Dossier spécial Soixante ans d’aide publique au développement
Le nouveau visage des ONG japonaises
Vers un système intersectoriel d’assistance humanitaire

Ônishi Kensuke [Profil]

[25.09.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية |

En l’espace d’une vingtaine d’années, les organisations non-gouvernementales (ONG) japonaises ont grandement développé leurs activités dans le secteur de l’assistance humanitaire internationale et grâce à leurs efforts, le visage de l’aide japonaise à l’étranger est en train de changer. Ônishi Kensuke, qui a fondé l’une des plus importantes ONG japonaises, est aussi à l’origine d’initiatives locales et régionales de tout premier plan en faveur d’une coopération intersectorielle dans le domaine de l’humanitaire. Dans les lignes qui suivent, il fait le point sur cette question et explique la façon dont il envisage l’avenir.

La guerre du Kosovo : un tournant décisif

J’ai commencé à travailler pour des ONG, il y a tout juste vingt ans. Je me suis occupé de réfugiés dans des zones ravagées par des conflits, notamment le nord de l’Irak, l’Afghanistan et le Soudan du Sud. J’ai aussi porté secours aux victimes de catastrophes naturelles survenues au Pakistan, en Indonésie et aux Philippines. Jusqu’à présent, j’ai participé à des activités de type humanitaire dans vingt-six pays, y compris le Japon.

Depuis vingt ans, les relations entre l’aide publique au développement (APD) dispensée par le gouvernement japonais et les ONG de l’Archipel, qui travaillent à l’étranger, ont considérablement évolué. Quand je suis arrivé dans le nord de l’Irak en tant que travailleur humanitaire, le volume de l’APD dont les ONG disposaient pour les secours d’urgence était très faible. Dans le cadre de son programme de subventions des projets des ONG, le gouvernement japonais avait certes créé un système d’assistance financière, mais les fonds versés étaient minimes et les demandes, traitées avec une telle lenteur, que l’argent n’arrivait pratiquement jamais à temps sur le terrain pour régler les situations d’urgence.

Les choses ont commencé à changer en 1999, pendant la guerre du Kosovo. Obuchi Keizô (1937-2000), le Premier ministre de l’époque, était très favorable à un partenariat entre l’aide publique au développement et les ONG. Durant son mandat, le gouvernement a répondu aux appels de plus en plus pressants des organisations non-gouvernementales en instituant un système de « subventions d’urgence pour les ONG » grâce auquel les organismes à caractère non-lucratif pouvaient percevoir jusqu’à 50 millions de yens (environ 362 640 euros) par projet, dans le cadre d’une procédure accélérée de secours d’urgence à l’étranger. Je me souviens de la joie qui régnait dans notre bureau du Kosovo quand nous avons reçu en pleine nuit un coup de téléphone du ministère des Affaires étrangères nous annonçant que le nouveau système de subventions d’urgence était opérationnel.

Ônishi Kensuke avec des enfants, dans un camp de réfugiés du nord de l’Irak, en février 2013. (Avec l’aimable autorisation de Peace Winds Japan)

Une plate-forme intersectorielle d’aide humanitaire

Mais la situation était encore loin d’être idéale. J’ai donc proposé un nouveau système permettant d’associer et de coordonner les efforts du gouvernement, du monde des affaires et des organisations non-gouvernementales, et de rendre l’aide humanitaire plus adéquate et plus efficace. C’est ainsi qu’est née l’organisation d’aide humanitaire d’urgence internationale Japan Platform (JPF) qui regroupe des agences du gouvernement, des entreprises privées et des ONG.

Japan Platform est une organisation intersectorielle conçue pour optimiser la rapidité et la qualité des secours d’urgence prodigués par le Japon. Elle centralise les fonds provenant de subventions versées au titre de l’aide publique au développement et de dons effectués par des entreprises, et elle les transmet rapidement à des organisations non-gouvernementales qui s’en servent pour apporter des secours d’urgence sur le terrain. Les ONG membres de JPF contribuent elles aussi en partie au financement de leurs opérations sous la forme de cotisations de leurs membres et de dons qu’elles reçoivent. Outre qu’elle facilite la collecte des fonds nécessaires au fonctionnement de l’aide humanitaire, la plate-forme mise en place par JPF a aussi le mérite de centraliser de l’information, des compétences techniques et du personnel provenant de toutes sortes d’horizons, y compris les universités, les fondations privées et les médias.

À l’heure actuelle, quarante-huit ONG sont membres de Japan Platform. En l’espace de quatorze ans, cette organisation a versé plus de 22 milliards de yens d’aide publique au développement pour financer les actions humanitaires des ONG japonaises. De ce fait, les rapports entre l’APD et les organisations non-gouvernementales japonaises sont beaucoup plus simples et aisées qu’il y a vingt ans. Japan Platform a en outre permis au ONG de l’Archipel d’améliorer leurs performances en termes de rapidité d’intervention tout en contribuant à affirmer la présence de l’aide publique au développement japonaise dans le monde de l’aide humanitaire internationale.

  • [25.09.2014]

Né en 1967. Président de l’ONG Peace Winds Japan et membre du conseil d’administration de l’organisation d’aide humanitaire d’urgence Japan Platform (JPF). Titulaire d’une licence de journalisme obtenue en 1991 à l’Université Sophia et d’une maîtrise de politique internationale obtenue en 1995 à l’Université Bradford, en Grande Bretagne. A travaillé dans le nord de l’Irak en tant que coordinateur pour la Fondation des droits de l’homme en Asie (Foundation for Human Rights in Asia), avant de créer l’ONG Peace Winds Japan, en 1996. A participé par ailleurs à la création de Japan Platform, en l’an 2000, et à celle de l’Alliance pour la gestion des catastrophes dans la région Asie-Pacifique (APADM), en novembre 2012.

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