Dossier spécial La révolution du schiste et la politique énergétique du Japon
La stratégie énergétique du Japon à l’ère du gaz de schiste

Shibata Akio [Profil]

[21.01.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Face à l’envolée des importations de gaz naturel consécutive à la fermeture des réacteurs nucléaires sur tout le territoire du Japon, Shibata Akio suggère l’adoption d’une stratégie énergétique qui tienne compte du nouveau contexte tant national qu’international, et notamment de la transformation du marché mondial de l’énergie provoquée par la révolution du schiste.

La révolution du schiste est en train de redessiner la carte de l’énergie dans le monde et le gouvernement du Japon ferait bien d’y prêter attention. Nos responsables se sont engagés à mettre un terme à la dépendance du pays vis-à-vis du nucléaire et à développer les énergies renouvelables. Mais ils n’ont pas dit grand chose sur la façon dont, pour réaliser cet objectif, le Japon allait s’assurer un approvisionnement stable en combustibles fossiles — pétrole, gaz naturel liquéfié, charbon, etc. —, et leurs projets actuels en matière d’approvisionnement énergétique trahissent un manque de réflexion stratégique. Le Japon doit repenser sa politique à la lumière de la nouvelle donne énergétique.

Évaluer l’impact de la révolution du schiste

L’expression « révolution du schiste » fait référence aux percées récemment réalisées dans l’extraction du gaz naturel et du pétrole brut emprisonnés dans le schiste — une roche sédimentaire à grain fin disposée en fines couches parallèles et de fracturation facile — à de grandes profondeurs. L’idée d’exploiter les réserves de gaz et de pétrole de schiste n’est pas nouvelle, puisqu’elle a fait son apparition durant la crise pétrolière des années 1970, mais à l’époque, les experts en étaient arrivés à la conclusion que l’exploitation de ce potentiel ne serait pas rentable tant que le prix du pétrole brut resterait inférieur à 200 dollars le baril.

Au début de ce siècle, toutefois, une poignée d’entreprises pétrolières et gazières américaines de second rang, dont Chesapeake Energy et Anadarko, ont mis au point des techniques plus économiques d’exploitation de cette ressource. À partir de 2006, année où l’exploitation du gaz de schiste a véritablement commencé, les coûts de production ont rapidement baissé. Tant et si bien que les prix du gaz naturel américain sont passés de plus de 12 dollars le Btu (British Thermal Unit) à entre 2 et 3 dollars en 2012, ce qui équivaut, en termes de production énergétique, à un niveau à peine supérieur à 10 dollars le baril de pétrole brut.

Le grand attrait du gaz de schiste réside dans son abondance. D’après une estimation de la US Energy Information Administration (agence américaine d’information sur l’énergie), les États-Unis disposent à eux seuls de réserves « techniquement récupérables » suffisantes pour faire face pendant 60 ans à la demande mondiale de gaz. Dans le même temps, les experts en énergie pensent que 32 autres pays peuvent envisager d’exploiter le gaz de schiste, notamment l’Australie, la Chine, le Mexique, l’Afrique du Sud et la Pologne. Ils estiment que l’ensemble des réserves mondiales de gaz naturel dit non conventionnel (gaz dont la récupération exige des méthodes d’extraction spéciales) — y compris le gaz de sable compact des dépôts de grès et le méthane des couches de houille — avoisine 230 000 milliards de mètres cubes, un chiffre nettement supérieur à celui du volume estimé de gaz naturel (181 000 milliards).

Les conséquences économiques

La révolution du schiste promet de redessiner la carte mondiale de l’énergie selon trois grandes lignes.

Pour commencer, elle annonce le retour de l’Amérique au premier rang des producteurs de combustibles fossiles et le recul du Moyen Orient et de la Russie. C’est ce qui ressort des données publiées par l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport Perspectives énergétiques mondiales 2012, publié en novembre 2011, lequel rapport prévoit qu’en 2015 les États-Unis vont dépasser la Russie, avec une production de pétrole brut de 10 millions de barils par jour (contre 6,8 millions en 2008) et qu’ils supplanteront l’Arabie Saoudite en tant que premier producteur de pétrole en 2017, principalement grâce à l’huile de schiste. En 2012, la production pétrolière des États-Unis devrait atteindre 8,9 millions de barils. À mesure qu’augmente la production intérieure, la dépendance vis-à-vis des importations va diminuer. En fait, le rapport prédit que, à l’horizon 2035, les États-Unis seront pratiquement autosuffisants en matière de pétrole et que l’Amérique du Nord prise dans son ensemble sera devenue un exportateur net.

