des fonds de teint, que l’on trouve non seulement au Japon, mais aussi en Chine, en Asie du Sud-Est et en Europe.</p>
<p>La décision de Fujifilm de se lancer sur le marché des cosmétiques après celui de la photographie peut paraître quelque peu surprenante au premier abord, mais l’histoire de la ligne de produits de beauté Astalift montre à elle seule qu’il s’agit là d’un choix particulièrement judicieux.</p>
<p><div id="attachment_6655" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/c00511_ph02.png"><img class="size-large wp-image-6655" title="" src="/fr/files/c00511_ph02-680x350.png" alt="" width="584" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Les quatre domaines explorés par Fujifilm pour fabriquer des pellicules qui ont joué un rôle déterminant dans la mise au point de la ligne de cosmétiques Astalift sont le collagène, l’analyse et le contrôle de la lumière, les antioxydants, et la nanotechnologie propre à cette firme. (Avec l’aimable autorisation de Fujifilm)</p></div>
<p align="left">Le premier lien entre Fujifilm et les produits de beauté, c’est le pouvoir des antioxydants. La firme japonaise a fait des recherches approfondies pour éviter l’oxydation des couleurs des tirages photographiques provoquée par les rayons ultraviolets. C’est ainsi qu’elle s’est intéressée à un antioxydant naturel, l’astaxanthine qui est devenu par la suite un des ingrédients de base des produits de beauté Astalift. L’astaxanthine peut être utilisée à la fois dans les pellicules photographiques et dans les cosmétiques parce que si les rayons ultraviolets font la particularité de faire perdre leurs couleurs aux photographies, ils ont aussi celle d’accélérer le vieillissement de la peau. Les ultraviolets augmentent la production de mélanine et provoquent l’apparition de taches cutanées. Dans le même temps, le collagène et l’élastine, les protéines fibreuses auxquelles la peau doit son élasticité, se dissocient et entraînent l’apparition de rides et un relâchement des tissus.</p>
<p>Mais l’emploi de l’astaxanthine dans les produits de beauté a posé un certain nombre de problèmes. En effet cette substance, si elle est liposoluble, ne se dissout pas très bien dans l’eau ce qui a pour effet de rendre les produits instables. Fujifilm a réussi à surmonter cette difficulté grâce à des techniques utilisées dans le domaine de la photographie. Pour fabriquer une pellicule, on utilise une couche ultrafine — environ 20 micromètres (1 micromètre = 0,001 mm) — de collagène dans lequel on a émulsifié et dispersé plus de cent types de particules différentes, entre autres celles qui la rendent sensible à la lumière et lui permettent de produire des couleurs. On répète cette opération jusqu’à obtention de vingt couches successives. La nanotechnologie de l’émulsification et de la dispersion des particules utilisée par Fujifilm pour les pellicules lui a permis de stabiliser les produits de beauté à base d’astaxanthine tout en améliorant de façon considérable leur capacité de pénétration dans la peau. Il se trouve par ailleurs que le collagène est non seulement la matière première la plus employée pour fabriquer les pellicules mais aussi un des composants principaux de la peau. Fujifilm a tiré parti de sa longue expérience dans ce domaine pour trouver un type de collagène qui permette de conserver à la peau son humidité et sa souplesse.</p>
<p><div id="attachment_6656" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/c00511_ph03.jpg"><img class="size-large wp-image-6656" title="" src="/fr/files/c00511_ph03-680x308.jpg" alt="" width="584" height="264" /></a><p class="wp-caption-text">Photo de gauche : l’astaxanthine et l’eau. Dans le flacon de gauche, l’astaxanthine a été émulsifiée et dispersée en utilisant la nanotechnologie mise au point par Fujifilm, et elle se dissout bien dans l’eau. Dans le flacon de droite, l’astaxanthine a été simplement versée dans l’eau et elle se dissout très mal. Photo de droite : mise en évidence de l’efficacité de la nanotechonologie de Fujifilm. Le contenu du flacon de droite, obtenu avec la nanotechnologie conventionnelle est plus trouble que celui du flacon de gauche préparé avec la nanotechnologie de Fujifilm.</p></div><br />
<h3 align="left">Une belle peau grâce à la technologie photographique</h3>
<p><div id="attachment_6657" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/c00511_ph05.jpg"><img class="size-medium wp-image-6657" title="" src="/fr/files/c00511_ph05-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Salle spéciale pour l’évaluation de l’état de la peau. La température ambiante est maintenue en permanence à 22° C, et l’humidité à 50 %. Le patient doit rester une vingtaine de minutes à l’intérieur avant qu’on mesure le degré d’hydratation, l’élasticité et la production de sébum de sa peau.</p></div>
<p>Le responsable de la mise au point des cosmétiques Astalift, c’est Nakamura Yoshisada, directeur de recherches des Laboratoires de recherches sur la santé et les produits pharmaceutiques de Fujifilm. Il a consacré la plus grande partie de  sa carrière dans cette entreprise au secteur des pellicules photographiques, si bien que lorsqu’on lui a demandé de travailler sur les produits de beauté, il s’est senti un peu désemparé. Mais au bout du compte, ce changement lui permis de mettre largement à contribution les recherches qu’il avait effectuées auparavant.</p>
<p>« Les gens pensent souvent, à tort, que le rôle d’une pellicule photographique c’est de reproduire fidèlement ce que voit le regard. Or ce que nous recherchons avant tout dans les photos, ce sont les couleurs que nous avons en mémoire, des couleurs beaucoup plus vives et plus belles que dans la réalité », explique M. Nakamura. « Et quand il s’agit de photos de femmes, on accorde une grande importance à la luminosité et à la transparence du teint. C’est pourquoi nous contrôlons la couleur de la pellicule de façon à ce qu’elle soit un peu plus lumineuse que celle de la peau dans la réalité. Nous avons passé de nombreuses années à chercher à mettre en valeur la beauté de la peau par la photographie et cette expérience s’est avérée très précieuse le jour où nous nous sommes lancés dans le domaine des produits de beauté. »</p>
<p>Les pellicules photographiques et les appareils photo numériques captent la lumière et ils la restituent sous forme de couleurs. Fujifilm a réussi à appliquer cette technique sophistiquée d’analyse et de contrôle optique au domaine des cosmétiques. La peau a un aspect nettement différent en fonction de la lumière — artificielle ou naturelle — qui l’éclaire. Pour créer un fond de teint qui mette en valeur la beauté du teint en toutes circonstances, Fujifilm a procédé à une analyse optique de la peau de façon à contrôler l’absorption et la réflexion de la lumière.</p>
<p><div id="attachment_6658" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="/fr/files/c00511_ph07.jpg"><img class="size-medium wp-image-6658" title="" src="/fr/files/c00511_ph07-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Nakamura Yoshisada, responsable du développement de la ligne Astalift. « Je suis le premier à utiliser et à tester tous mes produits, y compris les cosmétiques » dit-il en souriant.</p></div>
<p>Les anticernes et les antitaches se contentent en général de dissimuler les défauts de la peau sous une ou plusieurs couches de produits d’autres couleurs. Mais chez Fujifilm, ce type de produit a été réalisé à partir d’une analyse du spectre optique de façon à contrôler l’absorption et la réflexion de la lumière jaune qui caractérise les défauts de la peau. La firme japonaise a réussi à créer une « couleur intermédiaire » qui fait complètement disparaître les taches si bien qu’il n’y a plus aucune différence entre les parties traitées et le reste de la peau. Elle a mis au point un produit qui n’a pas besoin de se décliner dans une grande palette de couleurs pour s’accorder avec la teinte de chaque peau et qui n’implique pas non plus la superposition, pas très naturelle, de plusieurs couches de couleurs différentes. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles la ligne Astalift a autant de succès.</p>
<p>Par ailleurs, l’analyse optique des peaux qui manquent de transparence — le fameux « teint brouillé » — a révélé l’existence d’une légère altération, invisible à l’œil nu, qui empêche la lumière de se refléter complètement et uniformément sur l’épiderme. Les peaux transparentes, en revanche, renvoient très bien la lumière, et de façon uniforme, au point qu’on peut dire qu’elles sont « étincelantes ». Forte de cette expérience, Fujifilm a décidé de lancer Lunamer, une nouvelle ligne de produits spécifiques pour le traitement de l’épiderme, qui a été mise sur le marché en juillet 2012.</p>
<h3>Le savoir-faire de Fujifilm au service de la santé</h3>
<p>Fujifilm est l’une des firmes les plus connues dans le monde de l’industrie photographique. C’est elle, par exemple, qui a mis au point le premier appareil photo numérique, en 1988. Mais le succès fulgurant de ce type de produit a eu aussi pour conséquence une baisse si considérable de la demande en matière de pellicules que l’entreprise a dû envisager de diversifier ses activités. C’est ainsi que Fujifilm a commencé à mettre au point des cosmétiques, entre autres Astalift, des compléments alimentaires et des produits pharmaceutiques. Dans le même temps, elle a continué à fabriquer des films radiographiques et du matériel médical.</p>
<p><div id="attachment_6660" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><a href="/fr/files/c00511_ph06.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-6660" title="" src="/fr/files/c00511_ph06-200x260.jpg" alt="" width="200" height="260" /></a><p class="wp-caption-text">Deux soins anti-âge de la ligne de produits de beauté Astalift : à gauche, Essence Destiny, un sérum de fermeté ; à droite Jelly Aquarista, un sérum concentré de jeunesse.</p></div>
<p>Fujifilm s’est appelée Fuji Photo Film jusqu’en 2006, date à laquelle elle a décidé de changer de nom. Depuis son « deuxième départ », l’entreprise s’est lancée dans toutes sortes de nouvelles activités en tirant parti du savoir-faire qu’elle a accumulé de puis un grand nombre d’années. En avril 2006, elle a créé les Laboratoires de recherches approfondies Fuji qui ont pour mission de réunir et de fusionner les technologies développées par la firme dans différents domaines. Et c’est ainsi que la ligne de produits de beauté Astalift a vu le jour.</p>
<p>« Fujifilm a une longue histoire, celle d’une entreprise d’avant-garde qui ne craint pas de s’aventurer dans de nouveaux domaines, comme elle l’a prouvé avec les produits de beauté. Dorénavant, nous allons explorer de nouvelles possibilités en utilisant le savoir faire que nous avons acquis en tant que fabricant de pellicules », ajoute Nakamura Yoshihisa.</p>
<p>Le directeur de recherches des Laboratoires de recherches sur la santé et les produits pharmaceutiques de Fujifilm résume l’état d’esprit de son entreprise face à la crise et aux changements qu’elle a provoqué dans l’industrie : « Les activités d’une entreprise ont une durée de vie limitée, mais pas la technologie ».</p>
