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Interview : S.A.R le prince El Hassan bin Talal, royaume hachémite de Jordanie

Nishimura Mutsuyoshi (l'intervieweur)[Profil]

[18.09.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | العربية |

Depuis de nombreuses années, S.A.R le prince El Hassan bin Talal contribue à l’amélioration de la compréhension entre les diverses nations qui constituent la région du Proche Orient et de l’Afrique du Nord. Lors du second Forum WANA [West Asia - North Africa], hébergé par son pays, la Jordanie, il a rencontré l’ancien diplomate japonais Nishimura Mutsuyoshi pour parler avec lui des difficultés et du potentiel de la région.

S.A.R le prince El Hassan bin Talal

S.A.R le prince El Hassan bin TalalNé en 1947, le prince El Hassan est l’oncle du roi Abdallah II de Jordanie et le frère du défunt roi Hussein, sous le règne duquel il a exercé les responsabilités, notamment diplomatiques, qui vont de pair avec le titre de prince héritier de Jordanie. Après l’accession au trône du roi Abdallah II, en 1999, le prince El Hassan a continué de participer aux affaires du gouvernement jordanien en tant que proche conseiller du roi et son influence s’est exercée sur l’ensemble du Moyen-Orient. Intellectuel de grand renom, le prince El Hassan est titulaire de diplômes honoraires de nombreuses universités du monde et a joué un rôle actif au sein de diverses organisations internationales, notamment en tant que modérateur, puis aujourd’hui président émérite de la Conférence mondiale des religions pour la paix, président de la Commission consultative des politiques de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et président du Club de Rome.

Le Forum WANA (West Asia – North Africa), qui a vu le jour en avril 2009, est une instance de discussion sur les questions propres à la région englobant le Proche Orient et l’Afrique du Nord. Des intellectuels et des experts de différentes nationalités participent aux débats, qui couvrent un vaste éventails de sujets, depuis l’économie jusqu’à l’environnement en passant par l’éducation et les problèmes de société. Le quatrième Forum WANA, qui s’est tenu en 2012 et était consacré au thème de l’« identité », a regroupé quelque 70 participants en provenance de 27 pays de la région WANA, ainsi que 10 experts étrangers à la région, dont un Japonais.

Depuis sa fondation, le Forum WANA cherche des solutions pour promouvoir le développement de la région, soutenu en cela par son président, S.A.R le prince El Hassan bin Talal. C’est pendant cette période qu’a éclaté le mouvement social fascinant, baptisé « Printemps arabe », qui a fait tomber des régimes despotiques en place depuis une quarantaine d’années et posé la question de la direction que ces sociétés vont prendre à l’avenir. L’« identité » a été choisie comme thème du dernier Forum WANA dans l’idée de susciter un débat sur la façon dont la région pourrait se forger une identité commune susceptible d’encourager un développement similaire à celui que le Japon a connu après la seconde guerre mondiale. Nishimura Mutsuyoshi, ancien diplomate nippon, a interrogé le prince El Hassan sur les questions régionales et sur ce qu’il pensait de la nécessité de forger une identité capable de rassembler les Arabes et l’ensemble de la région WANA.

Les nouveaux acteurs régionaux 

NISHIMURA  En ce qui concerne le Proche Orient et l’Afrique du Nord, pourriez-vous nous exposer votre « vision » de ce à quoi cette région pourrait ressembler d’ici dix ou quinze ans ?

PRINCE EL HASSAN  Pour répondre à votre question, il faut d’abord souligner que, dans l’état actuel des choses, les locomotives ­— les locomotives économiques — de la région sont la Turquie et Israël. Bien sûr, il n’est pas exclu que l’Iran les rejoigne en parvenant à un accord avec la communauté internationale, mais pour cela, il faudra impérativement que les discussions en vue de résoudre le problème des armes de destruction massive puissent progresser, et donc que l’Iran reconnaisse cette priorité absolue sans insister sur les différends.

Ce qu’il faut, me semble-t-il, souligner, c’est que le Proche Orient est un canal entre d’une part l’Extrême Orient et le Sud de l’Asie et de l’autre l’Occident (autrement dit l’Europe et les pays de l’Atlantique Nord). Toutefois, si l’on se tourne vers l’Extrême Orient, je pense qu’il est intéressant de noter que l’attention des États-Unis est attirée par la nouvelle situation liée à l’émergence politique et économique de la Chine et la puissance que ce pays projette en mer de Chine. D’autant que la flotte chinoise est présente au Proche Orient, où elle a fait tout récemment escale dans le port saoudien de Djeddah, en mer Rouge. On assiste donc à l’arrivée de nouveaux acteurs dans la région. On constate que la Russie s’intéresse à l’oléoduc Bakou-Ceyhan, qui place la Turquie en position de force.

Et en Israël, une polarisation est apparue en termes d’identité, du fait que, même au sein de la population juive, il existe des différences selon les pays ou les régions dont les gens ont émigré. Cette polarisation a conduit à l’édification d’un mur physique entre Israël même et la population palestinienne. Et un mur s’est également dressé dans l’esprit des gens, entre les tenants de la ligne dure et les libéraux qui remettent en cause la nécessité de cette division, que certains n’hésitent pas à appeler « apartheid ».

Et tout cela se passe dans le contexte du Printemps arabe et de ce qu’on a appelé l’« Été israélien », où apparaît clairement la convergence des mécontentements qui éclatent au grand jour sous forme de manifestations de rue. Un peu partout dans le monde, des choses font surface en lien avec des questions comme les conditions de vie, les retraites, l’éducation, les finances publiques et la dignité humaine.

  • [18.09.2012]

Ancien ambassadeur du Japon pour l’environnement mondial. A occupé de nombreuses positions au cours de sa carrière au ministère des Affaires étrangères, notamment celles de directeur général du Bureau des affaires européennes et océaniques et d’ambassadeur auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques. À ses responsabilités dans le domaine environnemental à l’échelle planétaire, sont venues s’ajouter en 2002 celles d’ambassadeur en charge de la coordination de l’aide à l’Afghanistan. En 2006, il a en outre été nommé négociateur en chef pour le changement climatique, et l’année suivante conseiller spécial auprès du gouvernement pour le changement climatique. Il a participé à tous les Forums WANA depuis le premier, qui s’est tenu en 2009.

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