Dossier spécial Le renouveau régional au Japon
Déclin démographique : l’exemple de Hokkaidô

Yamazaki Mikine [Profil]

[27.02.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

D’ici 2040, 80 % des 141 municipalités de Hokkaidô devraient voir leur population diminuer d’au moins 30 %. Comment les agglomérations de l’île la plus septentrionale du Japon se préparent-elles à faire face à un problème aussi préoccupant ? Un certain nombre d’entre elles ont déjà pris des mesures tout à fait originales.

Hokkaidô, une région à part

Le Japon, dans son ensemble, est confronté à un grave problème démographique en raison du vieillissement et du déclin de sa population. La situation est particulièrement critique dans l’île de Hokkaidô, située tout au nord du pays. Celle-ci correspond en effet à la moins peuplée des 47 préfectures que compte l’Archipel, abritant à peine 4 % de sa population alors qu’elle occupe 20 % de sa superficie totale. Dans cette grande île aux conditions climatiques rigoureuses, avec d’interminables hivers très froids ponctués d’abondantes chutes de neige, les communautés sont très dispersées et la densité de la population est la plus faible du pays (66 habitants par km2).

D’après les dernières prévisions de l’Institut national de recherches sur la démographie et la sécurité sociale, la population de Hokkaidô, qui était de 5,5 millions d’habitants en 2010, devrait diminuer de façon drastique d’ici 2040 où elle ne sera plus que de 4,2 millions. Le déclin démographique touchera l’ensemble des 141 municipalités de l’île dont 80 % risquent de perdre au moins 30 % de leur population. Qui plus est, 78 % d’entre elles font partie de la catégorie – définie par le Conseil politique du Japon (Japon Policy Council) – des agglomérations qui « pourraient disparaître » parce que le nombre des femmes âgées de 20 à 39 ans y aura baissé de 50 % d’ici 2040. Si Hokkaidô n’arrive pas en tête des régions du Japon où le risque de déclin démographique est le plus élevé, elle n’en figure pas moins dans le peloton de tête des préfectures menacées. Ce phénomène est particulièrement important dans les villes qui ont connu un développement fulgurant avec l’essor de l’industrie minière et de la pêche à partir de l’époque Meiji (1868-1912), et sont à présent sur le déclin.

Le développement de Hokkaidô, une affaire d’État

L’île de Hokkaidô se distingue du reste de l’Archipel non seulement par son climat et son peuplement, mais aussi par son histoire. Le gouvernement central n’a commencé à vraiment s’intéresser au développement de cette partie du pays qu’à partir de la Restauration de Meiji (1868). En 1869, il a créé une « mission chargée du défrichement » (kaitakushi) qui a encouragé l’installation de colons et l’exploitation des ressources locales. La population de l’île, qui était de 60 000 individus au début de l’époque Meiji, a atteint 1 740 000 habitants(*1), 40 ans plus tard. Après la Seconde Guerre mondiale, la préfecture de Hokkaidô a été intégré dans le plan global de reconstruction de l’économie du pays. Il a également occupé une place prééminente dans la politique de sécurité nationale japonaise – bien que ceci n’ait jamais été dit de façon explicite –, en raison de sa position stratégique, tout près de l’Union soviétique. Pendant la Guerre froide, la défense de Hokkaidô en tant que territoire national occupé par des Japonais est devenue une priorité.

En 1950, le gouvernement japonais a promulgué une « Loi sur le développement de Hokkaidô » et créé une Agence pour le développement de Hokkaidô placée directement sous sa direction. En 1951, il a ouvert un Bureau pour le développement à Sapporo, le chef-lieu de la préfecture, qui a servi d’antenne locale pour les projets du gouvernement. En 1956, il a créé une Caisse nationale pour le développement de Hokkaidô, chargée de gérer les fonds investis par l’État. Cette institution financière a pris le nom de Caisse nationale pour le développement de Hokkaidô et du Tôhoku dès l’année suivante. Le développement de l’île après la guerre s’est déroulé en grande partie sous la houlette de ces organismes. Par ailleurs un certain nombre de pratiques déjà en usage avant la guerre ont continué, notamment l’intégration de divers crédits dans le budget de développement de Hokkaidô, et le versement de subventions préférentielles pour les projets de développement.

Dans le cadre de la politique menée par l’État japonais, des sommes très importantes – en comparaison des autres régions – ont été investies dans des projets de travaux publics, ce qui a permis un développement rapide des infrastructures de l’île. Dans le même temps, la population de Hokkaidô a continué à croître jusque dans les années 1990. C’est ainsi qu’elle a atteint 5,7 millions d’habitants à la fin du XXe siècle, un chiffre nettement plus élevé que dans d’autres préfectures excentrées du nord du Tôhoku ou du sud de Kyûshû. Hokkaidô a joué un rôle vital dans l’économie du pays, en lui fournissant non seulement des denrées alimentaires mais aussi des ressources minières, essentiellement sous la forme de charbon.

(*1) ^ Augustin Berque (professeur au Collège de France) , Dictionnaire historique du Japon (Maison Franco-Japonaise,Tokyo), fascicule VIII, page 33, article Hokkaidô. — N.d.T

  • [27.02.2015]

Né en 1967 dans la préfecture de Mie. Professeur à l’Institut des sciences politiques de l’Université de Hokkaidô depuis 2007. A effectué des études doctorales à l’Université de Hokkaidô. A été maître de conférences à la Faculté d’économie de l’Université publique de Kushiro et à la Faculté de droit de l’Université de Hokkaidô. Auteur de divers ouvrages dont Kokudo kaihatsu no jidai : sengo Hokkaidô o meguru jichi to tôchi (L’ère du développement du territoire national — Le gouvernement et l’autonomie de Hokkaidô d’après-guerre, 2006, Tokyo University Press) et « Ryôiki » o meguru bunken to tôgô : Scotland kara kangaeru (Décentralisation et intégration « territoriale » — L’exemple de l’Ecosse, 2011, Iwanami shoten).

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