<p><em>(D’après un article en japonais de Ushijima Bifue)</em></p>
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		<title>Ikezawa Natsuki : parlons de la littérature mondiale</title>
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		<pubDate>Fri, 10 May 2013 07:28:42 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La circulation universelle des personnes, mère de la littérature mondiale — Pourquoi des festivals internationaux de littératures apparaissent-ils en Asie depuis quelques années, et plus seulement en Europe et aux États-Unis ? IKEZAWA NATSUKI  Il faut voir le contexte : &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/views/b02905/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>La circulation universelle des personnes, mère de la littérature mondiale</h3>
<p class="txt11 txt_b">— Pourquoi des festivals internationaux de littératures apparaissent-ils en Asie depuis quelques années, et plus seulement en Europe et aux États-Unis ?</p>
<p><strong>IKEZAWA NATSUKI</strong>  Il faut voir le contexte : la littérature se partage dorénavant dans le monde entier. J’entends par là que la « littérature nationale » d’un pays, celle qui se lit dans un pays donné, en est venue à dépasser ses frontières et à être lue ailleurs au titre de « littérature étrangère », ou « littérature mondiale ». Quand je parle de littérature mondiale, je parle d’œuvres dont la valeur littéraire ne se perd pas même après qu’elles sont traduites. Des œuvres qui, bien que d’une nation particulière, d’une époque particulière, traitent de thèmes universels, communs à tous les lecteurs du monde, qui peuvent y entrer, les lire et les ruminer eux-mêmes selon leurs critères spécifiques.</p>
<p>Cette tendance s’explique par le fait que le monde est aujourd’hui porteur de valeurs communes. Comparé à la situation d’il y a un demi-siècle, nos modes de vie sont devenus terriblement similaires. Les soucis des habitants de Tokyo, de New York, de Paris, sont à quelque chose près identiques. C’est la même chose à Beijing ou à Vientiane. Et cela n’est pas limité aux grandes métropoles. On peut dire la même chose des villes de province ou des campagnes. Ce phénomène découle des déplacements rapides et massifs des personnes. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les voyages à l’étranger sont devenus très intenses, pas seulement de la part de touristes et d’hommes d’affaires mais aussi d’immigrants et de réfugiés. Et c’est de la collision avec l’étranger que naissent de nouvelles valeurs. Aujourd’hui, la littérature se trouve en plein milieu de cette époque, et c’est en répétant les mêmes conflits que la littérature parvient à produire quelque chose.</p>
<p>Avec l’avancée de la mondialisation, si vous réunissez des écrivains de divers pays ils ne se contenteront plus d’évoquer leurs situations particulières, ils sont maintenant en mesure d’échanger réellement sur la base de valeurs communes. Leurs discussions créent une compréhension mutuelle, des argumentations, dont les résultats constitueront leur bagage de retour. Et le fruit de ces échanges se retrouvera comme un lien dans leurs créations futures.</p>
<p>J’ai vécu cinq ans en France, où ce genre d’événement était assez courant. Cela n’existait pas encore au Japon et c’en était presque étrange. Enfin, ce type d’événement est organisé au Japon, j’ai envie de dire ! Mais même avec un peu de retard, le fait même que nous ayons pris le départ est très significatif.<a href="/fr/files/b02905_ph03.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-6635" title="" src="http://www.nippon.com/fr/files/b02905_ph03-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a></p>
<h3>La littérature mondiale n’existe pas sans traducteurs</h3>
<p class="txt11 txt_b">— De nombreux traducteurs participaient également à ce festival. Les traducteurs sont-ils des acteurs importants de la littérature mondiale ?</p>
<p><strong>IKEZAWA</strong>  Il est impossible de parler de littérature mondiale sans la présence des traducteurs. À l’époque où la littérature était soumise aux principes de l’autorité admise, on traduisait pour ainsi dire presque à contre cœur. À une certaine époque, on vous disait que si vous ne lisez pas Shakespeare dans le texte original vous ne pouvez pas en connaître la valeur. Mais si on part de ce principe, alors personne dans le monde n’est capable d’apprécier la littérature mondiale. Sans littérature étrangère traduite, la littérature reste enfermée dans un univers extrêmement étroit, bloquée par les murs de la langue.</p>
<p>La traduction est une activité éminemment créative. Le « mariage » de deux langues donne naissance à une œuvre totalement nouvelle. Quelque chose est peut-être perdu dans le processus, mais quelque chose est également gagné. L’œuvre lâche la main de son auteur et grandit et s’enrichit.</p>
<h3> Décrire l’absurdité du XXIe siècle</h3>
<p class="txt11 txt_b">— De nombreux écrivains qui portent la littérature mondiale étaient présents…</p>
<p><div id="attachment_6636" class="wp-caption alignright" style="width: 210px"><a href="/fr/files/b02905_ph04.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-6636" title="" src="http://www.nippon.com/fr/files/b02905_ph04-200x299.jpg" alt="" width="200" height="299" /></a><p class="wp-caption-text">J. M. Coetzee</p></div>
<p><strong>IKEZAWA</strong>  C’est vrai, de nombreuses personnalités marquantes sont venues à Tokyo. En particulier, nous avons eu la chance de recevoir le prix Nobel J.M. Coetzee<a id="back01" name="back01"></a><a href="#note01"><sup>(*1)</sup></a>. Coetzee est un écrivain essentiel si l’on veut parler de la littérature mondiale d’aujourd’hui, c’est un écrivain que j’aime et que je respecte profondément.</p>
<p>J. M. Coetzee a écrit de nombreux livres sur le thème de l’épreuve que l’on subit quand quelque chose nous est enlevé. Par exemple, l’un de ses romans les plus connus s’intitule <em>L’Âge de fer</em>. L’histoire se passe en Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. Madame Karen, le personnage principal, est une vieille femme blanche atteinte d’un cancer en phase terminale. Elle vit seule, elle n’a pas de famille proche. Autrement dit, sans être noire, de très lourdes contraintes pèsent sur elle du fait de cette société. Ballottée par une société de violence, elle s’indigne contre la discrimination, et réfléchit à ce que signifie se conduire en être humain. C’est la dignité humaine qui est merveilleusement peinte dans ce livre. De nombreuses personnes dans le monde se sont faites voler quelque chose, sans raison. Décrire l’absurdité que vivent ces hommes et ces femmes est très certainement un thème important de la littérature mondiale.</p>
<h3>L’épreuve du 11 mars 2011 est partagée par le monde</h3>
<p class="txt11 txt_b">— Le 11 mars 2011 est-il un thème important pour la littérature mondiale ?</p>
<p><strong>IKEZAWA</strong>  Le séisme et le tsunami qui se sont produits il y a deux ans ont pris la vie de nombreuses personnes qui vivaient avec nous. Les conséquences de l’accident nucléaire sont encore difficiles à prévoir, mais une chose est certaine, quelque chose est en train d’être volé à la génération future. Comment accepter cette absurdité ? Quel deuil devons-nous faire de ces morts ? Beaucoup de gens ont essayé de réfléchir à cette importante question et se sont exprimés d’une façon ou d’une autre. Pour au moins essayer de comprendre quelque chose. Pour essayer de trouver quelque chose à faire. C’est cette pensée qui génère un douloureux conflit humain.</p>
<p><a href="/fr/files/b02905_ph06.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-6638" title="" src="http://www.nippon.com/fr/files/b02905_ph06-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a>Quand un accident important se produit, ce sont les journalistes qui écrivent les premiers. Les penseurs écrivent ensuite, pour analyser et interpréter les causes et l’arrière-plan. Puis enfin, les écrivains, qui ont une compréhension plus profonde du sens des événements expriment quelque chose à travers leurs œuvres.</p>
<p>Cette épreuve que nous vivons en tant que Japonais, en réalité est également supportée sous une expression différente par le monde entier. Parce que tous les jours, comme vous le savez si vous ouvrez un journal, une tragédie se déroule quelque part dans le monde. En Syrie, en Haïti, en Palestine, par exemple, quelque part des gens souffrent. En cela, le fruit que le 11 mars 2011 fera apparaître dans la littérature sera très certainement partagé par la littérature du monde entier.</p>
<p>Ce sont surtout des écrivains de langue anglaise qui sont venus pour participer au premier festival international de littérature de Tokyo. Dans l’avenir, je forme le vœu que les écrivains des pays asiatiques se joignent également à nous pour discuter de façon vraiment globale de toutes ces questions. Je crois qu’on peut dire que l’époque que nous vivons, les relations que les écrivains tisseront entre eux sont d’une importance capitale pour la littérature mondiale.</p>
<p><em>Propos recueillis par Kondô Hisashi (nippon.com)</em><br /><em>Photograophies : Ôsawa Hisayoshi, Kodera Kei</em><br /> <em>Remerciements à la Nippon Foundation.</em></p>
<p class="txt10"><a id="note01" name="note01"></a>(*1) <a href="#back01">^</a>  Né au Cap, en Afrique du Sud, en 1940. Il est devenu écrivain après avoir travaillé pour une société d’informatique au Royaume-Uni. Prix Booker en 1983 avec <em>Michael K, sa vie, son temps</em>, puis en 1999 avec <em>Disgrâce</em>, premier écrivain à recevoir deux fois ce prix. Prix Nobel de littérature en 2003. Auteur de <em>L’Homme ralenti</em>, <em>L’Âge du Fer</em>, <em>En attendant les Barbares</em>, etc. Au Festival International de Littérature de Tokyo, il a, pour la première fois, donné une lecture publique de <em>L’enfance de Jésus</em>.</p>
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		<title>Abenomics : changer les mentalités</title>
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		<pubDate>Thu, 09 May 2013 00:30:51 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Cent jours se sont écoulés depuis le début du gouvernement du premier ministre Abe Shinzô, qui semble avoir effectué un bon départ avec sa politique économique, baptisée « abenomics ». Il est encore trop tôt pour parler de grands changements dans l’économie réelle, mais le yen, jusqu’ici surévalué, a nettement baissé, la bourse est en hausse et le rapport de la Banque du Japon pour le mois de mars sur le climat des affaires à court terme indique, pour la première fois en trois trimestres, une amélioration de la confiance des grandes entreprises.</p>
<p>À quoi tiennent ces phénomènes positifs ? Je crois que le point essentiel réside dans ce qu’en japonais nous appelons <em>keiki</em>, un mot formé de deux idéogrammes chinois dont le premier signifie « paysage » ou « aspect » et le second « esprit », « atmosphère » ou « humeur ». En japonais moderne, c’est surtout dans les discours sur l’économie qu’on rencontre ce mot. <em>Keiki</em> me semble difficile à traduire, du fait de la tonalité psychologique que lui confère le second caractère, mais le terme est emblématique de la vision que les Japonais se font de la situation économique. L’effet de l’abenomics — et notamment de la proclamation d’un objectif d’inflation de 2 % — sur l’état d’esprit des gens (la psychologie économique, l’économie comportementale) a joué un rôle déterminant dans le bon départ qu’a pris la politique économique du premier ministre, en incitant les gens à remettre en question leur vieille propension déflationniste, autrement dit l’idée que la baisse des prix était faite pour durer.</p>
<h3>Dans le mille du premier coup</h3>
<p>L’abenomics repose sur trois points, ou trois « flèches », selon l’expression employée par le premier ministre : assouplissement monétaire audacieux, relance budgétaire dans la souplesse et stratégie de croissance conçue pour encourager l’investissement privé. La seconde flèche — la relance par voie budgétaire — a été utilisée à mainte reprise depuis une vingtaine d’années, et l’état alarmant des finances publiques du Japon suggère qu’il y a des limites à ce que peut faire le gouvernement sur ce front. Quant à la troisième flèche — la stratégie de croissance — elle est vouée à susciter des heurts entre intérêts conflictuels, dont la réconciliation prendra du temps. C’est pourquoi le gouvernement Abe a commencé par accorder la priorité à la première de ses trois flèches, à savoir l’assouplissement de la politique monétaire.</p>
<p>Le 4 avril, cent jours exactement après la formation du gouvernement Abe, la BoJ a adopté un nouveau train de mesures quantitatives et qualitatives d’assouplissement monétaire en conformité avec le programme du premier ministre. Lors de l’annonce de ce train de mesures, Kuroda Haruhiko, le nouveau gouverneur de la BoJ désigné par M. Abe, s’est exprimé très clairement, faisant usage à plusieurs reprises du chiffre « deux » et du mot « double ». Pour atteindre d’ici deux ans sa cible d’inflation de 2 %, la banque centrale va doubler non seulement la base monétaire (le volume total d’argent en circulation, porté d’ici la fin de l’année 2014 à 270 000 milliards de yens), mais encore le rythme de ses achats d’obligations de l’État japonais (qui va dépasser 7 000 milliards de yen par mois) et le montant total de son portefeuille de ces titres (qui va atteindre 190 000 milliards de yen). Le marché a réagi favorablement à ce train de mesures, qui allait au-delà de toutes les attentes. Pour en parler, M. Abe comme M. Kuroda ont utilisé à plusieurs reprises l’expression <em>jigen no chigau</em>, qui veut dire « d’une dimension différente », pour bien faire passer le message que le train de mesures représentait une rupture audacieuse vis-à-vis des politiques précédentes de la BoJ. Ce genre de langage témoigne de la détermination du gouvernement Abe à changer l’état d’esprit de la nation.</p>
<p>Rétrospectivement, on peut dire que l’objectif principal du nouveau gouvernement, dès son accession au pouvoir, a été de fixer une cible d’inflation de 2 %, partagée par l’État et la banque centrale et, pour y parvenir, d’assouplir la politique monétaire. À l’heure de désigner le nouveau gouverneur de la banque centrale, M. Abe a clairement laissé savoir qu’il avait l’intention de choisir quelqu’un qui adhérait à la cible d’inflation qu’il s’était fixée.</p>
<p>C’est en novembre dernier que M. Abe a formulé son appel en faveur d’une cible d’inflation, alors qu’il se trouvait à la tête de l’opposition en tant que président du Parti libéral-démocrate. À l’époque, le premier ministre Noda Yoshihiko (le dirigeant du Parti démocratique du Japon) considérait que ce projet représentait une grave menace pour l’indépendance de la BoJ et Shirakawa Masaaki, le gouverneur en exercice de la BoJ, a tenu à souligner que l’indépendance des banques centrales, acquise au cours d’un long processus historique, était devenue une norme internationale. Le 16 novembre, quand M. Noda a dissout la Chambre des représentants et appelé les électeurs aux urnes en décembre, la politique monétaire est devenue un enjeu de la campagne, ce qui était plutôt inhabituel.</p>
<p>En ce qui concerne l’efficacité ou le bien fondé des cibles d’inflation ou autres mesures hardies conçues pour relancer une économie prise dans une spirale déflationniste, il n’existe aucun consensus, même chez les économistes. Mais la campagne pour les élections générales de décembre a été l’occasion d’un débat à ce sujet, au cours duquel le grand public s’est forgé l’impression que la cible d’inflation souhaitée par M. Abe représentait une nette rupture par rapport à l’approche existante et s’est mis à espérer que l’économie japonaise pourrait peut-être se débarrasser enfin de la déflation.</p>
<p>À l’issue de l’écrasante victoire électorale du PLD, M. Abe a d’emblée demandé à M. Shirakawa, le gouverneur de la BoJ, de se donner pour objectif une cible d’inflation de 2 %. La banque centrale ne pouvait pas ignorer le mandat qu’une campagne dont le programme intégrait la politique monétaire avait conféré à M. Abe. Dès janvier, la BoJ a changé de cap, adopté la cible d’inflation de 2 % et annoncé qu’elle poursuivrait « indéfiniment » sa politique accommodante. Ces décisions ont été rendues publiques sous la forme d’un communiqué conjoint du gouvernement et de la banque. Pour les Japonais, fatigués par des années d’indécision et de paralysie politiques, l’accomplissement de l’engagement, pris par M. Abe pendant la campagne, d’obtenir l’adoption d’une cible d’inflation constituait le signe bienvenu d’un changement de comportement.</p>
<h3>M. Abe joue habilement la carte de la nomination du nouveau gouverneur de la BoJ</h3>
<p>Le choix du nouveau gouverneur de la BoJ par M. Abe a encore renforcé l’impression de changement en cours. Parmi les personnalités qui avaient émergé en tant que candidats potentiels figuraient les noms de Mutoh Toshirô (président de l’Institut de recherche Daiwa, ancien vice-misnistre administratif des Finances et vice-gouverneur de la BoJ), Kuroda Haruhiko (président de la Banque asiatique de développement et ancien vice-ministre des Finances pour les Affaires internationales), Iwata Kazumasa (président du Centre japonais de recherche économique, ancien vice-gouverneur de la BoJ) et Iwata Kikuo (professeur à l’Université Gakushûin). Mais M. Abe se trouvait confronté à un problème, du fait que son choix devait obtenir l’approbation des deux chambres de la Diète.</p>
<p>Grâce à sa victoire aux élections de décembre dernier, la coalition au pouvoir, constituée du PLD et du Nouveau Kômeitô, dispose d’une solide majorité à la Chambre des représentants ; mais elle ne détient que 102 des 236 sièges de la Chambre haute (la Chambre des conseillers). Pour obtenir l’approbation de son choix à la Chambre haute, le gouvernement a tout d’abord misé sur le soutien de Votre parti. Or cette petite formation de l’opposition était favorable à l’assouplissement monétaire, mais elle s’opposait à la désignation d’un vétéran du ministère des Finances. Dans le même temps, Asô Tarô, proche allié de M. Abe que celui-ci avait nommé vice-premier ministre et ministre des Finances et à qui il avait également confié la responsabilité de l’Agence des services financiers, convaincu depuis longtemps de la nécessité d’une gestion unifiée des politiques budgétaire et monétaire, était en faveur de M. Mutoh, un vétéran du ministère des Finances.</p>
<p>Dans le cercle rapproché du premier ministre, des voix se sont élevées pour le presser de prendre en considération les enjeux politiques et de se préoccuper en premier lieu d’obtenir l’approbation de la Chambre des conseillers. Mais au moment où ces voix commençaient à se faire entendre, M. Abe a bénéficié d’un encouragement : le taux d’approbation de son cabinet, qui, après deux mois d’une progression ininterrompue consécutive à son inauguration, a atteint 71 % en février (sondage <em>Yomiuri Shimbun</em>). Dans le même temps, certains observateurs en étaient venus à la conclusion qu’Iwata Kazumasa, qui était partisan du programme de relance, avait de bonnes chances de s’imposer comme le candidat le mieux placé pour obtenir l’adhésion du plus grand nombre, mais Votre parti se prononça contre lui sous prétexte qu’il avait soutenu le mouvement de 2006 visant à mettre fin à l’assouplissement quantitatif, alors qu’il était vice-gouverneur de la BoJ.</p>
<p>M. Kuroda, sur qui M. Abe finit par porter son choix, est un partisan de longue date de la relance, comme en témoigne un article de lui publié dans le <em>Financial Times</em> en 2002 (alors qu’il était vice-ministre des Finances pour les Affaires internationales), article dans lequel il se faisait l’avocat des cibles d’inflation. En septembre dernier, quand M. Abe, alors candidat à la présidence du PLD, se déclara partisan d’un assouplissement monétaire audacieux, M. Kuroda lui apporta son soutien et les deux hommes ne tardèrent pas à nouer des relations étroites. En choisissant M. Kuroda pour prendre la direction de la BoJ, M. Abe donnait satisfaction à M. Asô, qui souhaitait voir cette responsabilité confiée à un ancien du ministère des Finances, mais allait contre les vœux de Votre parti, résolument opposé à la nomination d’un mandarin de ce ministère. Il décida alors de se passer du soutien de cette formation et, misant sur la force que lui procurait le taux élevé d’approbation de son cabinet, de rechercher et d’obtenir le consentement du PDJ et d’autres groupes de l’opposition.</p>
<p>M. Kuroda est certes un ancien du ministère des Finances, mais pas du Bureau du budget, qui a longtemps été considéré comme le centre du pouvoir au sein du ministère. Il a passé une bonne partie de sa carrière à travailler sur la scène internationale et il s’est taillé une réputation d’avocat de la relance. Sa désignation a donc constitué un signal clair de l’engagement résolu de la nouvelle équipe sur le chemin de l’assouplissement monétaire. Dans le même temps, son ancienne appartenance au ministère des Finances a rassuré les acteurs du marché qui commençaient à s’inquiéter que le gouvernement et la BoJ n’aillent trop loin. On voit donc que M. Abe a joué habilement la carte de la désignation du gouverneur de la banque centrale.</p>
<h3>Les négociations du TPP et la stratégie de croissance</h3>
<p>Le gouvernement Abe a également tenu à manifester clairement son engagement en faveur du changement dans les domaines qui constituent les deux autres « flèches » du carquois de la politique économique : la relance budgétaire et la stratégie de croissance.</p>
