[Diaporama] Dans l’antre des forgerons japonais

Ôhashi Hiroshi (photo)[Profil]

[22.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |
Les forgerons japonais sont les dépositaires de techniques artisanales traditionnelles qui ont joué un rôle capital dans l’histoire de l’Archipel. Les photographies d’Ôhashi Hiroshi nous entraînent au cœur de leurs activités.

Les forgerons (kajiya) japonais sont des artisans spécialisés dans le travail du fer porté à incandescence et façonné avec des techniques de frappe très précises. Tout comme nous ne pourrions nous nourrir sans l’existence des agriculteurs, il aurait été impossible de vivre sans les forgerons, sans qui nous serions encore à l’âge de pierre.

Soc de houe (kuwa) plongé dans du charbon incandescent. Photo prise dans l’atelier de Hosaka Heizô situé à Odawara, dans la préfecture de Kanagawa.

Les nokaji, des forgerons au service de la communauté

Il existe toutes sortes de forgerons. Certains sont spécialisés dans la fabrication de sabres (katana), qui sont de véritables œuvres d’art. D’autres, dans le forgeage de couteaux (hôchô) pour les cuisiniers professionnels. D’autres encore, dans les ciseaux (hasami) et les outils pour les ébénistes comme les ciseaux à bois (nomi) et les rabots (kanna). Il y a aussi les nokaji, des forgerons dont la spécialité est l’outillage pour l’agriculture, notamment les bêches (suki) et les faucilles (kama).

De tous les forgerons, les nokaji (littéralement « forgerons des champs ») – appelés également nôkaji (« forgerons de l’agriculture ») – étaient les plus nombreux et les plus proches au quotidien des habitants de l’Archipel. Ils fabriquaient des outils agricoles, ainsi que des couteaux de cuisine, des serpes (nata) pour couper le bois et des harpons (mori) pour la pêche en mer.

Les nokaji excellaient aussi en matière de réparation des outils usagés, notamment les socs de houe (kuwa). Ils rendaient d’immenses services dans les communautés où ils vivaient, et les gens allaient les voir dès qu’ils avaient un problème d’outillage.

Mais aujourd’hui, la situation de ces artisans jadis si précieux est devenue extrêmement précaire. Les changements provoqués par l’industrie, la diminution du nombre des agriculteurs et des bûcherons, et le remplacement des outils traditionnels par des machines leur ont fait perdre leur place de premier plan dans la société.

(À gauche) La forge Katagiri Kajiya de Hamamatsu, dans la préfecture de Shizuoka. (Au centre) La forge Ôba Kaji Kôjô de Fukuoka, dans la préfecture de Fukuoka. Un exemple rarissime de forge située au cœur d’une grande ville. (À droite) Une lame de couteau de cuisine plongée dans le foyer d’une forge, avant d’être trempée. Atelier Mizuno Tanrenjo de Sakai, dans la préfecture d’Osaka.

Le plaisir des outils faits à la main

Le métier de forgeron est menacé. Tout simplement parce que dans la société actuelle, nous pouvons nous procurer tout ce dont on a besoin et se passer d’un grand nombre d’outils. Les poissonneries, les supermarchés et les grands magasins proposent tous du poisson sous forme de tranches et de filets. Les salades et les fruits sont le plus souvent vendus prêts à consommer, sans qu’il y ait besoin de les couper ou de les peler.

De même, dû à notre surdépendance envers l’industrie des services, les enfants sont de plus en plus nombreux à ne pas savoir utiliser correctement les outils pour couper… Certes le Japon est devenu une superpuissance en matière de technologie grâce au savoir, aux techniques et à l’esprit de ses artisans, à commencer par les forgerons. Mais les traditions, même les plus remarquables, finissent par disparaître quand elles ne reposent plus sur rien.

Il est encore temps d’agir pour sauver le métier de forgeron. Il suffit pour cela que les gens redécouvrent le plaisir d’utiliser des outils fabriqués à la main en cuisinant, jardinant, bricolant ou en faisant du camping. Au lieu de ne raisonner qu’en termes d’efficacité et se procurer des choses toutes faites et toutes prêtes, ne devrions-nous pas essayer de rendre notre vie plus riche, en prenant du temps à se créer soi-même des expériences uniques ?

Lame de couteau à légumes au sortir de la forge d’Andô Yoshihisa de Shitara, dans la préfecture d’Aichi.

(Photos : Ôhashi Hiroshi. Texte : Kakuma Tsutomu)

  • [22.09.2017]

Photographe. Spécialisé dans l’artisanat et la cuisine régionale traditionnelle japonaise. Auteur de divers ouvrages dont 1972 Seishun gunkanjima (Gunkanjima, 37 ans après) et Koke no uchū (L’univers des mousses).

website:http://www.hiroshiohashi.com

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