[Diaporama] Paysages nocturnes du Japon

Malta Atsushi (photo)[Profil]/Marumaru Motoo (texte)[Profil]

[06.05.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |
Une tendance forte est en train d’émerger : de toutes les régions du Japon, la promotion des ressources touristiques passe de plus en plus par la mise en avant des paysages nocturnes. L’environnement japonais dévoile une extraordinaire variété de visages et une grande beauté par ses paysages nocturnes. En route pour un petit tour du Japon de nuit !

Le Japon a la réputation méritée de compter le plus grand nombre de festivals traditionnels nocturnes du monde, des Nebuta d’Aomori, aux Daimonji, les caractères géants écrits dans les montagnes surplombant Kyôto. Cette particularité culturelle trouve certainement sa source dans l’esprit japonais d’appréciation profonde des phénomènes vivants et naturels, plantes, animaux, saisons et aspects de l’univers cosmique, et à leurs changements de mois en mois, telle qu’elle apparaît dans la poésie et les chants innombrables qui se partagent et s’échangent depuis l’époque de Heian. Cette sensibilité esthétique est à l’origine de l’amour que les Japonais portent à la nuit. Ces dix dernières années, des illuminations nocturnes par diodes électro-luminescentes ont été déployées dans plus de 1 000 endroits dans tout le pays, les installations-spectacles payantes d’illuminations nocturnes sont mêmes un secteur non négligeable de l’industrie du loisir, phénomène quasiment inconnu dans les autres pays. Certaines de ces attractions réalisent des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de yens.

Le blanc scintillement des paysages nocturnes

Deux événements historiques peuvent également expliquer l’intérêt que les Japonais portent aux vues de nuit. Le premier est la Seconde Guerre mondiale : après la défaite, qui avait laissé le Japon comme un champ de ruines, le désir de paix, de reconstruction et de croissance économique a amené le pays à accorder une importance particulière à l’éclairage urbain et domestique. Le Japon est depuis lors devenu le pays le plus éclairé du monde par tubes fluorescents. Les appartements sont éclairés dans les moindres recoins par des tubes fluorescents, et les rues des villes scintillent de lumière blanche, là où de nombreux autres pays privilégient la lumière orange des lampes au sodium. Si vous montez à Inasayama près de Nagasaki, à Kikuseidai près de Kôbe, à Moiwayama près de Sapporo, trois belvédères célèbres pour admirer les plus beaux paysages nocturnes du Japon, l’évidence vous apparaîtra claire comme le jour : les paysages nocturnes scintillent si fort qu’on les dirait de neige.

Les économies d’énergie lancent la mode des paysages nocturnes

Le second événement historique qui a lancé la mode des vues nocturnes fut l’effondrement de la bulle financière, dans la première moitié des années 1990. Cet événement douloureux a conduit les Japonais à une prise de conscience des valeurs d’économie et d’appréciation des petits plaisirs qui ne coûtent pas des fortunes. Apprécier la beauté des paysages nocturnes est alors devenue à la mode, et que plus on appréciait les paysages nocturnes, plus on en découvrait les nuances. Des goûts plus particuliers sont également apparus : amateurs de paysages industriels, ou amateurs de paysages avec emphase de la Lune. Par ricochet les soirées d’appréciation de la pleine lune ont vu leur popularité exploser, comme de nombreux autres types de paysages nocturnes.

Des types de paysages nocturnes de plus en plus nombreux

Aujourd’hui, le « tourisme des paysages de nuit » fait de plus en plus partie des activités proposées par les organisateurs de séjours touristiques pour profiter des panoramas nocturnes disponibles dans chaque région. Des illuminations et des points de vue panoramiques sont mis en place pour mettre en valeur le charme des paysages nocturnes et offrir le meilleur confort de vue aux touristes étrangers. Le terme « patrimoine paysager nocturne du Japon » est même apparu pour définir cet avantage comparatif du tourisme japonais. Lors du 8e « Sommet des paysages nocturnes », la dénomination « Les 100 plus belles lunes du Japon » a fait son apparition pour labelliser le tourisme d’admiration de la lune.

Mais l’affection des Japonais pour les paysages nocturnes ne se limite pas uniquement à cela. Par exemple, la ville de Mutsu, dans la préfecture d’Aomori est célèbre pour le dessin de son panorama nocturne qui rappelle la forme d’un papillon machaon, ce qui a conduit cette vue à prendre le nom de « paysage du machaon de nuit ». À sa suite, les rêveries et discussions sur les formes que prennent les paysages nocturnes éclairés sont devenues un but en soi, une forme de poésie spontanée. Bien entendu, l’appréciation des paysages nocturnes se combinent parfaitement avec l’appréciation des arbres et des fleurs de saison : cerisiers de nuit, feuilles rouges d’automne nocturnes… ou d’autres éléments de décors : trains, hameaux d’auberges traditionnelles, silhouettes de temples et sanctuaires, barques de pêcheurs sur la mer intérieure, sources chaudes en pleine nature… autant de motifs qui donnent lieu à une mise en valeur par des éclairages bien pensés. Les nuits japonaises offrent des richesses d’une profondeur encore inexplorée, et on peut dire que le Japon et les Japonais ne se voient jamais sous un jour aussi splendide que dans l’ombre.

(Photos : Malta Atsushi. Texte : Marumaru Motoo)

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  • [06.05.2016]

Né en 1968. Diplômé en Conception graphique de l’Université d’Art de Tama. En 1994, il entame une carrière de graphiste et de photographe de paysages de nuit. Il poursuit actuellement sa série « Les Nuits du monde ». Membre de la Société Japonaise de Photographie (JPS).

Né en 1965. En 1992, il publie « Tokyo, la nuit », qui le lance comme le plus grand critique de paysages nocturnes du Japon. Outre l’analyse du « paysage de nuit » du point de vue de l’esthétique paysagère et d’une psychologie des couleurs, il a engagé la promotion d’une nouvelle « science du paysage nocturne » qu’il décline dans de nombreux domaines et applique à de nombreux champs, folklore, histoire de l’art, économie, littérature, ainsi qu’à divers champs industriels : hôtellerie, restauration et autres services. Auteur de plus d’une quarantaine de livres sur le sujet.

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