<p>Au mois de juin, le nouveau gouvernement a adopté un train de mesures économiques d’urgence englobant des projets représentant 20 200 milliards de yens (dont 10 300 milliards de dépenses publiques). Dix-sept jours, vacances de fin d’année et du nouvel an comprises, lui auront suffi pour mettre en place ce programme. Désireux de maintenir un flux constant de mesures de relance par voie budgétaire, le gouvernement a rédigé un avant-projet de budget supplémentaire pour l’exercice 2012 (jusqu’en mars 2013) et l’a présenté en tant que « budget pour 15 mois ». Et sa proposition de budget pour l’exercice 2013 se démarquait nettement des pratiques du gouvernement libéral-démocrate qui l’avait précédé, en ce que le poste des dépenses de travaux publics était en nette augmentation — dépenses que le PLD avait régulièrement rognées au cours des trois années passées au pouvoir avec pour mot d’ordre le transfert des dépenses « du béton vers les gens » — ainsi que le poste de la défense, domaine où le Japon se trouve confronté au défi du renforcement de la puissance militaire de la Chine.</p>
<p>En ce qui concerne la stratégie de croissance, le gouvernement s’est vu reproché de ne pas bien coordonner les multiples instances qui se consacrent à cette question, notamment le Conseil pour la politique économique et budgétaire, le Conseil pour la compétitivité industrielle et le Conseil pour la réforme des réglementations, qui tous ont recours à des experts du secteur privé. Lors de la réunion du mois de février du Conseil pour la compétitivité industrielle, les dix membres du secteur privé se sont divisés en deux camps — d’un côté cinq personnes, dont Niinami Takeshi, le président de Lawson, favorables à la mise en œuvre de réformes audacieuses telles que le démantèlement progressif du programme de réduction des surfaces de rizières et l’ouverture totale du secteur agricole à la participation des entreprises commerciales, et de l’autre cinq membres, dont Oka Motoyuki, conseiller principal à Sumitomo Corporation, partisans d’une approche plus graduelle, dans laquelle les réformes seraient d’abord testées dans des zones économiques spéciales. Chacun des deux camps a rédigé un texte pour présenter son point de vue. Les fonctionnaires du secrétariat du conseil se sont trouvés pris dans une lutte d’influence avec les membres du secteur privé et, pour sortir de l’impasse, il a fallu ajouter des membres du secteur privé au personnel du secrétariat et mettre sur pied sept comités spéciaux chargés de se pencher sur des questions particulières.</p>
<p>Le paysage a changé avec la décision du sommet nippo-américain du 22 février à propos de la participation du Japon aux négociations du Partenariat trans-pacifique (TPP) sur le libre-échange. Dans la déclaration commune publiée à cette occasion, le Japon et les États-Unis stipulaient que « pour participer aux négociations du TPP, il n’est pas requis de s’engager au préalable à supprimer unilatéralement tous les droits de douane » ; ce qui a permis à M. Abe de surmonter l’obstacle que constituait l’engagement, pris par le PLD pendant la campagne électorale, de « s’opposer à la participation aux négociations du TPP tant que cette participation sera conditionnée par l’élimination des droits de douane sans sans exception ». Le 15 mars, le premier ministre a officiellement annoncé que le Japon se porterait candidat pour participer aux négociations du TPP, ce qui a conféré un caractère d’urgence à la question de la réforme du secteur agricole. C’est ainsi que les perspectives de la stratégie de croissance du gouvernement, à laquelle on reprochait de manquer de quoi que ce soit qui puisse attirer l’attention, à fini par accéder au premier plan.</p>
<h3>Le changement des mentalités débouchera-t-il sur une reprise à part entière ?</h3>
<p>Fin mars, le taux de change entre le yen et le dollar était de 94 yens pour un dollar et l’index Nikkei 225 du cours des actions s’établissait à 12 397 points. Ces chiffres représentaient une baisse de 13 yens pour le premier et une hausse de 37 % pour le second par rapport à leurs niveaux du 16 novembre, jour où le premier ministre Noda a dissout la Chambre des représentants et appelé les électeurs aux urnes.</p>
<p>M. Abe et son équipe n’ignorent pas que la baisse du yen, jusque là surévalué, et la hausse des cours de la Bourse sont en partie imputables à des facteurs extérieurs tels que la reprise américaine et le recul de la crise de la dette en Europe et que le regain d’optimisme a précédé les résultats économiques. Dans l’économie réelle, les dépenses d’équipement ont tout juste commencé à progresser d’une petite marge et les prix des terrains ne font au mieux que donner les signes d’un léger redressement. La reprise à part entière reste une lointaine perspective.</p>
<p>Ceci étant, il est claire que les mentalités sont en train de changer jusqu’à un certain point. Par exemple, quand le gouvernement Abe a pris l’initiative inhabituelle de demander aux entreprises d’augmenter les salaires, certaines ont réagi positivement, y compris Lawson et deux autres grandes chaîne de supermarchés. Cette amélioration de la psychologie économique débouchera-t-elle sur une reprise digne de ce nom ? La réponse va dépendre des détails de la stratégie de croissance que le gouvernement est en train d’élaborer.</p>
<p><em>(D’après l’original éctit en japonais le 5 avril 2013. Photo de titre : Aflo)</em></p>
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		<title>Le message de Ito Toyo, architecte</title>
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		<pubDate>Tue, 07 May 2013 04:44:13 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<h3>Un projet qui repose la question « où commence l’architecture ? »</h3>
<p>Deux ans se sont écoulés depuis le séisme du Tôhoku. Dans les zones côtières, les plus endommagées, le traitement des gravats se poursuit. Mais le poids physique et moral que supportent les personnes relogées dans des logements temporaires est toujours extrêmement lourd à porter, et la solitude des victimes séparées de leur communauté d’origine se fait de plus en plus sérieux.</p>
<p><div id="attachment_6596" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/b03101_ph03.jpg"><img class="size-large wp-image-6596" title="" src="/fr/files/b03101_ph03-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a><p class="wp-caption-text">Rikuzen-Takata</p></div>
<p>Face à ces dommages sans précédent, n’y a-t-il rien qu’un architecte puisse faire ? Pour répondre à ces appels, et dès le début de la catastrophe, Ito Toyo s’est attelé à deux projets qu’il poursuit depuis sur deux plans : le premier consiste à participer en tant que conseiller du plan de reconstruction de la ville de Kamaishi. D’autre part, la création de la « Maison pour tous (Minna no ie) », qui fait appel à plusieurs de ses collègues architectes, Kuma Kengo, Sejima Kazuyo, Naitô Hiroshi et Yamamoto Riken.</p>
<p>Comme son nom l’indique, la Maison pour tous est un lieu de rencontre ouvert à tout le monde. Depuis qu’il a été témoin de la vie de solitude forcée des réfugiés dans les logements temporaires, Ito Toyo a eu envie de « créer un lieu pour ceux qui ont perdu leur maison, un endroit où se réunir, se parler autour d’un verre ou pour manger ensemble, un lieu pour réchauffer les cœurs […] À partir de cette base, dans la Maison pour tous, ce sont eux qui discuteront de comment ils ont l’intention de rétablir leur ville ».</p>
<p align="left">Gardons à l’esprit que le séisme du Tôhoku a détruit des villes et des bâtiments qui avaient été construits selon les valeurs de l’économie de marché et du rationalisme moderne. Autrement dit c’est aussi ce système social et ce modèle économique qui a été fortement secoué. Devant la vision de la catastrophe, Ito Toyo ne pouvait pas se retenir de se poser des questions : « Qu’est-ce que l’Architecture, alors ? », « On contruit pour qui ? Pour quoi ? ». « L’architecture ne peut plus demeurer la même ». Ces réflexions ont déterminé le concept de la Maison pour tous.</p>
<p>Au jour d’aujourd’hui, trois Maisons pour tous ont été construites dans le département d’Iwate, trois autres dans le département de Miyagi, et plusieurs autres sont en cours de construction. L’architecture en est chaque fois différente, mais toutes ont un point commun : elles ont été pensées et conçues en partenariat entre les usagers et les architectes. À chaque Maison pour tous, l’architecte en charge est allé à l’écoute des souhaits de ceux qui habitent les logements temporaires mis en place pour les réfugiés, des constructeurs, des élèves, des entrepreneurs du bâtiment et de simples habitants, qui tous ont collaborés pour réaliser le projet. Les Masisons pour tous sont réellement des constructions « pour tous » et « par tous ».</p>
<h3>Lion d’or à la Biennale de Venise</h3>
<p><div id="attachment_6598" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b03101_ph04.jpg"><img class="size-medium wp-image-6598" title="" src="/fr/files/b03101_ph04-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Le pavillon japonais à la Biennale de Venise. (Image offerte par la Japan Foundation. Photo : Hatakeyama Naoya)</p></div>
<p>La Maison pour tous de Rikuzen-Takata dans le département d’Iwate était exposée dans le Pavillon japonais de la 13<sup>e</sup> Biennale internationale d’architecture de Venise, qui s’est déroulée en 2012. Le thème de la présentation était : « quelle est la possibilité pour l’architecture  ? ». Pendant presque un an, l’exposition a documenté au moyen de maquettes les discussions et les processus d’élaboration autour de la construction ; 120 maquettes d’étude montraient comme le processus a convergé vers le bâtiment définitif. L’exposition, qui insistait sur la valeur d’une « architecture qui dépasse l’unidimensionalité de la construction d’un bâtiment, a été récompensée par le Lion d’Or de la Biennale.</p>
<p><div id="attachment_6599" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b03101_ph05.jpg"><img class="size-medium wp-image-6599" title="" src="/fr/files/b03101_ph05-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><p class="wp-caption-text">Ito Toyo</p></div>
<p>En tant que commissaire du Pavillon japonais, Ito Toyo avait indiqué avant le début de l’exposition avoir bénéficié pour la Maison de tous de Rikuzen-Takata la collaboration de trois jeunes architectes : Inui Kumiko, Fujimoto Sosuke et Hirata Akihisa. Il avait également invité Hatakeyama Naoya, photographe origine de cette ville, à se joindre au projet. Il est très rare que plusieurs architectes collaborent sur la conception d’un immeuble sans se partager strictement les rôles. Car plusieurs architectes travaillant ensemble pour un même projet se trouveraient généralement en compétition les uns avec les autres pour exprimer leur personnalité, ce qui à terme risquerait de troubler la clarté du concept et résulterait au mieux en une somme de compromis. C’est pourtant le pari qu’a osé Ito Toyo en proposant aux jeunes architectes de « tout discuter à fond », sous son regard bienveillant.</p>
<p>La quantité des maquettes d’étude et de commentaires montre si besoin était l’angoisse à laquelle ces jeunes architectes chargés de mettre en œuvre ce projet ont dû faire face. De nombreuses idées ont ainsi été émises et abandonnées pour manque de convergence. Comme l’explique Hirata Akihisa : « Au début, nous étions trois personnalités qui essayions de nous imposer. Notre désir de créer quelque chose de nouveau par le moyen de l’architecture tournait à vide. Car nous évitions toujours le point essentiel qui était tout de même : comment ce bâtiment se justifiera-t-il dans la zone sinistrée ? ».</p>
<p><div id="attachment_6600" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b03101_ph06.jpg"><img class="size-large wp-image-6600 " src="/fr/files/b03101_ph06-680x233.jpg" alt="" width="680" height="233" /></a><p class="wp-caption-text">Maquettes proposées par Hirata Akihisa. À gauche, sa toute première proposition. À droite une proposition proche de la version finale. Une proposition intermédiaire est au milieu. (Images offertes par Hirata Akihisa Architect office Corporation.)</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<h3>L’architecture, une création au-delà de l’ego<strong></strong></h3>
<p><div id="attachment_6601" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b03101_ph09.jpg"><img class="size-medium wp-image-6601" title="" src="/fr/files/b03101_ph09-300x395.jpg" alt="" width="300" height="395" /></a><p class="wp-caption-text">Hirata Akihisa</p></div>
<p>Le projet a pris un tournant lors d’une rencontre avec Mme Sugawara Mikiko qui était porte-parole d’un groupe de réfugiés relogés dans des logements temporaires. Au début, il était question de construire la Maison pour tous sur le terrain où avaient été dressés les logements temporaires. Or Mme Sugawara est venue et a montré aux architectes un autre terrain : « J’ai trouvé un bon terrain ! » a-t-elle dit. Celui-ci se trouvait à la limite de la bande littorale qui a été dévastée par le tsunami et la montagne qui a arrêté la vague, sur une hauteur avec vue sur la mer. « C’est ici que nous voulons un bâtiment qui soit le symbole de la reconstruction de la communauté dispersée » a déclarée Mme Sugawara.</p>
<p>Pour Hirata Akihisa, « c’est à ce instant que j’ai senti que “apparition d’une société humaine” coïncidait avec “apparition de l’architecture” […] Enfin nous avions un objectif commun cohérent et à partir de ce moment, le projet a progressé d’une seule traite jusqu’à la proposition définitive sans plus aucun conflit de discussion ».</p>
<p><div id="attachment_6602" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b03101_ph10.jpg"><img class="size-large wp-image-6602 " src="/fr/files/b03101_ph10-680x336.jpg" alt="" width="680" height="336" /></a><p class="wp-caption-text">Vues intérieures et extérieures de la Maison pour tous de Rikuzen-Takata</p></div>
<p>L’immeuble tel qu’il apparaît une fois fini est composé de 19 piliers d’environ 60 cm de diamètre, alignés, et d’un corps de bâti encastré entre ces piliers selon la structure des « yagura », les tours anciennes. Symboliquement, les 19 piliers ont été fabriqués à partir de « Kesen-sugi », une variété locale de cyprès (cryptomère) morts suite aux dégâts provoqués par le sel marin du tsunami. Ils se voient de très loin. Le rez-de-chaussée est un espace dans le style japonais traditionnel : entrée de terre battue et marchepied donnant sur une pièce avec poêle à bois et une cuisine. Une petite chambre à <em>tatamis</em> se trouve à l’étage, et un escalier extérieur en spirale mène jusqu’aux étages supérieur avec leur plateforme panoramique.</p>
<p><div id="attachment_6603" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b03101_ph13.jpg"><img class="size-medium wp-image-6603" title="" src="/fr/files/b03101_ph13-300x230.jpg" alt="" width="300" height="230" /></a><p class="wp-caption-text">(De gauche à droite) Inui Kumiko, Ito Toyo, Hirata Akihisa, Fujimoto Sosuke, Hatakeyama Naoya (Image offerte par la Japan Foundation. Photo : Hatakeyama Naoya)</p></div>
<p>Constituées de petits espaces interconnectés, comme accrochés à leurs piliers, la configuration d’ensemble semble à première vue difficile à saisir sur les photos ou les dessins. Et pourtant, une fois dans les lieux, on s’y sent merveilleusement à l’aise. Cette structure spatiale a été élaborée à partir de l’observation attentive de la façon dont les gens s’activent quand ils se réunissent.</p>
<p>Ito Toyo juge très positivement le résultat : « J’ignorais tout du processus de leur travail jusqu’au dernier moment. Mais en effet, tous trois ont manifestement réussi à dépasser les considérations d’ego à travers un processus de discussion ». Comme quoi trois architectes possédant chacun une forte personnalité peuvent atteindre un grand objectif sans que l’un s’impose au détriment des autres. Ce processus rappelle le <em>Renga</em>, la poésie collaborative traditionnelle japonaise.</p>
<p>La Maison pour tous n’aurait certes pas vu le jour sans le contexte particulier de l’après-séisme du 11 mars 2011. Il n’empêche qu’à travers ce processus, ce sont des questions universelles « l’Architecture pour qui ? Pour quoi ? » que cette création pose au monde entier.</p>
<p>« Je suis même beaucoup plus heureux de ce prix que lorsque j’ai reçu mon premier Lion d’Or de la Biennale de Venise, à titre personnel, en 2002 ! », déclare Ito Toyo.</p>
<p>Depuis le 11 mars 2011, un changement de mentalité semble s’être opéré au Japon : les relations interpersonnelles sont plus respectées qu’avant. Dans ce sens-là, la démonstration que quelque chose est réalisable par l’architecture est riche de signification.</p>
<p><a href="/fr/files/b03101_ph14.jpg"><img class="aligncenter size-large wp-image-6604" title="" src="/fr/files/b03101_ph14-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a></p>
<p>Texte : Katô Jun<br />Photos : Kodera Kei</p>
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		<title>Les sushi en vente dans les superettes ou le secret d’une réussite</title>
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		<pubDate>Mon, 06 May 2013 00:00:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Le secret du produit « qui vend »]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<h3>Des sushi d’une qualité remarquable</h3>
<p>Cela fait des années que les <em>konbini</em> (<em>convenience store,</em> superette ouverte 24h/24, 7j/7) vendent des bentô (repas à emporter avec soi), mais elles n’ont commencé à proposer des sushi qu’à partir de 2012. La présence d’un produit à base de poisson cru dans ce type de magasin a dû surprendre plus d’un client. Les sushi sont en effet considérés comme un mets préparé à la demande par un spécialiste, qui officie derrière un comptoir, et consommé sur le champ. On est donc en droit de se poser des questions sur le goût que peuvent avoir les sushi proposés dans les superettes, dans la mesure ils sont fabriqués à l’extérieur puis transportés avant d’être mis en vente.</p>
<p>J’ai demandé à un critique spécialiste des sushi et auteur de nombreux livres sur le sujet de comparer avec moi les sushi vendus dans quatre grandes chaînes de superettes. Nous n’avons pas remarqué de différences significatives en ce qui concerne la qualité — moyenne — et la variété du poisson utilisé par chacune d’elles. Ceci n’a rien de surprenant si on se réfère au prix relativement modique, entre 500 et 600 yens, d’une barquette de sushi.</p>
<p>En revanche, nous avons constaté qu’une seule de ces quatre chaînes, en l’occurrence Lawson, propose des sushi dignes de ce nom en termes de consistance et d’apparence. Ces sushi, qui n’ont rien à envier à ceux que l’on vend dans les grands supermarchés, rappellent même à bien des égards ceux que l’on sert dans les restaurants. Nous ne nous attendions franchement pas à ce qu’un produit de superette atteigne un tel niveau.</p>
<h3>Une consistance comparable à celle de vrais sushi</h3>
<p>La première caractéristique remarquable des sushi de Lawson, c’est leur apparence. Il suffit d’examiner de près les barquettes pour s’en rendre compte. Contrairement à ceux de Lawson, les sushi des trois autres chaînes de superettes ne sont pas entièrement recouverts de poisson et laissent entrevoir le riz, ce qui, pour un véritable amateur de sushi,  dénote un manque de savoir-faire inadmissible. Les sushi de Lawson sont les seuls dont la garniture (<em>tane</em>) dissimule complètement la base (<em>shari</em>) constituée de riz vinaigré.</p>
<p><div id="attachment_6569" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/c00905_ph01.jpg"><img class="size-large wp-image-6569" title="" src="/fr/files/c00905_ph01-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a><p class="wp-caption-text">Deux exemples de sushi vendus par la chaîne Lawson. À gauche, un assortiment de sushi « nigiri », « maki » et « gunkan » , tous les trois au thon (498 yens). À droite, une barquette de six « nigiri » de divers poissons (398 yens).</p></div>
<p>La différence est encore plus flagrante quand on goûte les sushi. Le <em>shari</em> de ceux de Lawson est assez tendre pour se défaire sitôt qu’on la met dans la bouche, comme celle d’un vrai sushi qui vient d’être préparé par un spécialiste.</p>
<p>En revanche, le <em>shari </em>des sushi des autres chaînes de superettes est trop compact et trop ferme. La sensation qu’il donne une fois dans la bouche n’a rien à voir avec celle que procure un vrai sushi. On a davantage l’impression de manger une boulette de riz compacté de type <em>onigiri</em>, qui doit être mâchée soigneusement avant d’être avalée.</p>
<p>Les superettes conservent les sushi à une température située entre 3 et 6 degrés non seulement pendant leur transport, mais aussi une fois qu’ils sont en rayon. Or le riz cuit a tendance à sécher dès qu’on le réfrigère. Et si l’on prend soin de le presser délicatement pour qu’il reste tendre, il risque non seulement de sécher encore plus facilement, en raison de l’air qui se trouve à l’intérieur, mais aussi de perdre son goût caractéristique. Il n’en reste pas moins que pour qu’un sushi soit digne de ce nom, il faut que sa base ne soit pas trop compacte pour que les grains de riz puissent s’éparpiller une fois dans la bouche. Par ailleurs, les sushi vendus dans les superettes font obligatoirement un séjour prolongé au réfrigérateur. Le riz des sushi de Lawson n’est ni sec, ni trop compact, bien qu’il soit réfrigéré. Comment cette chaîne de superettes a-t-elle réussi un pareil tour de force ?</p>
<h3>Des robots qui n’écrasent pas la base des sushi</h3>
<p>Pour résoudre cette énigme, nous avons rendu visite au service des ventes et de la logistique de Lawson où nous avons interrogé Matsumoto Shigeru, qui dirige le département des produits à base de riz. « Les responsables de la vente des sushi de certains supermarchés ont été les premiers à nous demander pourquoi le riz de nos sushi ne séchait pas », nous a-t-il déclaré.</p>
<p>En écoutant M. Matsumoto, je me suis rendu compte que Lawson a conçu ses sushi en s’inspirant de ceux que l’on trouve chez les professionnels. Plutôt que d’imiter leurs concurrents des superettes ou des supermarchés, les responsables de l’entreprise ont pris modèle sur les restaurants de sushi.</p>
