Dossier spécial Abenomics : les cent premiers jours
Quelle signification le TPP revêt-il pour le Japon ?

Yoshizaki Tatsuhiko [Profil]

[03.06.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

La décision du gouvernement de participer aux négociations sur le Partenariat transpacifique (TPP) a relancé au Japon le débat sur les avantages et inconvénients potentiels d’un accord de libre-échange mené par les États-Unis. L’économiste Yoshizaki Tatsuhiko estime quant à lui que la discussion restera infructueuse tant que les deux parties continueront à se préoccuper de pertes et de gains aussi hypothétiques plutôt que de l’importance fondamentale de la promotion du libre-échange et de la participation au processus d’élaboration des règles.

Les cent premiers jours du gouvernement du premier ministre Abe Shinzô se sont écoulés dans un tel calme plat que c’en est presque inquiétant. Il semblerait désormais que l’économie ait atteint son plus bas niveau à l’automne dernier et, dans chacun des trois rapports mensuels qu’il a publiés depuis le début de l’année, le Bureau du cabinet a revu à la hausse son évaluation de la santé économique du pays. Dans sa proposition de budget pour 2013, le gouvernement prévoit une croissance réelle de 2,5 % pour l’exercice fiscal qui commence en avril, ce qui constitue l’estimation la plus optimiste qu’il ait formulée depuis des années.

Sur le front diplomatique, M. Abe a enregistré un important succès dans les pourparlers qu’il a eus en février dernier à Washington avec le président Barack Obama. Lors de cette première réunion au sommet avec M. Obama, on n’attendait guère plus qu’un échange de poignée de mains et une déclaration de bonnes intentions de la part de M. Abe, mais il a réussi à repartir avec une déclaration commune qui a préparé le terrain pour son premier grand coup politique : la décision de rejoindre les négociations menées par les États-Unis en vue de l’établissement du Partenariat transpacifique (TPP), un ambitieux projet de Washington pour la région Asie-Pacifique.

Cette décision à infirmé les prédictions des médias selon lesquelles le premier ministre allait se tenir à l’écart des questions controversées jusqu’aux élections de la Chambre des conseillers prévues pour le mois de juillet. Elle faisait également fi de l’opposition farouche du lobby agricole et d’autres secteurs de l’opinion japonaise — opposition qui était parvenue à faire avorter la tentative du gouvernement précédent en vue de prendre part au processus du TPP. Mais contester la volonté d’un premier ministre bénéficiant d’un taux d’approbation de 70 % n’est pas chose aisée. La direction du Parti libéral-démocrate (PLD) au pouvoir a fait en sorte d’étouffer les velléités de mutinerie qui se manifestaient dans les rangs du parti et le gouvernement est entré en pourparlers avec les membres actuels du TPP en vue d’obtenir, individuellement et collectivement, leur approbation à la participation du Japon aux négociations.

M. Abe, qui a fait du TPP un élément essentiel de la stratégie nationale à long terme, a mis la participation du Japon aux négociations au premier rang des priorités du programme économique et diplomatique de son gouvernement. Dans le texte qui suit, je me propose de jeter un éclairage sur les raisons qui ont motivé cette importante décision.

« Conservateur » ne veut pas dire « partisan du moins d’État »

Lors de la campagne pour l’élection législative de 2012, le président du PLD Abe Shinzô s’est engagé à adopter une politique audacieuse d’expansion monétaire, de façon à rompre avec le cycle déflationniste dans lequel le Japon était enlisé depuis des années. Son projet, vite baptisé « Abenomics » par les médias, avait quelque chose de neuf et de stimulant qui séduisit les électeurs, et il contribua à la victoire du PLD sur le Parti démocrate du Japon (PDJ). Les marchés réagirent promptement à la perspective d’un assouplissement monétaire. La valeur du yen baissa, celle des actions japonaises grimpa et l’horizon commença à s’éclaircir pour l’économie nippone.

En Occident, d’aucuns seront peut-être surpris à l’idée qu’un supposé conservateur comme M. Abe puisse adopter une ligne de conduite aussi volontariste et expansionniste, mais dans la vie politique japonaise, l’étiquette « conservateur » (hoshu) n’implique en aucun cas un engagement en faveur d’une politique du moins d’État et de non-intervention. En fait, jusqu’au gouvernement de Koizumi Jun’ichirô (2001-2006), la majorité des gouvernements libéraux-démocrates ont choisi la voie de l’expansion budgétaire, dans la tradition du Rikken Seiyûkai (les Amis de la constitutionnalité), qui exerçait son emprise sur la politique des partis dans le Japon d’avant-guerre. L’opposition « progressiste » (kakushin) était davantage encline à vouloir serrer la ceinture. Rares sont donc les Japonais qui voient une contradiction idéologique entre la réputation de « faucon » qui s’attache à M. Abe dans le domaine de la politique étrangère et sa propension à se montrer plus proche des « colombes » sur le front financier.

  • [03.06.2013]

Économiste en chef et directeur adjoint à l’Institut de recherche Sojitz. Né en 1960. Diplômé de l’Université Hitotsubashi en 1984. A été chercheur pour la société Nissho Iwai Corp. (aujourd’hui Sojitz Corp.) et membre invité de la Brookings Institution. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Amerika no ronri (La logique américaine) et Obama wa sekai o sukueru ka (Obama peut-il sauver le monde ?).

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