Dossier spécial L’efficacité de la stratégie de croissance des Abenomics
La déréglementation, clé de la nouvelle stratégie de croissance

Yashiro Naohiro [Profil]

[15.10.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية |

Grâce aux Abenomics, le Japon parviendra-t-il à sortir de longues années de déflation et à renouer avec la croissance ? La clé du succès tient dans la déréglementation. Examinons ensemble les évolutions souhaitables dans trois domaines : l’agriculture, l’urbanisme et les soins médicaux et aux personnes âgées.

Trois secteurs cruciaux : l’agriculture, l’urbanisme et les soins

La stratégie économique du gouvernement Abe, surnommée Abenomics, a reçu l’aval de la population à l’occasion des sénatoriales de juillet 2013. Cependant, la capacité de cette politique à sortir le Japon de longues années de déflation et à remettre son économie sur les rails de la croissance dépend du contenu de la nouvelle stratégie de croissance que le premier ministre doit dévoiler cet automne.

Parmi les trois piliers des Abenomics, le premier et le deuxième — si des mesures macroéconomiques portant sur les marchés monétaires et les finances publiques —dynamisent la demande, et le troisième, une stratégie structurelle d’ordre microéconomique, est censé stimuler la croissance en consolidant l’offre. Mais la déréglementation, fer de lance de la politique structurelle, n’a pas seulement pour effet d’améliorer la productivité industrielle, elle libère aussi une demande privée latente longtemps étouffée.

Dans le passé, certains services révolutionnaires comme la livraison de petits colis ou la téléphonie portable sont nés de la demande en services liée à la réforme des réglementations qui bridaient la concurrence dans les secteurs du transport routier et des télécommunications. Si les secteurs touchés par la déréglementation n’apportent pas d’amélioration à la vie quotidienne, on ne peut en attendre d’effet durable sur la croissance. Les thèmes sur lesquels peut porter la déréglementation sont innombrables, mais, entre tous, intéressons-nous à ceux qui présentent le plus important potentiel immédiat d’augmentation de la demande, à savoir l’agriculture, l’urbanisme et les soins médicaux et aux personnes âgées.

Abandon des quotas rizicoles et subventions directes

Le maintien de droits de douane élevés sur le riz constitue une question centrale des négociations du Partenariat transpacifique (TPP). Mais, alors que le Japon dispose d’un climat adéquat, d’abondantes ressources en eau, de surfaces agricoles suffisantes et d’une main-d’œuvre travailleuse, pourquoi le riz, pourtant un aliment de base, est-il si peu compétitif au niveau international, au point de rendre nécessaire de telles barrières douanières ?

D’autres pays développés protègent aussi leur agriculture, le plus souvent par des subventions aux agriculteurs. Mais peu imposent des quotas de production et font gonfler artificiellement le prix d’une denrée, comme pour le riz au Japon ; un cartel de fait qui fait payer aux consommateurs le prix de cette politique. Les riziculteurs qui se voient imposer de réduire de 40% leur production en sont eux aussi victimes. Tant que les quotas seront maintenus, ni le regroupement des parcelles ni la recherche de bénéfices par la production à grande échelle ne donneront de résultat. Les consommateurs et les producteurs sont sacrifiés à cette politique, qui a aussi un coût économique important, uniquement pour protéger les intérêts du JA, groupe des Coopératives agricoles japonaises qui tire ses principaux revenus des commissions sur le commerce du riz.

Imaginons que la politique des quotas soit rapidement abandonnée et remplacée par des subventions directes aux exploitants agricoles. Les agriculteurs produiraient autant de riz qu’ils le peuvent, ce qui ferait chuter les prix, avec pour conséquence une amélioration de la compétitivité internationale qui permettrait d’abaisser les taxes douanières. De plus, l’agriculture japonaise deviendrait une industrie exportatrice vers les marchés asiatiques en plein développement, alors que le marché national vieillissant se contracte, et le taux d’autosuffisance alimentaire augmenterait aussi.

En outre, l’arrivée sur ce secteur d’entreprises dotées de fonds importants permettrait à plus de jeunes de trouver un emploi salarié, ce qui participerait à la revitalisation des campagnes. La loi sur l’agriculture, selon laquelle « les terrains agricoles doivent appartenir à leur exploitant », ne doit pas être utilisée comme un moyen d’écarter les entreprises qui souhaitent se lancer dans le business agricole. En dépit de cette loi, de plus en plus d’agriculteurs laissent en jachère leurs terrains, et c’est plutôt à eux qu’il faudrait faire payer des amendes. L’augmentation du nombre de non-exploitants (des salariés) qui héritent de terrains agricoles et qui, dans un but spéculatif, ne les vendent ni ne les louent à des agriculteurs est emblématique des contradictions du secteur agricole japonais.

  • [15.10.2013]

Professeur invité du département de culture générale à l’Université ICU et à l’Université féminine Showa. Né en 1946 à Osaka. Diplômé en économie de l’Université de Tokyo, il intègre l’Agence de planification économique. En 1981, il obtient un doctorat en économie à l’Université du Maryland. Après avoir été économiste en chef à l’OCDE, chercheur senior au Centre japonais de recherche économique (JCER), professeur au Laboratoire en relations internationales de l’Université Sophia, président du JCER et professeur à l’université ICU, département de culture générale, il occupe son poste actuel depuis avril 2011. Auteur de Que va changer la déréglementation ? (2013, Chikuma shinsho), Le retour du néo-libéralisme (2011, Chûkô shinsho) et Economie de la réforme du marché du travail (2009, Tôyô Keizai), entre autres.

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