<p>Lawson a commencé par limiter le poids de la base (<em>shari</em>) de ses sushi à 16 grammes de riz, alors que dans les autres chaînes de superettes ou les restaurants bon marché à comptoir tournant, il est en général de 18 à 20 grammes. C’est ainsi qu’il fallait procéder pour obtenir des sushi raffinés avec une base relativement fine, comme dans les bons restaurants</p>
<p>Ensuite, Lawson a utilisé un nouveau type de robot complètement différent de ceux employés par les autres chaînes de superettes, une innovation qui explique en grande partie sa réussite. Les professionnels du sushi ont recours à une technique appelée <em>kotegaeshi</em> qui consiste à placer la garniture (<em>tane</em>) sur la paume d’une des deux mains, à poser le riz (<em>shari</em>) par dessus, puis à presser le tout délicatement avec les doigts de l’autre main, en retournant le sushi à plusieus reprises. D’après M. Matsumoto, Lawson est le premier à avoir utilisé un robot capable de reproduire la technique du <em>kotegaeshi </em>mise au point par les maîtres du sushi.</p>
<h3>Le secret de la réussite : une consistance et une forme idéales</h3>
<p>Les robots de Lawson ont été conçus pour donner aux sushi une forme idéale. Un <em>sushi </em>digne de ce nom doit être légèrement incurvé comme la partie en papier d’un éventail déplié. Les robots de Lawson sont capables de fabriquer un produit qui a l’air d’avoir été préparé par un spécialiste, contrairement à la plupart des autres <em>sushi</em> bon marché, dont la base est cylindrique.</p>
<p><div id="attachment_6570" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/c00905_ph02.jpg"><img class="size-large wp-image-6570" title="" src="/fr/files/c00905_ph02-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a><p class="wp-caption-text">La base constituée de riz des sushi de Lawson est légèrement incurvée, comme celle des sushi que l’on sert dans les bons restaurants. Cette forme, considérée comme idéale est censée contribuer à donner une consistance parfaite aux sushi.</p></div>
<p>Grâce à la technique du <em>kotegaeshi</em> et à la forme légèrement incurvée de la base (<em>shari</em>) du sushi, les grains de riz se dispersent facilement dans la bouche, sans qu’il soit nécessaire de beaucoup mâcher. Qui plus est, cela permet de donner au <em>shari </em>une surface suffisamment compacte pour que le riz se dessèche le moins possible. Autrement dit, le succès des sushi<em> </em>de Lawson tient à leur consistance et à leur forme.</p>
<p>« La tâche n’a pas été facile pour le fabricant de robots, parce qu’il a dû concevoir des moules de métal entièrement nouveaux », précise M. Matsumoto. Et si les sushi de Lawson sont d’aussi bonne qualité, c’est précisément parce que la chaîne de superettes a réussi à surmonter cette difficulté.</p>
<h3>L’importance de la cible dans le développement d’un produit</h3>
<p>Les chaînes de superettes livrent depuis toujours une guerre incessante à leurs concurrents. C’est ainsi que, depuis quelques années, elles ont amélioré la qualité des sucreries qu’elles proposent. En voulant damer le pion aux confiseries, elles ont fini par vendre des produits dont la qualité semble presque surprenante pour des superettes. Les gâteaux roulés et les tartes au fromage en vente dans ce type de commerce sont tout à fait emblématiques à cet égard.</p>
<p>D’après Matsumoto Shigeru, les sushi de superettes ont un rôle bien particulier à jouer. « Il n’y a pas beaucoup de produits que les gens ont envie de manger le soir. Nous voulons faire de nos sushi un des plats préférés de nos clients les plus tardifs. » Les gens qui rentrent chez eux tard le soir, après une longue journée de travail, sont prêts à dépenser 500 à 600 yens pour un aliment qui soit à leur goût. Quand on s’est fixé un objectif, le secret du succès réside dans l’attention que l’on porte aux détails.</p>
<p>La leçon que l’on peut tirer de la réussite de Lawson, c’est que la qualité du produit fini dépend beaucoup de l’objectif qu’on s’est fixé au départ. Qu’est-ce qui fait la différence entre un sushi préparé par un véritable spécialiste et un autre sorti des mains d’un amateur ? C’est en se posant ce type de question et en étudiant de très près les problèmes de consistance et de forme que Lawson a réussi à créer des sushi<em> </em>qui n’ont rien à voir avec ceux des autres chaînes de superettes. Quand on veut mettre au point un produit, il ne faut jamais oublier l’objectif qu’on s’est donné et ce, quel que soit le domaine concerné.</p>
<p><em>(Texte et photographies : Kitamura Mori)</em></p>
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		<title>Le contexte politique du projet de révision de l&#8217;article 96 de la Constitution</title>
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		<pubDate>Fri, 03 May 2013 00:00:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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		<description><![CDATA[Une proposition du PLD au fort goût de démocratie directe L&#8217;orientation de la réforme de l&#8217;article 96 de la Constitution, dont le premier ministre Abe Shinzô a fait une priorité dans son approche de la réforme constitutionnelle, attire une attention &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/column/l00042/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Une proposition du PLD au fort goût de démocratie directe</h3>
<p>L&#8217;orientation de la réforme de l&#8217;article 96 de la Constitution, dont le premier ministre Abe Shinzô a fait une priorité dans son approche de la réforme constitutionnelle, attire une attention grandissante alors que les élections de juillet prochain à la Chambre des conseillers se rapprochent. L&#8217;amendement de cet article qui définit la procédure de révision constitutionnelle, une idée à laquelle certains partis d&#8217;opposition semblent favorables, aura certainement des répercussions sur l&#8217;ossature du pouvoir politique et la réorganisation du monde politique japonais.</p>
<p>L&#8217;assouplissement de cette procédure, telle que l&#8217;envisage la proposition du PLD, pourrait constituer un tournant pour le système politique japonais car cela le rapprocherait de la démocratie directe, dont il est actuellement éloigné.</p>
<p>Le débat entre partisans et opposants d&#8217;une révision de la Constitution s&#8217;est jusqu&#8217;à présent focalisé sur l&#8217;article 9, par lequel le Japon renonce à la guerre. Celui autour de l&#8217;article 96 est plus vaste, puisqu&#8217;il englobe des discussions sur le fonctionnement de la démocratie au Japon ou encore sur la réforme des institutions politiques japonaises.</p>
<p>L&#8217;article 96 stipule que l&#8217;initiative d&#8217;une réforme constitutionnelle revient au Parlement qui doit, pour qu&#8217;elle soit adoptée, l&#8217;approuver avec une majorité des deux tiers de chacune des deux Chambres, condition préliminaire à son adoption par référendum.</p>
<p>La loi définissant la procédure de référendum a été instituée par le premier gouvernement Abe, et ses décrets d&#8217;application ont été pris en 2010. Elle n&#8217;a cependant jamais servi à ce jour.</p>
<p>Le premier ministre a explicitement fait état de son intention de réviser l&#8217;article 96, la première étape à ses yeux vers une réforme constitutionnelle. La proposition du PLD consiste à modifier l&#8217;article 96 de manière à ce que l&#8217;approbation d&#8217;une initiative de réforme constitutionnelle ne nécessite plus qu&#8217;une majorité simple au Parlement, au lieu de l&#8217;actuelle majorité des deux tiers. Le PLD estime que le peuple pourra accepter cet amendement relativement facilement. Il a choisi une tactique par laquelle non seulement il réduit la hauteur de l&#8217;obstacle à franchir pour réviser la Constitution mais il perce aussi une brèche qui lui permettra ensuite d&#8217;envisager plus facilement la révision d&#8217;autres articles de la Constitution.</p>
<h3>La majorité des deux tiers en ligne de mire</h3>
<p>A propos de l&#8217;article 96, le premier ministre souligne qu&#8217; « il est étrange qu&#8217;il suffise de l&#8217;opposition d&#8217;un tiers des parlementaires pour empêcher le peuple de toucher à la Constitution. » Depuis 1945, les Etats-Unis ont amendé 6 fois la leur, la France 27, et l&#8217;Allemagne 58. Déterminer si l&#8217;article 96 constitue un obstacle plus élevé que ceux choisis par les autres pays prête à discussion, mais il ne fait aucun doute que cette clause vise à assurer une Constitution forte qui ne puisse être aisément modifiée.</p>
<p>Le projet élaboré par le GHQ (administration du commandant suprême des forces alliées pendant l&#8217;occupation du Japon), qui a servi de base à la Constitution japonaise actuelle, prévoyait un système parlementaire à une seule Chambre. Celle-ci aurait le droit de lancer une réforme constitutionnelle qui serait ensuite soumise à référendum, à condition qu&#8217;elle ait d&#8217;abord été approuvée par plus de deux tiers des parlementaires.</p>
<p>La préférence japonaise pour un système bicaméral a conduit à la création d&#8217;un tel système. La volonté du ministre de l&#8217;intérieur de l&#8217;époque d&#8217;assurer que « ces deux Chambres soient exactement au même niveau vis-à-vis d&#8217;une révision constitutionnelle » a de fait augmenté la hauteur de l&#8217;obstacle à franchir pour cela.</p>
<p>Si le Parlement discute de la proposition du PLD, c&#8217;est le principe d&#8217;une réforme constitutionnelle adoptée par le Parlement par la même procédure que les lois ordinaires, c&#8217;est-à-dire à la majorité simple, avec une seule différence, la nécessité du référendum, qui sera au centre du débat.</p>
<p>Dans les autres pays avancés, le recours au référendum dans des questions politiques n&#8217;est pas exceptionnel. Mais très peu de pays l&#8217;exigent pour une réforme constitutionnelle. La France et l&#8217;Italie le prévoient mais ces deux pays permettent aussi de réviser la constitution uniquement avec l&#8217;aval du Parlement, méthode utilisée dans la plupart des cas.</p>
<p>Les Etats-Unis et l&#8217;Allemagne excluent le recours au référendum à cet effet. En Suisse, célèbre pour ses fréquentes réformes constitutionnelles par référendum, l&#8217;amendement le plus récent qui fixe un plafond aux rémunérations des dirigeants des entreprises a été adopté de cette manière.</p>
<p>Le PLD veut conserver le recours au référendum tout en abaissant la hauteur de l&#8217;obstacle à franchir pour en organiser un. Cette façon de procéder à la réforme constitutionnelle accorderait néanmoins un poids relativement important au référendum, même comparé aux autres pays.</p>
<p>Au sein du PLD, certains pensaient que la majorité simple risquait de menacer la stabilité constitutionnelle et proposaient donc une majorité des trois cinquièmes, mais cette idée n&#8217;a pas été retenue parce que la différence entre deux tiers et trois cinquièmes ne paraissait pas assez claire. Se dispenser de la procédure du référendum n&#8217;étant cependant pas envisageable, la majorité requise a été abaissée à la majorité simple dans les deux Chambres.</p>
<h3>De possibles répercussions sur le projet d&#8217;élire le premier ministre au suffrage universel</h3>
