Les « Abenomics » ou trois conditions sine qua non pour sortir de la déflation

Abe Junichi [Profil]

[28.01.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

La politique économique annoncée par le nouveau gouvernement Abe suscite de plus en plus d’attentes. Depuis que Abe Shinzô en a révélé les grandes lignes immédiatement avant la dissolution de la Chambre basse, le yen ne cesse de baisser et le cours des actions de progresser et la cérémonie de vœux organisée par les trois grandes organisations patronales japonaises (le Keidanren, ou Fédération des organisations économiques japonaises, le Keizai Dôyûkai, Association japonaise des dirigeants d’entreprises, et la Chambre de commerce et d’industrie du Japon) à laquelle M. Abe était invité, a attiré 1700 personnes, une centaine de plus que l’an passé. Il est cependant difficile de prévoir si ces nouvelles mesures parviendront à sortir le pays de la déflation.

Les trois conditions sine qua non de M. Abe

La politique économique de M. Abe, souvent désignée par le néologisme Abenomics, rassemble trois conditions sine qua non appelées « trois flèches » : un assouplissement monétaire audacieux, une augmentation des dépenses publiques, et une stratégie de croissance pour stimuler l’investissement privé.

Dans un premier temps, en établissant un objectif d’inflation et en envoyant un message clair selon lequel le gouvernement poursuivra une politique d’assouplissement monétaire jusqu’à ce qu’il soit atteint, M. Abe renforcera les attentes d’un retour à l’inflation, c’est-à-dire d’un retournement de la conjoncture. Comme il faudra du temps jusqu’à ce que cela se produise, le gouvernement prendra, afin de tirer la conjoncture dans l’intervalle, des mesures de relance budgétaire sous forme notamment de travaux d’infrastructure dans le budget supplémentaire pour l’exercice 2012 et le budget pour le prochain exercice. Puis la stratégie d’investissement à long terme qui sera annoncée en juin prochain stimulera la volonté d’investissement du secteur privé qui prendra alors le relais comme moteur de la conjoncture. L’objectif en d’autres termes est de sortir de la déflation grâce à une fusée à trois étages.

Pour le nouveau premier ministre, la politique d’assouplissement monétaire est ce qui compte le plus. Parmi les engagements qu’il a pris pendant la campagne pour les élections à la Chambre basse figurait « un objectif chiffré pour l’inflation : 2 % », et il a aussi annoncé qu’un accord entre le gouvernement et la Banque du Japon lierait les deux parties à ce sujet. Dans une interview accordée immédiatement avant sa nomination, il a déclaré que, dans le cas où la Banque du Japon ne réagirait pas à la fixation d’un objectif d’inflation de 2 %, « la loi sur la Banque du Japon serait révisée pour permettre un accord entre elle et le gouvernement, et un objectif sera fixé. »

De douloureux souvenirs à l’origine de cette détermination

Si M. Abe montre une telle ferveur dans ce domaine, c’est en partie parce qu’il n’a pas oublié un événement de mars 2006, alors qu’il était secrétaire général du gouvernement Koizumi.

C’est à ce moment que la Banque du Japon décida de mettre fin au programme d’assouplissement quantitatif qu’elle poursuivait depuis mars 2001, alors même que le gouvernement soulignait qu’il avait conscience que le pays continuait à souffrir d’une déflation modérée et assurait que le gouvernement et la Banque du Japon mobiliseraient ensemble toutes leurs ressources pour y faire face.

Puis, en juillet de la même année, la Banque du Japon avait interrompu sa politique de taux d’intérêt zéro, avant de procéder en février 2007, après la formation du premier gouvernement Abe, à un relèvement de celui-ci. Selon un proche de M. Abe, « le premier ministre estime que si on avait maintenu un peu plus longtemps une politique monétaire audacieuse, il aurait été possible de sortir de la déflation. »

La politique monétaire ne pourra vaincre la déflation à elle seule

Rien ne garantit cependant que, comme le croit le Premier ministre, la conjoncture s’améliorera même si un assouplissement monétaire véritablement audacieux est mis en œuvre. En effet, une telle politique aura des effets secondaires. Un yen faible sera certes un plus pour le secteur industriel, mais il fera aussi croître le coût des importations, à un moment où l’on produit plus d’électricité à partir de gaz naturel liquéfié pour compenser l’arrêt des centrales nucléaires. Le prix de l’électricité augmentera nécessairement et cela affectera le secteur manufacturier.

Il est primordial d’être conscient que la seule politique monétaire ne permettra pas de surmonter la déflation. La route qui permettra d’y échapper ne s’ouvrira que lorsque les deux conditions sine qua non, à savoir une augmentation des dépenses publiques et une stratégie de croissance, seront devenues des réalités.

Il ne faut pas faire porter toute la responsabilité à la Banque du Japon mais s’assurer qu’elle et le gouvernement luttent de manière coordonnée contre la déflation. Voilà le genre d’accord que nous espérons.

(D’après un original en japonais publié le 10 janvier 2013)

  • [28.01.2013]

Né en 1961, Abe Junichi est responsable du service enquêtes et recherches du quotidien Yomiuri Shinbun, qu'il rejoint après des études d'économie et de sciences politiques à l'université Waseda. Journaliste économiste, il couvre la politique fiscale, la crise financière, les fusions et acquisitions, les sommets du G8 et du G20, les questions de l'énergie et de l'environnement. Il a co-signé Megachaina honrô sareru sekai uchinaru mujun (Un monde balloté par le géant chinois, une contradiction interne), Editions Chûkô Shinsho, 2011).

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