Dossier spécial Le nouveau leader chinois confronté à des questions de politique intérieure
Comment faut-il considérer le « China Risk » ?

Kawashima Shin [Profil]

[10.12.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

La Chine qui est aujourd'hui la deuxième économie mondiale est exposée à de nombreux risques. Comment le Japon, son voisin, doit-il se comporter avec elle ? Kawashima Shin, professeur adjoint à l'Université de Tokyo et membre du comité éditorial de nippon.com, nous donne son avis.

La Chine est devenue une grande puissance mondiale. Le PIB par habitant est encore peu élevé, mais avec 1,3 milliard d’habitants, sa population est la première au monde. Il est difficile d’envisager l’ordre mondial et celui de l’Asie de l’Est sans l’inclure. Mais personne, pas même les dirigeants de la Chine eux-mêmes, n’est probablement capable de dire à quoi la Chine ressemblera demain. Les habitants de la Chine perçoivent les changements qui se sont produits dans leur environnement et dans leurs paysages. Ils les ressentent et continuent à attendre beaucoup de l’avenir tout en le craignant. Mais en Chine, on entend aussi l’opinion selon laquelle il convient de souligner ce qui constitue la véritable nature chinoise, à savoir ce qui perdure depuis toujours, plutôt que ce qui change. D’autres affirment que la Chine est aujourd’hui diverse, et qu’il faut se garder de généraliser. Les deux théories sont justes sous certains aspects, mais il est évident qu’elles ont aussi pour but d’éviter des explications claires.

Un déluge de problèmes intérieurs

On peut avancer que le futur de la Chine a toujours été incertain. Cela s’explique par le fait qu’il y avait à propos de la Chine de nombreuses inconnues et que la quantité d’informations rendues publiques étaient limitées. De plus, les certitudes que nous avions jusqu’à présent sont en passe de se transformer en incertitudes.

Sur le plan politique, la grande interrogation qui porte sur la continuité de la domination du Parti communiste demeure. Il est bien sûr difficile d’y répondre. Le pouvoir communiste fait face à de grandes difficultés, et il est certain qu’il va continuer à développer des mesures pour assurer sa survie. Mais on ne peut pas compter sur un leadership puissant dans le cadre d’un système de direction collective. La diversification des groupes d’intérêts fait que le mouvement vers la cohésion de la société chinoise est de moins en moins visible.

Jusqu’à quel point le pouvoir communiste gouverne-t-il la Chine ? Comme le montre la question des « travailleurs migrants »(*1), il existe en Chine toutes sortes d’inégalités, et le gouvernement réprime vigoureusement les mouvements sociaux qui cherchent à les corriger.

Le pouvoir du Parti communiste s’est jusqu’à présent appuyé sur la révolution et le nationalisme, et dans les vingt dernières années, bien évidemment sur l’ « aisance » apportée par le développement économique. C’est cette aisance qui a fait progresser le pays et le pouvoir politique, y compris celle dont ont bénéficié les dirigeants du parti communiste eux-mêmes. Mais aujourd’hui les inégalités et les injustices générées par cette aisance pourraient être fatales au pouvoir politique. Les mesures économiques du pouvoir communiste qui a poursuivi des investissement excessifs atteignent leurs limites, et tous ces problèmes doivent être résolus sans plus tarder.

Il ne faut pas non plus oublier que la question démographique et celle de l’environnement sont les principaux risques pour la Chine. L’importance de la population chinoise a fait la force de ce pays, mais elle va bientôt devenir une société à vieillissement rapide en raison de sa politique de l’enfant unique. Etant donné que la Chine est encore plus stricte face à l’immigration que le Japon, il n’est pas impossible qu’elle assouplisse ses mesures de restriction démographique. La question environnementale est très sérieuse, et c’est un problème important, qui soulève entre autres des interrogations sur la forme de l’assistance que peuvent lui prêter les autres pays, Japon compris.

Des relations diversifiées entre la Chine et ses voisins

Le Japon est un voisin de la Chine : c’est un fait géographique immuable. Les pays européens et américains, géographiquement éloignés de la Chine, peuvent envisager relativement facilement de coopérer avec elle, mais pour le Japon qui est son voisin, il existe des situations dans lesquelles il est impossible de penser seulement à la coopération. Comme le montre l’exemple de la confrontation récente autour des îles Senkaku, le Japon se trouve dans une position qui l’expose particulièrement à l’influence du « China risk ».

La priorité est sans doute d’appréhender exactement ces risques, et de prendre les mesures pour éviter dans la mesure du possible d’en souffrir. Ensuite, il est important de faire des efforts pour les faire diminuer et travailler avec la Chine. Enfin, il faut aussi être prêt et envisager toutes les situations qui peuvent découler de ces questions.

Il ne faut pas non plus oublier de tenir compte de toutes les possibilités concernant le futur de la Chine. Par exemple il ne faut pas seulement s’efforcer de créer des bonnes relations avec le « gouvernement chinois » mais aussi envisager de manière équilibrée la « diversité chinoise » et développer des liens avec des organisations et des individus qui ont des idées très diverses. Le Japon d’avant guerre réussissait mieux que nous le faisons aujourd’hui à envisager la diversité de la Chine. Nous devons faire notre examen de conscience sur la guerre et les invasions, mais ne devons-nous pas aussi considérer que le moment est venu de faire face à une Chine multidimensionnelle, de manière flexible, en tirant les leçons de notre histoire sur la manière de regarder la Chine et d’entretenir des relations avec elle ?

(*1) ^ Les travailleurs migrants sont des paysans originaires de l’intérieur de la Chine, essentiellement des régions pauvres, qui migrent vers les grandes villes chinoises localisées principalement sur les côtes, afin de travailler dans les usines, les mines ou le bâtiment en tant que main d’œuvre non qualifié. L’état-civil chinois divise la population entre les résidents des campagnes et ceux des villes, dans un système créé à l’origine pour contrôler l’exode rural. Avec la libéralisation de l’économie, les contraintes concernant le lieu de résidence se sont assouplies, mais le statut de « résident temporaire » des travailleurs migrants d’origine paysanne qui habitent en ville les empêche de bénéficier des services sociaux.

  • [10.12.2012]

Président du comité consultatif de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l'Université des langues étrangères de Tokyo. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, puis le même poste à l'Université de Tokyo, il devient professeur à la même université en avril 2015. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

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