Approfondir le dialogue entre les civilisations grâce aux fleurs
Une interview de Kariyazaki Shogo, maître d'ikebana
[22.01.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

L'ikebana, l'art japonais de la composition florale, a une histoire longue de 550 ans. Kariyazaki Shogo, un créateur contemporain d'œuvres très personnelles ancrées dans cette longue tradition, ne se contente pas d'être actif au Japon et réalise aussi des performances à l'étranger. Nous parlons avec lui des échanges avec le monde grâce à ce médium.

Kariyazaki Shogo

Kariyazaki ShogoMaître d'ikebana, il dirige le cours Kariyazaki Shogo d'art floral. Ambassadeur de bonne volonté de l'UNESCO auprès du Service d'information pour le 150e anniversaire des relations franco-japonaises en 2008, ambassadeur des tulipes hollandaises, il a donné une performance florale à l'Exposition universelle de Shanghai et il a aussi été responsable des installations florales du Festival international du film de Rome. Les expositions présentant ses créations au Petit Palais à Paris et au Parc floral de Vincennes ont été très bien accueillies. Au Japon, il est aussi actif à la télévision et dans la presse.

La difficulté qu’ont les Japonais à briller individuellement le préoccupe

—— Monsieur Kariyazaki, vous présentez au Japon et à l’étranger des œuvres originales, différentes de l’ikebana traditionnel. Quelle a été votre démarche pour arriver à ce résultat ?

KARIYAZAKI SHOGO Tout mon travail est fondé sur la tradition japonaise de l’ikebana. C’est à partir de cette base que je recherche l’originalité et la modernité. Les Japonais ont souvent du mal à affirmer leur individualité, alors qu’à l’étranger c’est une qualité valorisée. Voilà pourquoi je cherche à en faire preuve dans mes créations.

Exposition de Kariyazaki Shogo « La renaissance des fleurs : le monde de Kariyazaki Shogo » à Tokyo

 

L’ikebana, ultime écologie

—— L’ikebana japonais traditionnel consiste à faire des arrangements simples avec des fleurs coupées. Comment les non-Japonais le perçoivent-il ?

KARIYAZAKI J’entends souvent dire que c’est une forme d’écologie ultime, parce qu’il permet à chaque branche et chaque fleur de s’exprimer. L’espace japonais, éclairé par la lumière diffuse des shôji, donne à ces arrangements une beauté indéfinissable. Dans un tel espace, un arrangement fait d’une seule fleur et d’une seule branche peut avoir un pouvoir expressif, une présence, intenses. C’est cette esthétique japonaise qui s’est transmise jusqu’à nous. Au Japon, l’arrangement floral vise à la simplicité ultime. Mais à l’étranger, il fait appel à un tel nombre de fleurs qu’on se demande parfois si c’est vraiment raisonnable. Cela explique que l’ikebana japonais est perçu dans le reste du monde comme quelque chose de tout à fait neuf.

Les fleurs, un outil de communication important

—— Vous contribuez à rendre le monde plus conscient de l’existence du Japon. Comment concevez-vous la compréhension internationale, la compréhension d’autres cultures, grâce aux fleurs ?


KARIYAZAKI Les non-Japonais aiment beaucoup les fleurs et en utilisent un grand nombre. Ils en mettent chez eux, ils en offrent. Le Japon n’a pas encore rattrapé son retard à cet égard. Je souhaite que les Japonais aient une meilleure compréhension de la valeur des fleurs. Mais je veux aussi faire en sorte que les non-Japonais s’intéressent plus à notre culture. C’est le but de mes activités.

La communication par les fleurs est très importante. Elle se perçoit en regardant les fleurs mais si on l’explique en utilisant des mots, on arrive à mieux comprendre la sensibilité de l’autre. Parce que c’est un pays insulaire, le Japon a une tendance à l’isolation, et je suis convaincu qu’il est possible de réduire cette distance avec le reste du monde grâce à la communication par les fleurs.

Exposition de Kariyazaki Shogo à Paris

—— Avez-vous remarqué une différence dans la manière dont vos œuvres sont reçues en Europe et en Asie ?

KARIYAZAKI Oui, sans aucun doute, particulièrement dans la manière dont les couleurs sont perçues. Les Asiatiques aiment le jaune et le rouge. Ces couleurs sont à leurs yeux de bon augure. Les Européens, eux, préfèrent le rose ou le violet, et les arrangements floraux élégants dans ces couleurs sont perçus comme « profonds » ou « forts ».

Contribuer à créer un système où la beauté est récompensée comme elle doit l’être

—— Vous êtres aussi un homme d’affaires qui réussit. Quelle est votre vision de cet aspect de votre personnalité ?

KARIYAZAKI Comment ça, un homme d’affaires qui réussit ? Ce qui compte à mes yeux, c’est que mes performances ou mes créations apportent du plaisir à ceux qui les voient. Pour ce qui est de l’argent, il me semble que l’idée que les gens paient une somme appropriée au plaisir qu’ils ont eu est importante, comme lorsqu’on va au musée, au concert ou au cinéma, ou au restaurant, d’ailleurs. On parle beaucoup de crise économique ces temps derniers, mais se plaindre ne fera rien avancer. Celui qui voit quelque chose de beau, qui ressent la beauté, qui en retire du plaisir, paie pour cela. Si ce système se répand, il apportera de la richesse à tous, et le Japon recouvrera sa vigueur. C’est notre but à tous, et j’ai l’intention d’y apporter ma contribution.

Interview : Harano Jôji (directeur représentatif de la fondation Nippon Communications)

 

[Vidéo] Exposition de Kariyazaki Shogo
« La renaissance des fleurs : le monde de Kariyazaki Shogo »
à l’hôtel Gajoen de Tokyo, novembre 2012

  • [22.01.2013]
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