Dans le même temps, la révolution du schiste s’apprête à faire des États-Unis un exportateur net de gaz naturel dès 2020. En 2004, soit seulement quelques années plus tôt, des experts américains se demandaient si l’augmentation de la demande de gaz naturel pourrait être comblée et prédisaient qu’en 2030 le pays serait contraint d’importer 390 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié, soit environ deux fois le volume des importations mondiales enregistré à cette époque. L’Australie, le Qatar et la Russie se préparaient à produire du GNL pour le marché américain et les travaux de construction de terminaux de réception du GNL avaient commencé dans le golfe du Mexique. Aujourd’hui, les prévisions se sont inversées et l’on est passé, pratiquement du jour au lendemain, d’un déficit de 400 millions de tonnes à combler par les importations à un excédent probable. Où maintenant va-t-on pouvoir écouler tout ce GNL prévu pour les États-Unis, si ce n’est au Japon, où les importations ont fait un bond spectaculaire depuis 2011 pour compenser le manque à gagner consécutif à l’accident nucléaire de Fukushima ?

Le second impact que la révolution du schiste va avoir sur le marché mondial de l’énergie réside dans la pression à la baisse qu’elle va globalement exercer sur le prix des combustibles fossiles.

D’aucuns ont été jusqu’à prédire que le pétrole brut va tomber à 50 dollars le baril dès la fin de l’année 2012, mais ils ont oublié de prendre en compte certaines réalités de base en matière de calcul des coûts. Après tout, ce sont les prix élevés du pétrole qui, au départ, ont rendu possible la révolution du schiste. L’extraction du gaz et de l’huile de schiste est tributaire de toute une panoplie d’innovations technologiques, depuis le forage horizontal (parallèlement à la couche de schiste à partir d’un puits vertical) jusqu’à la fracture hydraulique (utilisation d’un liquide sous pression pour fracturer la roche et libérer le gaz emprisonné), en passant par l’étayage (pour garder les fractures ouvertes) et la surveillance microsismique (pour appréhender précisément la taille d’une fracture). Avec ces opérations, le coût de la production augmente tellement qu’elle n’a plus guère de sens sur le plan économique si le pétrole brut ne coûte pas au moins 70 à 80 dollars le baril. Si le prix du pétrole brut venait à s’effondrer, la révolution du schiste s’arrêterait.

D’un autre côté, vu l’explosion de la demande énergétique mondiale, la production américaine de gaz et d’huile de schiste contribue à combler ce manque et à maintenir l’équilibre basé sur les prix actuels de l’or noir. C’est pour cette raison que les prix du pétrole brut vont sans doute se maintenir aux environs de 80 dollars le baril malgré les progrès de la production de gaz de schiste.

En troisième lieu, la révolution du schiste risque d’avoir un impact négatif lourd de conséquences sur le développement des énergies renouvelables et sur l’environnement. Beaucoup s’inquiètent que la production de gaz et d’huile de schiste ne porte un coup d’arrêt à l’essor des énergies de substitution, qui ont tendance à être plus chères, et n’aggrave la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles, avec l’augmentation des émissions de gaz carbonique et autres gaz à effet de serre qui en résulterait.

Une politique énergétique qui baigne dans la confusion

Le 19 septembre 2012, le gouvernement du Japon a approuvé une nouvelle politique énergétique fondée sur la Stratégie innovatrice en matière d’énergie et d’environnement élaborée par le Conseil pour l’énergie et l’environnement. Cette stratégie définit trois objectifs fondamentaux : premièrement ramener à zéro la dépendance du Japon vis-à-vis de l’énergie nucléaire au plus tard dans les années 2030, deuxièmement procéder à une révolution de l’« énergie verte » et troisièmement garantir la stabilité des approvisionnements énergétiques. Il se trouve malheureusement que ce projet est non seulement entaché de contradictions internes, mais laisse gravement à désirer en termes de solutions stratégiques susceptibles de garantir la stabilité des approvisionnements en combustibles fossiles jusqu’à la fin de la période de transition prévue.