<p>Même si, comme le prévoit la proposition du PLD, la hauteur de l&#8217;obstacle à surmonter pour organiser un référendum est abaissée, cela ne changera rien à la nécessité d&#8217;approuver ensuite cette réforme constitutionnelle par référendum.</p>
<p>Si un référendum aboutit au rejet d&#8217;une proposition, en organiser un second pour essayer d&#8217;obtenir le résultat contraire ne sera pas aisé. C&#8217;est la raison pour laquelle une partie du monde politique estime que les réformes constitutionnelles soumises à référendum auront tendance à porter sur des thèmes facilement compréhensibles par les citoyens.</p>
<p>Tous les sondages indiquent que l&#8217;opinion publique est particulièrement favorable à l&#8217;élection du premier ministre au suffrage universel. Le débat sur la réforme des institutions gouvernementales, une question perçue comme pouvant recueillir relativement facilement l&#8217;assentiment populaire, alors qu&#8217;il est difficile d&#8217;obtenir une majorité des deux tiers au Parlement sur ce sujet, pourrait être accéléré avec la révision de l&#8217;article 96. Le parti pour la restauration du Japon, un parti politique d&#8217;opposition favorable à la réforme des institutions, montre un enthousiasme en rien inférieur à celui du PLD vis-à-vis de la révision de l&#8217;article 96.</p>
<p>L&#8217;issue des débats actuels sur ce projet dépend du résultat des élections de juillet prochain à la Chambre des conseillers ainsi que de l&#8217;élan qu&#8217;apportera le gouvernement Abe. Pour assurer à cette proposition de réforme une majorité des deux tiers dans cette Chambre, il faudra non seulement que l&#8217;Association pour la restauration du Japon et le Parti de tous (Minna no tô) qui y sont tous deux favorables gagnent des sièges, mais aussi une réorganisation des partis politiques existants incluant notamment l&#8217;éclatement du Parti démocrate.</p>
<p>Parmi les partis de la coalition gouvernementale, le parti Komeitô continue à se montrer très réservé. Etant donné que l&#8217;article 96 concerne les procédures, il s&#8217;interroge sur le véritable objectif qu&#8217;aurait cette réforme, qui pourrait être l&#8217;article 9.</p>
<p>Au sein des partis d&#8217;opposition, certains estiment qu&#8217;il faudrait conserver les conditions actuelles de révision pour les trois premiers chapitres de la Constitution, ceux qui définissent la monarchie, le renoncement à la guerre et les droits du peuple, et les assouplir pour les autres.</p>
<p>Il n&#8217;y a jamais eu au Japon, depuis l&#8217;instauration du système parlementaire, de référendum, pas même sur des thèmes simples, par exemple sur la politique énergétique. Le PLD s&#8217;est montré particulièrement circonspect vis-à-vis de l&#8217;introduction de méthodes de démocratie directe dans le gouvernement. Il semble quelque peu ironique que le programme de ce parti soit à l&#8217;origine de la tentative actuelle visant à réduire la hauteur de l&#8217;obstacle à franchir pour un référendum afin de réaliser une réforme constitutionnelle.</p>
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		<title>Le monde attend un nouveau Murakami Haruki</title>
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		<pubDate>Tue, 30 Apr 2013 01:28:12 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Le Festival littéraire international de Tokyo]]></category>
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		<description><![CDATA[Pendant 3 jours, la littérature mondiale était à Tokyo ——Des personnalités de tout premier plan, tel J.M. Coetzee(*1), Prix Nobel de Littérature, et Junot Díaz(*2), Prix Pulitzer, se trouvaient réunis pour ce premier Festival International de Littérature de Tokyo. SHIBATA &#8230; <a href="http://www.nippon.com/fr/views/b02903/">続きを読む <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Pendant 3 jours, la littérature mondiale était à Tokyo</h3>
<p class="txt11 txt_b">——Des personnalités de tout premier plan, tel J.M. Coetzee<a id="back01" name="back01"></a><a href="#note01"><sup>(*1)</sup></a>, Prix Nobel de Littérature, et <a href="/fr/views/b02902/">Junot Díaz</a><a id="back02" name="back02"></a><a href="#note02"><sup>(*2)</sup></a>, Prix Pulitzer, se trouvaient réunis pour ce premier Festival International de Littérature de Tokyo.</p>
<p><strong>SHIBATA MOTOYUKI  </strong>La rédactrice en chef de la section littéraire du <em>New Yorker</em> et membre du comité consultatif du festival, ainsi que le rédacteur en chef de <em>Granta</em>, un magazine littéraire britannique édités en huit langues différentes, ont bien voulu recommander ce festival, ce qui nous a permis de réunir à Tokyo les principales figures de la littérature mondiale d’aujourd’hui, y compris de nombreux traducteurs.</p>
<p><div id="attachment_6545" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02903_ph02_ph03.jpg"><img class="size-large wp-image-6545 " src="/fr/files/b02903_ph02_ph03-680x226.jpg" alt="" width="680" height="226" /></a><p class="wp-caption-text">Deborah Treisman, rédactrice en chef de la section littéraire du New Yorker, et John Freeman, rédacteur en chef de Granta.</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Ce premier festival littéraire au Japon semble avoir connu un grand succès, quel jugement portez-vous sur l’événement ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  S’il nous reste certainement certains points à améliorer, je pense qu’il était très significatif en soi de réaliser cet événement. Tout d’abord pour les lecteurs, je crois que l’expérience d’entendre la voix de nombreux écrivains japonais et internationaux était une précieuse opportunité. Bien sûr, vous me direz que pour des écrivains l’essentiel n’est pas de montrer leur visage ou de parler en public mais que leurs livres soient lus. Mais un moment privilégié comme celui-ci où les lecteurs peuvent entendre la voix des écrivains leur parler comme à l’oreille invite à avoir envie de les lire, et c’est également quelque chose d’important. Je crois que l’expérience a été intéressante pour les lecteurs, surtout que les écrivains étrangers sont de façon générale plus doués que les écrivains japonais pour s’exprimer en public !</p>
<p><div id="attachment_6546" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02903_ph04_ph05.jpg"><img class="size-large wp-image-6546 " src="/fr/files/b02903_ph04_ph05-680x225.jpg" alt="" width="680" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Kakuta Mitsuyo et Geoff Dyer (GB), l’auteur de « But Beautiful » (traduit par Murakami Haruki).</p></div> <div id="attachment_6547" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02903_ph06_ph07.jpg"><img class="size-large wp-image-6547 " src="/fr/files/b02903_ph06_ph07-680x225.jpg" alt="" width="680" height="225" /></a><p class="wp-caption-text">Hirano Keiichirô et Wataya Risa</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Cela a été également une bonne stimulation pour les écrivains japonais, n’est ce pas ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Très peu d’occasions comme celle-ci s’étaient présentées jusqu’alors pour les auteurs japonais. Il est toujours bon pour des auteurs d’avoir des liens avec des auteurs étrangers, et cela a été sans aucun doute une excellente occasion d’approfondir leurs échanges. Il est toujours intéressant d’écouter des auteurs raconter comment ils se sont rencontrés, de quoi ils ont parlé entre eux. Ces rencontres peuvent changer la vision d’un écrivain sur son œuvre, sa conception du monde. De tels échanges valent toujours mieux que rien.</p>
<p><div id="attachment_6548" class="wp-caption aligncenter" style="width: 690px"><a href="/fr/files/b02903_ph08_ph09.jpg"><img class="size-large wp-image-6548 " src="/fr/files/b02903_ph08_ph09-680x226.jpg" alt="" width="680" height="226" /></a><p class="wp-caption-text">Jonathan Safran (USA), auteur de « Extrêmement fort et incroyablement près », best-seller mondial adapté au cinéma, et Kawakami Mieko.</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Est-ce parce que peu de leurs œuvres sont traduites que les écrivains japonais ont une tendance à la « galapagossisation » ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  En effet. Qu’un auteur rencontre un autre auteur ne fait pas beaucoup de sens s’il n’a lu aucun de ses livres. La situation est totalement différente s’il a lu au moins une nouvelle en traduction. C’est pourquoi il est important de créer une base pour que les œuvres soient lisibles dans les deux langues. Ainsi un dialogue fructueux aura toutes les chances de se développer entre les auteurs japonais et les auteurs étrangers.</p>
<h3>Que peut un traducteur, et que ne peut-il pas faire ?</h3>
<p><div id="attachment_6549" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px"><a href="/fr/files/b02903_ph10.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-6549" title="" src="/fr/files/b02903_ph10-200x253.jpg" alt="" width="200" height="253" /></a><p class="wp-caption-text">Ono Masatsugu</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Les écrivains n’étaient pas seuls présents pendant le festival, les différents acteurs de l’univers littéraires, éditeurs, traducteurs, relieurs, etc. participaient également. Il y a eu aussi une table ronde sur la traduction.</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Une table ronde dont j’ai assuré la modération, à laquelle participaient Ono Masashi et Michael Emmerich. Ono Masashi est écrivain et traducteur de littérature française créole. Michael Emmerich est l’un des plus grands traducteurs actuels, le traducteur vers l’anglais de Takahashi Gen’ichirô et Kawakami Hiromi par exemple. Au cours de la table ronde, l’un des points les plus intéressants était la question : est-il préférable de traduire en faisant sentir le présence du traducteur ou au contraire le traducteur doit-il devenir l’homme invisible ? Personnellement, je suis pour le traducteur homme-invisible, mais il était intéressant d’écouter les avis très pertinents de traducteurs qui sont vraiment les mains plongés dans la littérature la plus exigeante. Certes, la solution du débat n’existe pas, mais je pense que même des lecteurs ordinaires ont profité de la discussion.</p>
<p><div id="attachment_6550" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b02903_ph11.jpg"><img class="size-medium wp-image-6550" title="" src="/fr/files/b02903_ph11-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a><p class="wp-caption-text">Michael Emmerich (USA)</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Jusqu’à quel point la traduction peut-elle transmettre l’intention de l’auteur ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  La question de savoir jusqu’à quel point l’intention de l’auteur se transmet au lecteur est une question qui se pose avant même que l’on parle de traduction. La lecture en elle-même peut faire apparaître quelque chose qui dépasse l’intention de l’auteur, et c’est précisément l’intérêt de la littérature. Mais quoi qu’il en soit, disons que la traduction transmet quelque chose, et tout aussi sûrement perd quelque chose. Que transmet-on, que perd-on ? C’est la question que se pose en permanence le traducteur. Dans la poésie, oui sans doute, la partie perdue est importante. Mais dans le roman, si je suis moi-même traducteur c’est parce que je crois qu’on arrive quand même à transmettre l’essentiel.</p>
