C’est à Yamagata que le monde commence à changer !
L'interprète Yamanouchi Etsuko parle du festival du film documentaire
[19.02.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Nous n’irons pas jusqu’à prétendre que la ville de Yamagata, dans la région du Tôhoku sur la façade Mer du Japon, connaisse une renommée internationale. Mais elle est de plus en plus connue, surtout depuis qu’elle abrite un festival international du film documentaire, initié il y a 25 ans. Comment un festival de cinéma, dans une ville de province, parvient-il à séduire les amateurs et les professionnels du monde entier ? Interview de Yamanouchi Etsuko, qui suit le festival bisannuel depuis sa toute première édition, et dont le métier est justement de créer des passerelles entre le Japon et le monde puisqu’elle est interprète.

Yamanouchi Etsuko

Yamanouchi EtsukoNée en 1954 dans la préfecture d’Ehime, elle a vécu plus de 25 ans à Vancouver, depuis qu’un voyage alors qu’elle était étudiante en littérature à l’Université Keiô lui a permis d’aller au Canada. Le problème des droits des immigrés asiatiques et la volonté d’étudier les mouvements des peuples premiers la fait s’engager dans des études de sociologie à l’Université doctorale de Colombie Britannique, d’où elle sort avec un doctorat. Enseignante des programmes de formation des interprètes de l’Université Simon Fraser ou de l’Institut nippo-américain des langues. Elle participe au Festival international du film documentaire de Yamagata comme interprète depuis sa création en 1989. Sur cette expérience, elle a publié en 2013 : Le cinéma envers en contre tout – Le Festival de Yamagata, aux éditions Ôtsuki Shoten. Travaille actuellement sur la traduction anglaise de son ouvrage.

Le Festival international du film documentaire de Yamagata (YIDFF) est le premier festival de ce type en Asie. Il fut créé en 1989 pour célébrer le centenaire de la municipalité de Yamagata, et depuis lors, une fois tous les deux ans, est une vitrine de promotion du film documentaire.

Une idée née à Yamagata

C’est par pur hasard que Mme Yamanouchi a été amenée à travailler comme interprète sur le YIDFF : l’agence de traducteurs où elle était inscrite avait été mandatée pour fournir le personnel d’interprétariat, rien de plus.

« En 1989, je n’avais jamais fait d’interprétariat pour un festival de cinéma, et je n’avais aucune passion particulière pour le cinéma ou le documentaire. Au début, je ne comprenais même pas tous les films qui étaient projetés. Mais je sentais la passion à fleur de peau que les réalisateurs avaient mis dans leurs films. »

Yamanouchi Etsuko (milieu) au Festival international du film documentaire de Yamagata

À l’époque, le cinéma documentaire ne trouvait pas encore sa légitimité en Asie. Les cinéastes menaient un combat solitaire pour réussir à produire leurs œuvres.

« La question du budget est un vrai problème, et une infinité d’autres questions spécifiques se posent au cinéma documentaire. Et pourtant, ces cinéastes ne ressentent pas le désir de tourner autour du pot en enrobant le sujet dans une fiction, ils veulent dire “ce n’est pas normal” quand ils voient quelque chose de choquant. Ils ne veulent pas subir la loi du plus grand nombre, mais tendre l’oreille aux paroles des minorités et trouver des solutions pour que chacun vive mieux… Le festival de Yamagata est bien plus qu’un simple festival de cinéma, c’est un lieu de rassemblement pour tous ceux qui s’entêtent à remettre les choses en question. Et ce qui m’attache tant à ce festival, c’est que cette vision du monde ressemble fort à celle que je m’efforce de développer pour moi-même. »

Mme Yamanouchi n’est manifestement pas la seule dans ce cas : le public du YIDFF partage indubitablement un sens des valeurs.

« Des cinéastes qui travaillent leur film jusqu’aux dernières limites y retrouvent un public qui a le même sens de la ténacité : “Voilà, c’est comme ça qu’il faut faire, se donner à fond à quelque chose”, c’est ici qu’on apprend cette façon d’aller de l’avant. Yamagata, c’est ça. »

  • [19.02.2014]
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