D’un côté le projet veut ramener à zéro la dépendance du Japon vis-à-vis de l’énergie nucléaire et limiter à 40 ans la durée d’opération des réacteurs nucléaires, et de l’autre il dit que les opérations peuvent reprendre pour tout réacteur dont l’Autorité japonaise de réglementation nucléaire aurait confirmé la sécurité. Si les centrales nucléaires doivent recommencer à fonctionner, il est essentiel que le Japon mette en place son propre cycle fermé du combustible nucléaire et trouve une réponse au problème du traitement des déchets. Or la nouvelle stratégie ne propose rien de nouveau en termes de retraitement ou d’élimination et se contente d’entériner le statu quo. Elle appelle au développement des énergies renouvelables, telles que le géothermique, le solaire et la technologie d’échange de chaleur avec l’eau des rivières, mais ne donne aucune piste sur le financement de ces projets. Elle reconnaît la nécessité d’un approvisionnement stable en énergie à bon marché, mais les seules propositions concrètes qu’elle formule consistent à améliorer et agrandir les installations de production d’énergie thermique et les dispositifs de cogénération (qui génèrent à la fois de l’énergie et de la chaleur à partir d’un seul combustible).

La dépendance du Japon vis-à-vis des combustibles fossiles a considérablement augmenté après la catastrophe de 2011, à mesure que les sociétés productrices  d’électricité ont renforcé le taux de production des centrales thermiques conventionnelles pour compenser la perte due à la mise hors service des centrales nucléaires. Dans ces circonstances, la clef de la réalisation des objectifs de la nouvelle stratégie énergétique réside dans la mise en place d’un approvisionnement stable en combustibles fossiles à bon marché, qu’il s’agisse de pétrole, de charbon ou de gaz naturel. Or les quinze pages du rapport du Conseil pour l’énergie et l’environnement ne contiennent que dix lignes consacrées à ce problème.

Le rôle du Moyen Orient reste prépondérant

Si l’on se penche sur la carte des échanges énergétiques au xxe siècle — que certains ont baptisé siècle du pétrole ­—, on peut distinguer différentes époques séparées au sein de cette période de transition mouvementée. L’époque qui va environ jusqu’en 1970 a été dominée par les grandes sociétés pétrolières occidentales. Les années 70 ont été l’âge d’or de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole. Dans les années 80, les pays industrialisés, avides d’énergie, ont été le moteur du marché. Et les années 90 ont été celles de la concurrence et de la chute des prix du pétrole brut.

La situation énergétique du Japon a changé elle aussi, notamment en réaction aux crises pétrolières des années 70 et aux deux crises moins graves survenues au cours de ce siècles. Le tableau ci-dessous résume ces changements.

Les crises énergétiques et leur impact sur le Japon

  Première crise pétrolière oct. 1973-1974 Deuxième crise pétrolière oct. 1978-1982 Envolée des prix du pétrole brut janv. 2007 – juil. 2008 Séisme et tsunami de 2011 mars – mai 2011
Causes Embargo pétrolier par l’OPAEP suite à la guerre du Kippour Suspension par l’Iran de ses exportations de pétrole après la révolution Essor de la demande en provenance des marchés émergents + déclin de la capacité de l’OPEP Rupture de l’équilibre entre l’offre et la demande consécutive au tsunami et à l’accident nucléaire
Part du pétrole dans la consommation d’énergie primaire 77% 71% 43% 42%
Dépendance v.-à-v. des importations d’énergie du Moyen Orient 78% 76% 80% 77%
Augmentation du prix du pétrole brut d’avant la crise jusqu’au pic 3 $ – 12 $
400 %
(arabe léger)
12 $ – 42 $
350 %
(arabe léger)
58 $ – 147 $
250 %
(WTI)
102 $ – 99 $
-3 %
(WTI)
Pic du coût des importations de pétrole brut (CAF, yen par litre) 21,5 ¥ 57 ¥ 92 ¥ 58 ¥
Pic du prix de l’essence (yen par litre) 114 ¥ 177 ¥ 185 ¥ 153 ¥
Volume des importations de pétrole brut (milliards de litres)  288,61
(exercice 1973)
277,14
(exercice 1979)
224,41
(exercice 2008)
214,43
(exercice 2010)
Jours de stocks de réserves de pétrole brut 67
privé : 67
public : 0
92
privé : 85
public : 7  
182
privé : 85
public : 97
193
 privé : 79
public : 114
Coût des importations de pétrole en pourcentage des importations 23 %
(exercice 1973)
43 %
(exercice 1980)
22 %
(exercice 2008)
18 %
(exercice 2010)
Taux de change yen-dollar 298 ¥
(août 1974)
273 ¥
(nov.  1982)
107 ¥
(juil. 2008)
82 ¥
(mars 2011)