<p><div id="attachment_6551" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b02903_ph12.jpg"><img class="size-medium wp-image-6551" title="" src="/fr/files/b02903_ph12-300x356.jpg" alt="" width="300" height="356" /></a><p class="wp-caption-text">Junot Díaz (à droite), auteur de « La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao », et son traducteur, Tokô Kôji.</p></div>
<p class="txt11 txt_b">——Traduire des Haïku doit être difficile, non ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Par exemple, dans le célèbre haïku <em>Furu ike ya</em> / <em>Kawazu</em> <em>tobikomu</em> / <em>Mizu no oto</em> (Vieil étang / Une grenouille plonge / Bruit de l’eau), on peut remarquer que l’image de l’onde qui s’élargit est donnée par la graphie : <em>Ka-wa-zu</em> (3 syllabes), <em>to-bi-ko-mu</em> (4 syllabes), <em>Mi-zu-no-o-to</em> (5 syllabes), renforcée par le fait que les trois dernières syllabes sont trois syllabes en « o », la voyelle qui exprime le mieux l’idée d’une résonance qui se répand par effet d’assonance. Mais traduisez le poème dans une autre langue, vous perdrez cette assonance. Dans un roman, dont les phrases sont plus longues, on peut se dire : ah, je perds ceci, mais je garde cela, mais dans un haïku de 17 syllabes au total, ce n’est pas tout à fait la même chose. En fait, le roman est un genre à forte redondance. Vous pouvez perdre une certaine partie de l’information, ça tient encore debout.</p>
<h3>Le roman japonais a le vent en poupe</h3>
<p class="txt11 txt_b">——On a également beaucoup parlé de l’idée d’une « littérature transnationale » dans un monde qui se mondialise de plus en plus.</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Pour ne parler que des États-Unis d’Amérique, mis à part les revues littéraires, seuls le <em>Harper’s</em> et le <em>New Yorker</em> parmi les magazines généralistes publient des textes de fictions. Or, l’écrivain le plus publié par le <em>New Yorker</em> au cours des 2 ou 3 dernières années est probablement l’auteur chilien Roberto Bolaño<a id="back03" name="back03"></a><a href="#note03"><sup>(*3)</sup></a>. En deuxième position vient Murakami Haruki, puis l’auteur canadienne Alice Munro<a id="back04" name="back04"></a><a href="#note04"><sup>(*4)</sup></a> et l’auteur irlandais William Trevor<a id="back05" name="back05"></a><a href="#note05"><sup>(*5)</sup></a>. Dans ce magazine qui passe pour représenter l’essence de la culture américaine, les auteurs les plus représentés sont des non-américains. En fait, cette ouverture sur la littérature mondiale est une tendance globale.</p>
<p class="txt11 txt_b">——On peut d’ailleurs dire que Murakami Haruki est l’un des auteurs les plus représentatifs de cette littérature « cross-border » , un cas exceptionnel parmi les écrivains japonais.</p>
<p><div id="attachment_6552" class="wp-caption alignright" style="width: 310px"><a href="/fr/files/b02903_ph13.jpg"><img class="size-medium wp-image-6552" title="" src="/fr/files/b02903_ph13-300x243.jpg" alt="" width="300" height="243" /></a><p class="wp-caption-text">Elmer Luke. L’éditeur qui a découvert Murakami Haruki et a rendu son nom célèbre dans le monde entier.</p></div>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Au Japon, la littérature étrangère en traduction a toujours connu un excédent des importations sur les exportations. Quand j’entends dire qu’il faut augmenter les exportations quantitatives de culture japonaise, je suis plutôt réticent, mais dans le même temps je trouve toujours dommage que les pays étrangers ignorent toutes les choses excellentes qui existent au Japon. Murakami Haruki a fait dans le champ de la littérature ce que Nomo Hideo a réussi à faire dans le domaine du base-ball. Ajoutez à cela le phénomène manga et le succès des dessins animés de Miyazaki Hayao, les anglophones commencent à comprendre qu’il se produit des choses intéressantes au Japon. Ce phénomène n’était pas imaginable il y a vingt ans. Et je me demande si le contexte ne serait pas propice, maintenant. C’est le moment pour les écrivains japonais de présenter activement leurs œuvres à l’étranger.</p>
<p class="txt11 txt_b">——Pensez-vous que les romans des auteurs japonais contemporains pourraient être davantage lus à l’étranger ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Jusqu’à récemment, à l’étranger, c’étaient les œuvres littéraires qui paraissaient liées au Japon ancien et traditionnel de Kawabata Yasunari ou de Tanizaki Jun’ichirô qui plaisaient, autrement dit les œuvres qui, du point de vue des étrangers, « faisaient japonais ». Abe Kôbô représentant une importante exception à cette tendance. Puis, depuis quelque temps, depuis que Murakami Haruki explose dans le monde entier, les choses ont changé. Ce n’est pas pour connaître le Japon que les lecteurs étrangers lisent Murakami Haruki. Ils le lisent parce qu’ils aiment ses romans.</p>
<p>Si un nombre conséquent de romans japonais étaient disponibles pour les lecteurs étrangers, ceux-ci découvriraient l’extraordinaire liberté de la littérature japonaise. Car pour dire les choses un peu brutalement, je pense que le roman japonais jouit d’une plus grande liberté que le roman américain. Le roman anglophone doit respecter strictement un certain nombre de règles, et toute déviance a du mal à se faire reconnaître. Le roman japonais, inversement, est perpétuellement en train de s’écarter de lui-même, et c’est par cela qu’il réussit à exprimer de façon concrète le chaos de la société actuelle.</p>
<p>S’ils sont présentés de façon très minutieuse, dans des traductions de qualité, je crois possible que nous assistions bientôt à un boum de la littérature japonaise, comparable au boum de la littérature latino-américaine que le monde de l’édition a connu dans les années 1970<a id="back06" name="back06"></a><a href="#note06"><sup>(*6)</sup></a>. L’énergie qui anime la littérature japonaise aujourd’hui est tout à fait comparable à celle que montrait la littérature latino-américaine à l’époque.</p>
<p class="txt11 txt_b">——Pour terminer, M. Shibata, qu&#8217;est-ce que « traduire » selon vous ?</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  Oh, pour moi, c’est un amusement, un plaisir (rires). C’est le jeu le plus amusant que je connaisse. Je m’amuse à le faire, les lecteurs y trouvent du plaisir, et les auteurs me disent merci ! Les critiques littéraires, pour les écrivains, sont des sortes d’amis-ennemis, mais les traducteurs, eux, sont toujours de leur côté !</p>
<p class="txt11 txt_b">——Vous avez écrit quelque part que pour l’écrivain, le traducteur est comme « un nain qui travaille la nuit ».</p>
<p><strong>SHIBATA</strong>  C’est vrai ! Par rapport à tous ces grands écrivains américains, je suis tout à fait un nain, en plus avec le décalage horaire, je travaille au milieu de la nuit (rires).</p>
<p><div id="attachment_6553" class="wp-caption aligncenter" style="width: 594px"><a href="/fr/files/b02903_ph14.jpg"><img class="size-large wp-image-6553" title="" src="/fr/files/b02903_ph14-680x453.jpg" alt="" width="584" height="389" /></a><p class="wp-caption-text">Shibata Motoyuki (au centre), avec Suga Keijirô (à gauche) et d’autres auteurs lors de « La Nuit de l’express de la Galaxie », titre d’une lecture publique au Super Deluxe, boîte de nuit à Roppongi, Tokyo.</p></div>
<p><em>Propos recueillis par Kondô Hisashi (nippon.com)<br />Photograophies : Ôsawa Hisayoshi, Kawamoto Seiya, Ôkubo Keizô, Kodera Kei<br />Remerciements à la Nippon Foundation.</em></p>
<p class="txt10"><a id="note01" name="note01"></a>(*1) <a href="#back01">^</a> J.M. Coetzee : Né au Cap, en Afrique du Sud, en 1940. Il est devenu écrivain après avoir travaillé pour une société d’informatique au Royaume-Uni. Prix Booker en 1983 avec <em>Michael K, sa vie, son temps</em>, puis en 1999 avec <em>Disgrâce</em>, premier écrivain à recevoir deux fois ce prix. Prix Nobel de littérature en 2003. Auteur de <em>L&#8217;Homme ralenti</em>, <em>L’Âge du Fer</em>, <em>En attendant les Barbares</em>, etc. Au Festival International de Littérature de Tokyo, il a, pour la première fois, donné une lecture publique de <em>L&#8217;enfance de Jésus</em>.</p>
<p class="txt10"><a id="note02" name="note02"></a>(*2) <a href="#back02">^</a> Junot Díaz : Né en 1968 à Santo Domingo (République Dominicaine). Vit aux États-Unis depuis l’âge de 6 ans. Son premier recueil de nouvelles, Los Boys, en 1996, attire l’attention sur lui. <em>La brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao</em>, son premier roman en 2007, reçoit le Prix des Critiques Américains et le Prix Pulitzer en 2008. Actuellement enseignant au MIT. Grand fan de manga et d’animés japonais.</p>
<p class="txt10"><a id="note03" name="note03"></a>(*3) <a href="#back03">^</a> Roberto Bolaño : Né en 1953 à Santiago du Chili, il a grandi au Mexique. Décédé à l&#8217;âge de 50 ans en 2003, sa réputation internationale a constamment grandi depuis sa mort. Prix ​​de l’Association des Critiques Américains en 2008. Œuvres principales : <em>2666</em>,<em> Les Détectives sauvages</em>, <em>Appels téléphoniques</em>, etc.</p>
<p class="txt10"><a id="note04" name="note04"></a>(*4) <a href="#back04">^</a> Alice Munro : Née en 1931 dans une petite ville rurale de l’Ontario, Canada. Devenue écrivain après avoir gérée une librairie. Considérée comme un maître de la nouvelle. Nommée parmi les « 100 personnes les plus influentes dans le monde » en 2005 par le magazine <em>Times</em>. Prix Booker international en 2009. Parmi ses œuvres : <em>Un peu, beaucoup, pas du tout</em>,<em> Du côté de Castle Rock</em>, etc.</p>
<p class="txt10"><a id="note01" name="note05"></a>(*5) <a href="#back05">^</a> William Trevor : Né en 1928 dans le comté de Cork en Irlande. Après avoir été enseignant, sculpteur, rédacteur, il est devenu écrivain. Considéré comme le meilleur auteur de nouvelle vivant. Parmi ses œuvres : <em>The Virgin&#8217;s Gift</em>, <em>A Bit On the Side</em>,<em> IrlandeStories</em>, etc.</p>
<p class="txt10"><a id="note06" name="note06"></a>(*6) <a href="#back06">^</a> Boum de la littérature latino-américaine : Dans les années 1960 sont apparues, venant d’Amérique Latine, de nombreuses œuvres de très grande qualité. Leur forme expérimentale aussi bien que leur contenu d’une grande profondeur séduisent les lecteurs du monde entier. Le « réalisme magique » en particulier, une esthétique qui se démarque du réalisme occidental, influencera grandement toute la littérature mondiale. Parmi les écrivains majeurs de cette école, citons Gabriel Garcia Marquez (né en 1927, Colombie), Jorge Luis Borges (1899-1986, Argentine) ou Mario Vargas Llosa (né en 1936, Pérou).</p>
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