Polémique autour des articles sur les cellules STAP
[24.04.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le retrait des articles est la meilleure option

Au début de l’année, l’institut de recherche scientifique Riken, financé par l’État, a mis sur pied un Comité d’investigation sur les documents de recherche, en le chargeant d’enquêter sur les incohérences relevées dans deux communications sur les cellules STAP (stimulus-triggered acquisition of pluripotency, acquisition de pluripotence déclenchée par un stimulus). Les articles en question, parus en janvier, ont été rédigés par une équipe de chercheurs du Centre Riken de Kobe pour la biologie du développement, sous la direction de Obokata Haruko. Le 1er avril, le comité a publié ses conclusions. Lors d’une conférence de presse à laquelle assistait également Noyori Ryôji, président du Riken et chimiste lauréat du prix Nobel, le comité a déclaré que, sur les six allégations de fautes portées contre le groupe, il en était deux où les torts de Mme Obokata étaient indubitables. Dans une déclaration de M. Noyori, le Riken a annoncé non seulement qu’il demanderait le retrait de l’un des articles, mais encore qu’il allait attendre les résultats d’une série d’expériences prévues à l’institut avant de se prononcer définitivement sur l’existence d’un phénomène STAP.

Les deux communications sur la STAP on été publiées dans la revue britannique Nature le 30 janvier, peu après que le Riken eut annoncé ses découvertes. Mme Obokata et son équipe de chercheurs y affirment avoir réussi à produire des cellules souches à évolution versatile en soumettant des cellules de tissus prélevés sur une jeune souris à des stimuli, notamment en les faisant macérer dans une solution légèrement acide. Ces affirmations, qui semblaient révolutionner le domaine de la recherche cellulaire, ont suscité beaucoup d’étonnement dans le monde de la biologie cellulaire. Mais, comme aucune expérience n’a reproduit les mêmes résultats dans un autre laboratoire, des voix se sont élevées ici et là pour mettre en doute les découvertes en question.

Deux manquements caractérisés

Le comité d’investigation a confirmé que deux des six allégations formulées contre l’équipe concernaient des faits constituant des manquements caractérisés. Dans le premier cas, il s’agit de photographies, tirées de l’article, qui sont censées représenter des tissus différenciés cultivés à partir de cellules STAP, photographies qui sont apparemment des reproductions de clichés empruntés à la thèse de doctorat de Mme Obokata. Le second cas concerne des images de fragments d’ADN qui semblent issues de montages photographiques.

Pour ce qui est des quatre autres points — à savoir (1) les fortes ressemblances relevées, semble-t-il, entre des descriptions d’une technique d’expérimentation contenues dans les articles et des passages d’une publication produite par une institution étrangère ; (2) d’autres descriptions de techniques expérimentales accusées de différer des processus effectivement utilisés dans la recherche ; (3) certaines images de cellules STAP présentées dans la recherche apparemment entachées de distorsions et (4) des images de cellules placentaires présentant entre elles de fortes ressemblances, alors qu’elles étaient censées venir d’expériences différentes —, le comité n’a pas trouvé de preuve concluante de faute professionnelle.

Le comité a attribué à Mme Obokata la responsabilité des deux cas avérés de manquement à la déontologie. Si aucune faute professionnelle n’a été retenue contre les coauteurs de l’article — dont Sasai Yoshiki, directeur adjoint du Centre de biologie du développement, et Wakayama Teruhiko, professeur à l’Université de Yamanashi —, le comité n’en a pas moins souligné que, compte tenu surtout de leur position et de leur expérience —, ils « portent une lourde responsabilité dans l’égarement de la recherche », du fait qu’ils se sont abstenus de vérifier l’exactitude des données avant de proposer les articles à la revue Nature.

La contre-offensive de Mme Obokata

Le 8 avril, Mme Obokata a réagi aux déclarations du Riken en contestant formellement la validité du rapport du comité. Dans l’appel qu’elle a introduit, elle déclarait que les comportements qu’on lui reprochait auraient, dans des circonstances ordinaires, été considérés comme d’innocentes erreurs selon le propre code de bonne conduite du Riken, et que leur assimilation à des actes de fabrication ou de falsification de données était injuste et unilatérale. Outre cela, elle démentait catégoriquement que les conclusions du comité infirment la découverte même des cellules STAP, considérée comme une pure fabrication.

Le 9 avril, elle tint à Osaka une conférence de presse qui constituait sa première apparition publique depuis la fin du mois de janvier. Dans la déclaration qu’elle fit à cette occasion, elle s’excusa pour son manque d’expérience et d’attention aux détails, source selon elle des problèmes posés par les articles publiés par son équipe. Mais elle affirma avec insistance que ces problèmes n’étaient pas d’une nature qui justifiât le jugement sévère prononcé par le comité, et que la découverte des cellules STAP était un fait qu’elle avait soigneusement confirmé. Dans ses réponses aux questions des journalistes, elle déclara que sa technique lui avait permis de créer plus de 200 fois des cellules STAP, qu’elle avait à sa disposition d’autres journaux de laboratoire où ses expériences étaient relatées en détails (seuls deux d’entre eux ont été remis au Riken dans le cadre du processus de publication) et qu’elle continuait de se consacrer à la recherche dans ce domaine — recherche, ajouta-t-elle avec son seul sourire de la journée, qu’elle était disposée à poursuivre dans toute institution qui lui en offrirait l’opportunité.

Le Riken a accepté son pourvoi et déclaré qu’il y donnera une suite conforme au règlement intérieur de l’organisation. L’affaire des cellules STAP est loin d’être finie, mais ce premier épisode a suffi à envoyer des ondes de choc qui se sont propagées dans bien des directions, et les observateurs tirent la sonnette d’alarme, inquiets tant du recul de l’éthique dans la conception que les jeunes chercheurs se font de leur travail que de l’importance excessive accordée par les institutions à la publication de résultats spectaculaires. Sachant que la crainte existe aussi que la recherche scientifique menée au Japon ne perde toute crédibilité dans le reste du monde, il est clair que cette affaire pose des questions dont l’écho n’est pas près de s’éteindre.

(D’après un original écrit en anglais le 9 avril. Photo de titre : Jiji Press.)

  • [24.04.2014]
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