Le Japon perçu par un malvoyant
Un Soudanais aveugle nous raconte 15 années d’immersion dans une culture étrangère
[01.10.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Surmontant sa cécité, Mohamed Omer Abdin est arrivé du Soudan à l’âge de 19 ans. Il parle aujourd’hui parfaitement le japonais et maîtrise tout aussi bien son smartphone. A travers l’ouïe, l’odorat et le toucher, comment perçoit-il le Japon ?

Mohamed Omer Abdin

Mohamed Omer AbdinNé en 1978 à Khartoum au Soudan. Malvoyant de naissance, il est frappé de cécité à l’âge de 12 ans. Après des études à la faculté de droit de Khartoum, il arrive au Japon en 1998, où il étudie le braille et l’acupuncture à l’Institut pour aveugles de Fukui. En 2001, il intègre le département systèmes informatiques de l’Institut universitaire technologique de Tsukuba, dont il sort diplômé en 2003, puis il rejoint le département de japonais de l’Université des langues étrangères de Tokyo, où il commence un troisième cycle en 2007. Dans ce cadre, il mène actuellement des recherches sur la résolution du conflit au Soudan. Il est l’auteur de Waga môsô (Ma pensée aveugle), publié en 2013 aux éditions Poplar.

Le 19 janvier 1998, un jeune homme de 19 ans arrivait dans l’archipel en provenance du Soudan. Tout ce que Mohamed Omer Abdin savait du Japon, c’était que le pays était à la pointe en matière d’électronique grand public et d’automobiles. Il ne parlait presque pas la langue, et possédait un autre handicap : malvoyant, il ne percevait que de vagues formes autour de lui.

Quinze années se sont écoulées depuis ce jour-là, et Mohamed Abdin vit toujours au Japon. Il a entre autres appris à jouer au cécifoot et est aujourd’hui l’un des attaquants les plus décisifs de l’équipe Tama Hassas, trois fois championne du Japon.

Médaille de bronze aux championnats du Japon de cécifoot en 2013.

Le Soudan et le Japon sont deux pays radicalement différents ; comment Mohamed Abdin perçoit-il ces différences ? Nous avons passé une journée avec lui.

Son quartier le plus redouté : Shinjuku, le plus apprécié : Kunitachi

« Les jours de pluie, je n’entends les sons qu’à 2 ou 3 mètres au lieu de 10, et les odeurs sont moins fortes. »

Notre journée commence dans le quartier de Kichijôji, à Tokyo, sous une pluie fine. « J’entends du bruit sur ma droite, une boutique de téléphonie mobile, peut-être ? Et ça sent le cuir neuf, il y a un marchand de chaussures. Le toit de cette galerie couverte est très haut, n’est-ce pas ? » Mohamed Abdin décrit son environnement avec une précision inattendue.

« En ville, je me repère au nez et à l’oreille : l’odeur d’un restaurant McDonald’s, le vacarme d’un centre de pachinko, par exemple. Les flux d’air et la réverbération des sons aussi constituent de précieux indices. »

Kichijôji est un quartier très prisé, toujours en tête des classements de l’endroit où les Tokyoïtes aimeraient vivre. Mais Mohammad Abdin, lui, n’apprécie guère ce quartier ; il y a trop de monde.

« A Shinjuku aussi, il y a trop d’animation, j’ai du mal à me déplacer. Je préfère éviter la foule. Si je voyais, j’apprécierais sans doute de croiser de jolies filles ! A Kanda, il flotte un parfum de friture, et à Shibuya, ça sent les égouts. Ikebukuro empeste la pisse, mais sinon, à part aux alentours des parcs, il n’y a pas tellement d’odeurs. »

Alors, quel est son quartier préféré à Tokyo ?

« Kunitachi. Dans le centre de Tokyo, les vélos qui déboulent à toute allure sur les trottoirs étroits me font peur, mais à Kunitachi, les trottoirs devant la gare sont larges, cela facilite les déplacements. C’est un quartier calme, lorsque je m’y promène, j’imagine de grandes maisons le long des rues. »

Quand Mohamed Abdin est arrivé au Japon, il n’a pas d’abord séjourné à Tokyo, mais à Fukui, une ville de province sur la côte de la mer du Japon.

  • [01.10.2013]
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