Source : d’après Sekiyu shiryô (Données pétrolières), Sekiyu Tsûshin Co.

On peut déduire ce qui suit de ces informations :

Premièrement, la dépendance du Japon vis-à-vis du pétrole exprimée en pourcentage de sa consommation d’énergie primaire est tombée de près de 80 % au cours des années 70 à juste au-dessus de 40 % ces dernières années. Cette évolution est le fruit de la diversification énergétique, notamment en faveur du gaz naturel et du nucléaire, dont les parts ont atteint respectivement 19 % et 12 %. Le nucléaire a été placé au centre d’une politique énergétique visant à garantir la stabilité des approvisionnements et à minimiser la vulnérabilité du Japon aux aléas de la situation dans les pays producteurs de pétrole.

Deuxièmement, la dépendance du Japon vis-à-vis du pétrole a diminué, mais sa dépendance vis-à-vis du Moyen Orient pour ses besoins en énergie est restée élevée, oscillant entre 76 % et 80 % tout au long de la période retenue. Toutefois, exprimée en termes de stocks de réserves de pétrole, notre marge de manœuvre a considérablement augmenté, passant de 67-92 jours dans les années 1970 (le plus gros des stocks appartenant à des acteurs privés) à environ 193 jours ces dernières années (le plus gros des stocks appartenant à l’État).

Troisièmement, entre l’éclatement de la première crise pétrolière (1973) et la fin de la seconde (1982), le prix du pétrole brut a été multiplié par environ 14, passant de 3 à 42 dollars le baril. Proportionnellement parlant, le pic enregistré entre 2007 et 2008 — hausse de 58 à 147 dollars — était beaucoup plus modeste, puisque le coefficient multiplicateur n’a pas dépassé 2,5. Mais en termes absolus, l’augmentation de 2007-2008 a été astronomique, puisqu’elle s’est élevée à près de 100 dollars par baril.

Quatrièmement, le coût du pétrole exprimé en pourcentage du montant annuel des importations du Japon est tombé de 43 % pour l’exercice 1980 à 18 % ces dernières années. Il faut toutefois savoir que le principal facteur à l’arrière plan de cette baisse est la force du yen, dont la valeur face au dollar a plus que triplé dans le même laps de temps (la valeur du dollar passant de 273 à 82 yens). La quantité de pétrole brut importée par le Japon a progressivement diminué, passant de 289 à 214 milliards de litres.

Pour résumer, le Japon a fait face à l’augmentation des prix du pétrole en misant de plus en plus sur le gaz naturel et le nucléaire, en mettant à profit la hausse du yen et en augmentant ses stocks de réserves de pétrole. Mais sa lourde dépendance vis-à-vis de l’énergie en provenance du Moyen Orient est restée inchangée.

Les importations de GNL au lendemain de Fukushima

L’accident nucléaire consécutif au séisme et au tsunami survenus en mars 2011 à Fukushima a privé la stratégie énergétique à long terme du Japon de son principal ingrédient. La plupart des centrales nucléaires du pays ayant été mises hors service, les distributeurs d’électricité ont cherché à éviter les pénuries en accroissant la production des centrale thermiques conventionnelles, qui fonctionnent aux combustibles fossiles, si bien que le pétrole, le charbon et le gaz naturel ont pris une importance qu’ils n’avaient jamais eue jusque-là.

En fait, ce sont les importations de gaz naturel liquéfié qui ont sauvé le Japon de la grave pénurie d’énergie annoncée au lendemain de la catastrophe de mars 2011. Entre 2010 et 2011, les importations japonaises de GNL sont passées de 70,56 à 75,21 millions de tonnes, ce qui représente une augmentation de 6,6 %.

