Dossier spécial Comment faire face à l’envolée de la dette
Comment faire avancer la réforme du système d’assurances sociales

Yashiro Naohiro [Profil]

[26.05.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Si le Japon veut réussir à assainir ses finances publiques, il doit reconsidérer le coût de la sécurité sociale, c’est-à-dire le coût de ses régimes de retraite et d’assurance médicale vieillesse. Yashiro Naohiro, professeur invité à l’International Christian University de Tokyo, présente une feuille de route pour y parvenir.

La réforme du système de sécurité sociale est la « quatrième flèche »

Le Premier mministre japonais Abe Shinzô a lancé une stratégie de croissance fondée sur les « trois flèches » des Abenomics, qui visent à relancer l’économie japonaise grâce à la stimulation de la conjoncture par des mesures financières et monétaires associées à des réformes réglementaires. Pour la faire revenir sur une orbite de croissance durable, il faut d’abord stopper la hausse continue de la dette publique et assainir les finances publiques.

Entre 1993 et 2013, en raison du vieillissement démographique, le coût de la sécurité sociale au Japon a augmenté chaque année en moyenne de 2 700 milliards de yens, alors que les revenus des cotisations ne croissaient que de 800 milliards annuellement, à cause de la faible augmentation des salaires qui sont la base des cotisations. L’État et les régions ont dû compenser par des subventions du budget des comptes généraux ce déficit annuel de presque 2 000 milliards. Mais comme les rentrées fiscales de l’État ne progressent pas lorsque l’économie stagne, cette augmentation des dépenses de sécurité sociale n’a pu être couverte que par de nouveaux emprunts d’État.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé de relever graduellement le taux de la taxe sur la consommation, en la faisant passer de 5 à 10 % entre 2014 et 2015 afin d’assainir ses finances. Mais les 13 500 milliards de yens que cette augmentation de 5 % rapportera n’auront qu’un effet temporaire, puisque, étant donné l’augmentation des dépenses, ils ne suffiront à couvrir que pendant cinq ans le déficit en perpétuelle augmentation de la sécurité sociale. À moins de réformer le système actuel non pérenne de sécurité sociale, l’État devra dépendre de nouveaux emprunts. La fiabilité des obligations d’État finira par être menacé, le Japon étant le pays avancé le plus endetté, avec une dette publique atteignant plus de deux fois son PIB.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement de M. Abe s’est fixé l’objectif de redresser à moyen terme, d’ici à 2020, les finances publiques en ramenant à l’équilibre le solde primaire. Pour y parvenir, il est indispensable de lancer dans les meilleurs délais la « quatrième flèche », celle de la réforme des dépenses de sécurité sociale, parce qu’elles sont la principale cause de l’augmentation du déficit public.

  • [26.05.2014]

Professeur invité du département de culture générale à l’Université ICU et à l’Université féminine Showa. Né en 1946 à Osaka. Diplômé en économie de l’Université de Tokyo, il intègre l’Agence de planification économique. En 1981, il obtient un doctorat en économie à l’Université du Maryland. Après avoir été économiste en chef à l’OCDE, chercheur senior au Centre japonais de recherche économique (JCER), professeur au Laboratoire en relations internationales de l’Université Sophia, président du JCER et professeur à l’université ICU, département de culture générale, il occupe son poste actuel depuis avril 2011. Auteur de Que va changer la déréglementation ? (2013, Chikuma shinsho), Le retour du néo-libéralisme (2011, Chûkô shinsho) et Economie de la réforme du marché du travail (2009, Tôyô Keizai), entre autres.

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