[Diaporama] Portraits de familles dans les cimetières

Itô Masayo (photos)[Profil]

[13.07.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |
Quels sentiments agitent le cœur de ceux qui sont venus joindre les mains devant une tombe et rencontrer les défunts ? Quelles sont les pensées des familles réunies ici pour prier et que viennent-elle annoncer aux personnes décédées ? Ces photographies nous montrent les différentes expressions des familles japonaises venues au cimetière rendre hommage à leurs chers disparus.

Passer un moment avec le défunt

À partir d’une certaine époque, j’ai eu de plus en plus souvent l’occasion de me rendre au cimetière. Les vivants ont le devoir de préserver les tombes des défunts. En disposant les fleurs et en allumant l’encens, je regarde alors aux alentours. Certaines des tombes sont garnies de fleurs fraîches, sur d’autres, les bouquets commencent à sécher ou sont carrément fanées et décolorée. Je sais ainsi quelle est la fréquence de la venue des familles.

En me promenant dans le cimetière, le mot japonais datant du Moyen Âge itsukushimu me vient à l’esprit. En français, on pourrait dire « chérir », « aimer », en ajoutant peut-être parfois une nuance de « respect ». Ici, tout le monde apporte un peu de ce sentiment et vient passer un moment avec la personne disparue dont le souvenir reste en mémoire.

Trois générations réunies au cimetière

Au Japon, on a coutume d’aller au cimetière principalement pour la fête d’O-bon en été, qui consiste à accueillir les esprits des ancêtres sur terre, et aux célébrations des équinoxes de printemps et d’automne (O-higan). Les visites au cimetière sont également fréquentes le jour anniversaire du décès de la personne, et pour certains, le même jour tous les mois, en fin d’année ou lorsqu’il y a une nouvelle importante à lui annoncer. Les Japonais vont en fin de compte assez souvent sur les tombes de leurs parents.

Les photographies présentées ici ont été prises de Hokkaidô au nord à Okinawa au sud et elles montrent des familles regroupées sur plus de trois générations. Quand j’étais petite, je me souviens avoir entendu que les cérémonies bouddhistes devaient avoir lieu en groupe, plutôt que pour une seule personne. Avec le faible taux de natalité, le vieillissement de la population et la progression de la famille nucléaire de notre époque, il est de plus en plus difficile de respecter cette coutume. Mais dans ces occasions particulières, où plusieurs générations se sont rassemblées pour se recueillir au cimetière, les visages des membres de la famille semblent presque rayonnants.

Le message de ces familles

Les événements dramatiques que nous avons connus récemment, comme le tremblement de terre dévastateur de l’est du Japon, laissent à penser que nous vivons à une époque de bouleversements historiques et de transformations. Et même inconsciemment, nous respirons le souffle de cette époque dans notre vie de tous les jours. La vie et les valeurs du peuple japonais ont connu de profondes transformations durant ces cinq décennies et il est probable que le rythme de ce changement ira en s’accélérant à l’avenir. Mais devant ces gens venus se recueillir sur une tombe, j’ai l’impression de voir se manifester quelque chose qui réside au fond du cœur des Japonais, au-delà des générations.

Dans le fil du temps, la vie est un cycle incessant de mort et de renaissance. Lorsqu’elle coexiste ainsi avec le passé de ce qui fut autrefois vivant, elle nous permet peut-être d’en savoir un peu plus sur notre origine.

(Textes et photos : Itô Masayo. Photo de titre prise en 2015 à Yokkaichi, préfecture de Mie.)

  • [13.07.2017]

Diplômée du département de design et communication visuels de la faculté des arts plastiques de l’Université d’art de Musashino. Elle se spécialise en photographie et commence à se concentrer sur la photographie de portraits de famille durant ses études à l’université. Parmi ses expositions, Mensetsu portrait (Portraits pour entrevues d’embauche) en 1978, Hyôjun ondo (Températures standard) en 1980, Dôshin’en Tokyo (Tokyo en cercles concentriques) en 1991 et Kôfukuron (Théorie du bonheur) en 2007, 2008 et 2010. En 2011, une de ses photographies est sélectionnée pour l’exposition du Prix du portrait photographique Taylor Wessing à la National Portrait Gallery de Londres. Ses livres de photographies incluent Kôfukuron 2006-2008 (ItoDesign) et Hyôjun ondo (éditions Tôseisha).

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