Au cours de la même période, les prix se sont envolés, si bien que le coût annuel des importations de GNL a augmenté de plus de 50 %. Cette tendance a perduré en 2012.

Les importations de GNL en provenance du Qatar ont progressé à un rythme particulièrement soutenu. Le Qatar, qui avait renforcé sa capacité de production en prévision de l’augmentation de la demande en provenance des États-Unis, s’est retrouvé avec un excédent à partir de 2006, quand le boom du gaz de schiste a mis un coup d’arrêt à la demande américaine. Le Japon est arrivé à point nommé pour combler ce vide et absorber une grosse partie de l’excédent de GNL.

Vers un éventail idéal de combustibles fossiles

La révolution du schiste annonce l’avènement d’une nouvelle ère de stabilité sur le marché de l’énergie et le Japon doit se doter d’une stratégie qui tire le meilleur parti de ce phénomène. Il faut savoir qu’il achète actuellement son gaz naturel à des prix 8 à 10 fois plus élevés que les pays occidentaux. La raison en est que la quasi totalité du gaz qu’il consomme est importée sous forme de GNL plutôt que de gaz de pipe-line.

Le GNL est un gaz naturel converti à l’état liquide à très basse température (-162 °C). Cette conversion, qui réduit le volume du gaz à environ 1/600ème, en facilite le transport et le stockage. Toutefois, le commerce du GNL requiert d’importants investissements et une grande compétence technique, tant pour l’exploration, l’extraction et le transport du gaz naturel que pour tout ce qui touche à la liquéfaction, notamment les navires de transport et les installations de réception. C’est pourquoi, les contrats à long terme sur 20-25 ans ont longtemps constitué la règle en ce domaine. Dans bien des cas, il s’agit de contrats d’enlèvement ferme, qui imposent à l’acheteur de payer en totalité les quantités prévues, enlevées ou non. Ces accords encouragent non seulement la formation de relations à long terme entre fournisseurs et acheteurs propices à la bonne marche des projets d’exploitation du GNL, mais encore la stabilité des approvisionnements. D’un autre côté, ils constituent une sévère entrave à la flexibilité et favorisent donc inévitablement la hausse des prix. Récemment, toutefois, le marché libre du GNL a connu une forte expansion, due au boom du gaz de schiste aux États-Unis, et cette tendance devrait se renforcer. Le Japon a donc tout intérêt à surveiller de près les opportunités d’augmenter ses achats sur le marché libre du GNL.

Le moment est également venu de reconsidérer le rôle stratégique du charbon. Relativement bon marché au Japon, le charbon a cependant mauvaise presse, du fait que sa combustion est réputée non seulement relâcher dans l’atmosphère des polluants et du CO2, mais encore produire des cendres dont il faut se débarrasser. Mais, à en croire des données fournies par BP,  le charbon est la source d’énergie primaire qui progresse le plus vite au monde, avec une consommation mondiale en hausse de 60 % entre 2000 et 2010 (de 2,292 à 3,555 milliards de tonnes d’équivalent pétrole), la cause principale de cet essor étant l’envolée de la demande énergétique en Chine et dans d’autres pays émergents. Mais le charbon est aussi une ressource abondante et bien répartie, dont les réserves avérées devraient couvrir les besoins pour les 200 années à venir. Nous devons développer les technologies du « charbon propre », telles que la gazéification intégrée en cycles combinés et le captage et stockage du carbone, en vue de diversifier encore notre éventail de combustibles fossiles.

  • [21.01.2013]

Président de Natural Resource Research Institute, Inc. (Institut de recherche sur les ressources naturelles). Né en 1951. Diplômé en 1976 de la Faculté d’agriculture de l’Université de Tokyo. A été directeur de Marubeni Corp., chargé de recherche à l’Institut de recherche Marubeni et directeur du même institut. A fondé l’Institut de recherche sur les ressources naturelles en 2011. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Sekiyu 100 doru jidai no seichô senryaku (Stratégies de croissance pour l’ère du pétrole à 100 dollars) et Shigen ni nani ga okite iru no ka (Qu’advient-il de nos ressources ?)

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