[Diaporama] Les rizières en terrasse
Des paysages aux sources du Japon en voie de disparition

Kit Takenaga (photo)[Profil]

[14.10.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |
Le Japon est recouvert à 70% par des montagnes. Les rizières en terrasse, aménagées en étages sur leurs versants, existent depuis un millier d’années. Nous vous présentons ici les différents visages de ces rizières, patrimoine naturel, industriel et culturel du Japon, au fil des saisons.

Les rizières en terrasse en voie de disparition

Les rizières en terrasse, sculptées dans les flancs des montagnes, sont le fruit de la sueur et du sang des paysans. On ne peut s’empêcher, en découvrant ces paysages grandioses construits petit à petit depuis le Moyen Âge, de baisser la tête avec respect en pensant au labeur de nos ancêtres.

Les rizières trop étroites ou sur des versants trop abrupts ne sont plus cultivées.

L’environnement des rizières en terrasse a été bouleversé à partir des années 1950 par l’apparition des machines agricoles, repiqueuses et motoculteurs. Grâce aux progrès du machinisme agricole et à l’utilisation massive des engrais chimiques et des insecticides, les rendements unitaires des récoltes ont augmenté. Alors, les rizières en terrasse où les gros engins agricoles ne peuvent pas pénétrer, ont commencé à être abandonnées. Le vieillissement de la population rurale et le manque de successeurs n’ont fait qu’accélérer ce mouvement. Les jolies rizières en terrasse que l’on pouvait voir dans toutes les régions du Japon ont brusquement disparu et ont été repoussées hors du cercle d’intérêt de la population.

J’ai photographié les rizières en terrasse pour saisir l’éphémère beauté des choses en train de disparaître. Et je me suis aperçu, en les prenant en photo dans tous les coins du pays pendant plus de dix ans, qu’elles étaient des points de rencontre entre l’homme et la nature et des lieux de production extrêmement dynamiques.

L’amour des rizières en terrasse

Ma toute première expérience, c’est le dondoyaki que j’ai vu à Matsunoyama-machi (aujourd’hui Tôkamachi) dans la préfecture de Niigata. Le dondoyaki, ce sont de grands tas de paille empilés en cône au milieu des rizières qui sont mis à feu à la mi-janvier, après le Jour de l’An. Ce brasier est donné en offrande au dieu de la rizière pour la nouvelle année. Les gens du village se regroupent près du feu et échangent des coupes de saké en formant des vœux pour une récolte abondante cette année encore.

Le rite du dondoyaki, en prière pour l’abondance de la récolte.

C’est une région très enneigée et les rizières sont recouvertes de plusieurs mètres de neige. Un vent violent fait voltiger la neige et on a froid jusqu’aux os. Les villageois rassemblés là sont presque tous des vieillards mais tout le monde est en forme et les rires sont incessants. Le travail dans les rizières ne commence que dans plusieurs mois mais les paysans viennent, bravant le froid, dire leur reconnaissance aux divinités. C’est la preuve de leur amour pour leur rizière.

Au début du printemps, les travaux commencent par la préparation des semis. Les meilleurs grains contenant le germe de la plante sont choisis et stérilisés. Ils sont ensuite trempés dans de l’eau tiède pour la germination. De son côté, le paysan prépare sa rizière. Les diguettes entre les parcelles sont aménagées, les terres mises en eau et aplanies. Et les plants qui ont poussé dans les pépinières sont alors repiqués. Du repiquage jusqu’à la récolte en automne, il faut sarcler et faucher, contrôler les eaux, et aller à la rizière tous les jours, sans un seul jour de repos.

Rien de tragique à ce que les personnes âgées se chargent des travaux des champs.

Les rizières en terrasse nécessitent de nombreuses opérations manuelles, et leur culture prend, dit-on, cinq fois plus de temps que celle des rizières ordinaires. Et il faut non seulement du temps, mais aussi bien des efforts. Pour les personnes âgées, c’est un dur labeur.

Mais tous les gens qui travaillent ici sont alertes et ils ont l’air de s’amuser. Alors que l’affaire familiale a déjà été reprise par son fils, le père est tous les jours aux champs. « Il se plaint que le travail est dur, mais il n’aurait pas l’impression de vivre s’il ne venait pas travailler dans la rizière. » m’a confié le fils en aparté.

La revalorisation des rizières en terrasse

Heureusement, les Japonais ont commencé à accorder une nouvelle valeur aux rizières en terrasse ces dernières années. Car leur rôle n’est pas simplement de produire du riz. C’est aussi de réceptionner les premières eaux de pluie et d’éviter ainsi les éboulements de terrain, de préserver l’environnement naturel, de protéger la biodiversité et surtout de conserver les plus beaux paysages naturels de l’Archipel. Leur valeur ne peut pas être mesurée à l’aune de leur productivité mais bien par la multiplicité de leurs fonctions.

Les rizières ne nourrissent pas seulement le riz, elles profitent à beaucoup.

C’est cette diversité qui a été remarquée et qui a donné naissance au mouvement de conservation des rizières en terrasse. Le gouvernement japonais accorde diverses subventions pour leur protection, un système de propriété a été établi dans le secteur privé, des mesures visant à augmenter le nombre de personnes en relation avec la riziculture ont été mises en place et des efforts sont accomplis pour la promotion touristique des plus beaux paysages.

Les rizières en terrasse vont certainement diminuer, mais elles ne vont pas disparaître. C’est ce que j’ai conclu, à fréquenter les gens qui les aiment et les cultivent.

(Photos et texte : Kit Takenaga)

  • [14.10.2014]

Né en 1948 dans la préfecture de Fukuoka. Après avoir terminé ses études à l’Université de Fukuoka et travaillé pendant trente ans comme employé dans une entreprise, devient photographe indépendant. Crée à partir de 2003 un bulletin électronique quotidien intitulé « Ichi nichi ichimai sampo dejikame » (Une photo par jour — Balade avec un appareil photo numérique) qu’il publie sans interruption jusqu’à ce jour. Obtient pendant trois années consécutives le Grand Prix dans la catégorie artistique du portail des journaux électroniques « Mag Mag ». Parmi ses livres de photographies : « Kokoro ni nokoru meifukei — Nihon no tanada » (Paysages inoubliables — Les rizières en terrasse du Japon) (PIE Books) ; « Rice Fields in Japan » (Puboo). A également publié l’ouvrage « Dejitaru shashin no gakko » (Ecole de la photo numérique) (Editions Raichô)

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