Montrons aux Chinois le vrai visage du Japon
Une interview de Mao Danqing, éditeur d’une revue sur la culture japonaise
[07.10.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية |

Depuis la sortie en 2011 de Zhiri (Connaître le Japon), chaque numéro de ce mensuel chinois s’est vendu à au moins 50 000 exemplaires. L’homme qui est à l’origine de cette réussite est Mao Danqing, professeur d’université, écrivain célèbre et personnalité des médias en Chine comme au Japon.

Mao Danqing

Mao DanqingÉcrivain. Professeur à l’Université internationale de Kobe. Né à Pékin en 1962. Après avoir travaillé à l’Institut de philosophie de l’Académie chinoise des sciences sociales (ACSS), M. Mao est venu au Japon pour continuer ses études à l’Université de Mie. Zhiri (Connaître le Japon), une revue mensuelle d’initiation à la culture japonaise, s’adresse depuis 2011 aux lecteurs chinois.

Le professeur Mao Danqing, qui s’est donné pour mission de « montrer le vrai visage du Japon », est un blogueur populaire en Chine, son pays natal. Sur Weibo, le Twitter chinois, il a plus de 600 000 abonnés. Avec M. Mao, qui est un proche ami de l’écrivain Mo Yan, lauréat du Prix Nobel de Littérature, nous avons parlé de son affection pour le Japon et de sa volonté de présenter la culture de ce pays aux jeunes lecteurs chinois. M. Mao nous raconte sa lutte contre les idées erronées qui circulent en Chine à propos du Japon.

La première revue chinoise dédiée au Japon

MAO DANQING  Notre but et de présenter le vrai Japon à nos lecteurs. Nous avons commencé à Pékin en 2011 — au moment même de la montée des tensions consécutive à la collision entre un bateau de pêche chinois et un garde-côtes japonais à proximité des îles Senkaku. En fait, c’est le climat de méfiance et d’hystérie qui m’a donné l’idée. Je me suis dis que le besoin d’une revue attrayante et factuelle, visant à présenter aux lecteurs chinois un autre côté du Japon, différent de celui auquel les avaient habitués les médias chinois, se faisait sentir. Lorsque j’en ai parlé au jeune chinois qui est aujourd’hui notre rédacteur en chef, l’idée l’a enthousiasmé. C’est comme cela que tout a commencé. Il n’a jamais étudié le japonais, mais c’est un immense fan de Murakami Haruki. Nous avons été boire un verre et nous nous sommes tout de suite entendus. Notre revue est la première revue chinoise consacrée exclusivement au Japon et à la culture japonaise.

——Je crois savoir que les quelque dix numéros que vous avez publiés à ce jour se sont tous vendus à 50 000 exemplaires au minimum, et certains deux fois plus. Ce sont des chiffres impressionnants pour une toute jeune revue consacrée à un sujet aussi pointu.

MAO  Notre rédacteur en chef habite en plein cœur de Pékin. Il se trouve donc en parfaite position pour savoir ce que recherchent les lecteurs chinois. Il a vu de près le déroulement des manifestations anti-japonaises. Mon travail à moi consiste à dénicher des ressources et des informations ici au Japon. Mais notre ambition ne se limite pas à procurer de la distraction aux lecteurs chinois.

Consommer de la culture japonaise

Chaque numéro de la revue est construit autour d’un sujet unique. Parmi ceux que nous avons traités jusqu’ici, on peut mentionner la Restauration de Meiji, les uniformes, les chats, les voies ferrées, les monstres et la mode. À ce jour, c’est le numéro sur les chats qui s’est le mieux vendu, avec un tirage de 100 000 exemplaires. M. Mao nous dit qu’il passe des heures à fouiller dans les rayons des librairies à chaque fois que son rédacteur en chef vient au Japon. Il ajoute qu’ils sont rarement en désaccord sur ce qui mérite de figurer dans les colonnes de la revue. « L’idée est de présenter le Japon tel qu’il est », répète-t-il. « Vous ne sortirez jamais une bonne revue si vous perdez votre temps à ergoter sur chaque détail. »

Le dernier numéro est consacré au zen. L’objectif principal, nous dit M. Mao, est de parler des « valeurs universelles et d’une conscience partagée par tous les hommes », mais il admet qu’il y a aussi un autre message derrière le choix de ce sujet : « Tous les pays ont besoin d’un endroit comme les temples zen, un espace de tranquillité et de réflexion ouvert à tout le monde », dit-il.

——Les sondages suggèrent régulièrement que la méfiance et l’animosité ne font que s’aggraver entre la Chine et le Japon ? Quelle opinion les jeunes Chinois d’aujourd’hui se font-ils de la culture Japonaise ?

MAO  La culture japonaise répond à un appétit de connaissance des Chinois. Je crois que nous assistons à l’avènement d’une nouvelle ère en Chine, dans laquelle il sera vraiment important de consommer de la culture japonaise. Dans les librairies de Pékin et de Shanghai, les romans japonais occupent environ 70 à 80 % des rayons consacrés à la littérature étrangères. Les livres qui viennent du Japon sont de loin les plus populaires. Et pas seulement les romans ; cela vaut aussi pour la mode et les revues féminines. Malgré le litige à propos des îles Senkaku, il est indéniable que les jeunes et les universitaires chinois s’intéressent plus que jamais au Japon.

Nous avons sorti notre premier numéro à peine trois mois après la collision du bateau de pêche. Les gens pensaient que nous étions fous ! Mais nous avons réussi à en faire un succès, grâce à tous ceux qui nous soutiennent. Quand on s’intéresse aux relations sino-japonaises, on doit les aborder sous tous les angles, pas sous un seul.

  • [07.10.2013]
Articles liés
Autres entretiens

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone