Dossier spécial Les femmes dans le Japon d’aujourd’hui
Les actrices X japonaises : du personnage à la personne

Suzuki Suzumi [Profil]

[23.10.2015] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Les actrices X cherchent à la fois à rester une « fille comme les autres » et à faire progresser leur valeur marchande dans le secteur du sexe. Conscientes de la duplicité du regard porté par les hommes sur les femmes, elles apportent un éclairage sur la société masculine japonaise.

Les actrices X, des personnages à part

Pour moi qui ai fréquenté Shibuya en tant que lycéenne, puis étudiante et employée, la marchandisation du sexe m’apparaissait proche de mon monde habituel. Ce système fonctionne en effet de façon à ce que cette activité s’insère dans le quotidien des étudiantes et dans la vie des femmes au sein de la cellule familiale, universitaire ou salariée.

En particulier, la valeur marchande des lycéennes est très élevée. Certaines se contentent de manger, boire et s’amuser aux frais des hommes adultes qui recherchent leur compagnie, tandis que d’autres gagnent de l’argent de poche en se déshabillant avec le sourire face aux hommes qui les observent de l’autre côté d’une glace sans tain, et à qui elles vendent leur lingerie. Tout en ayant conscience de leur propre valeur marchande, dont elles jouent, elles se posent également des limites de sorte à se maintenir dans un cadre social accepté.

Si j’ai choisi les actrices X comme sujet d’une étude dont les résultats ont été publiés en 2013 sous le titre Sociologie des actrices X, c’est parce que la marchandisation du sexe à laquelle elles participent me semblait proche de mon quotidien, et qu’en même temps, ces femmes qui se dévoilent crûment, sans rien dissimuler, m’attiraient.

Des professionnelles fières et libres

Les actrices X sont des femmes bavardes. Dans les films pornographiques où elles apparaissent comme dans les pages des magazines, elles répondent volontiers et avec force détails aux questions sur leur parcours. Leur travail consiste à tourner des scènes de sexe devant une caméra et à attiser l’excitation des spectateurs. Mais leur activité ne s’arrête pas là : en plus des actions de promotion qu’elles assurent bien évidemment dans la presse ou diverses manifestations, leur métier implique aussi de vendre leur image aux producteurs, de participer à des réunions et de passer des castings.

Dans Sociologie des actrices X, j’ai décrit comment, à travers les castings auxquels elles participent et l’expérience qu’elles accumulent, les actrices deviennent de plus en plus chevronnées. Au fil de ces nombreux entretiens et castings, elles sont fréquemment amenées à parler de leur caractère, de leurs préférences et des raisons pour lesquelles elles ont choisi ce métier. Elles forgent ainsi leur parcours en tant qu’actrice X, peaufinent leur personnage et établissent leur position d’actrice fière et libre.

L’image habituelle de l’actrice X qui exerce ce métier par passion ne naît pas de façon consciente, pas plus que ces femmes ne sont nées avec la volonté de se livrer à cette activité ; elle est le fruit de l’organisation d’un secteur d’activité, et aussi du hasard des missions attribuées aux actrices.

  • [23.10.2015]

Née en 1983 à Tokyo, diplômée en études de l’environnement et de l’information à l’Université Keio, titulaire en 2009 d’un master en études interdisciplinaires de l’information à l’Université de Tokyo, spécialité sociologie. Auteur de Sociologie des actrices X (Seidosha, 2013) et Une passe et adieu (Gentosha, 2014).

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Les femmes japonaises et la cuisineAu Japon, le début du XXe siècle a coïncidé avec l’émergence de maîtresses de maison à plein temps chargées, entre autres tâches, de nourrir leur famille. Ces Japonaises ont bénéficié des précieux conseils d’« experts culinaires » leur proposant de les aider. Les changements survenus par la suite, notamment après la Seconde Guerre mondiale, ont profondément modifié le statut des femmes dans la société japonaise et la place tenue par la préparation des repas dans leur vie. Dans cet article, Ako Mari explique comment la cuisine familiale et les experts culinaires de l’Archipel ont évolué au fil du temps.
  • Les mères célibataires japonaisesAu Japon, le nombre des mères célibataires ne cesse d’augmenter et la vie de ces femmes qui se battent pour s’en sortir est trop souvent synonyme de pauvreté. Akaishi Chieko connaît bien le problème pour l’avoir vécu elle-même de l’intérieur. Dans les lignes qui suivent, elle donne un aperçu saisissant de la situation des Japonaises qui sont victimes non seulement de la discrimination traditionnelle hommes-femmes mais aussi de l’aggravation de la pauvreté et des inégalités en matière de salaire dans l’Archipel.
  • Les femmes japonaises face aux dures réalités du travail et du mariageLe gouvernement japonais a annoncé haut et fort qu’il a pris des mesures pour faciliter l’accès des femmes au marché du travail. Mais les Japonaises n’en restent pas moins confrontées à des difficultés spécifiques tant du point de vue économique, que de leur vie professionnelle, du mariage et de l’éducation des enfants. Dans l’article qui suit, le chercheur en études de genre Kawaguchi Akira dresse un tableau de la situation des femmes dans le Japon d’aujourd’hui et en particulier du décalage entre leurs espérances et la réalité.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone