Les liens entre le Japon et le Brésil passent par l’économie et le football
Interview de M. Umeda Kunio, Ambassadeur du Japon au Brésil
[04.07.2014] Autres langues : 日本語 | ESPAÑOL |

Le Brésil concentre cette année l’attention du monde entier par la Coupe du Monde de football, mais rappelons également que l’année 2015 marquera le 120e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et le Brésil. Alors que l’attente est forte pour un renforcement des relations nippo-brésiliennes, nous avons réalisé une interview de M. Umeda Kunio, nommé Ambassadeur du Japon au Brésil depuis cette année.

Umeda Kunio

Umeda KunioNé à Hiroshima en 1954. Diplômé de la faculté de Droit de l’Université de Kyoto en 1978, il entre au Ministère des Affaires Étrangères où il occupe divers postes : Directeur de la section de politique régionale Asie, Ministre de la délégation du Japon aux Nations Unies, Ministre à l’Ambassade du Japon en Chine, Directeur de la Direction Asie Sud, avant de devenir Directeur de la coopération internationale en septembre 2012, puis d’être nommé Ambassadeur du Japon au Brésil le 28 janvier en 2014.

1,6 million de Brésiliens d’origine japonaise

Le Brésil et le Japon partagent 57 villes jumelles, un indice de l’étroitesse des liens entre les deux pays. Et pourtant, leurs relations, commencées en 1895 par la signature d’un Traité d’Amitié, de Commerce et de Navigation, n’auront que 120 ans l’année prochaine.

Le 28 avril 1908, un bateau avec 781 émigrants (158 familles) à son bord quitta le port de Kôbe et accosta dans le port de Santos le 18 juin de la même année. Depuis, en une centaine d’années, ce sont 130 000 Japonais qui ont émigré au Brésil. La population nippo-brésilienne de cinquième ou sixième génération compte aujourd’hui environ 1,6 million de personnes, ce qui fait du Brésil le pays où réside la plus importante communauté japonaise en dehors du Japon.

UMEDA KUNIO  Ma mission la plus importante pour moi au Brésil concerne la communauté d’origine japonaise au Brésil. Les Brésiliens sont très japonophiles, et cela grâce aux nippo-brésiliens, qui sont travailleurs et honnêtes, et ont su gagner la confiance des habitants de ce pays. Le produit de leurs efforts constants est un trésor pour nos deux pays.

Cependant, certains descendants de Japonais de la cinquième ou sixième génération ne parlent plus le japonais. Nous devons poursuivre nos efforts afin qu’ils puissent hériter de la culture japonaise, y compris de la langue japonaise. 

Depuis la réforme de 1989 de la loi sur l’immigration au Japon, les Brésiliens d’origine japonaise jusqu’à la troisième génération et leur famille sont accueillis sans condition. Un certain nombre de nippo-brésiliens ayant perdu leur emploi au Brésil ont profité de ces conditions pour émigrer et travailler au Japon.

UMEDA  Environ 190 000 nippo-brésiliens vivent actuellement au Japon. Pendant une période, ils étaient même 300 000, mais un tiers d’entre eux sont retournés au Brésil à la suite de la faillite de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers en 2008. Avant, le soutien de l’État et des organismes locaux en faveur des enfants de la communauté nippo-brésilienne n’était pas suffisant, mais les choses se sont beaucoup améliorées. Si ces descendants de Japonais qui résident actuellement au Japon, tout particulièrement leurs enfants, deviennent bilingues et possèdent une profonde connaissance des deux cultures, ce sera un bien merveilleux pour notre futur. Nous devons en prendre grand soin. 

Les relations économiques entre le Japon et le Brésil

— Concernant les relations économiques entre le Japon et le Brésil, quelle est la situation actuelle ?

UMEDA   Plusieurs projets symboliquement très ambitieux ont été réalisés entre les années 1950 et 1970 : des aciéries, des usines d’aluminium, des projets de développement agricole. Aujourd’hui, le Brésil est devenu un grand pays exportateur en matière agro-alimentaire, au niveau des États-Unis, et cela grâce à la coopération japonaise, qui a permis la mise en culture de la vaste région du Cerrado.

Malheureusement, du fait de la crise de la dette brésilienne des années 1980, de nombreuses entreprises japonaises se sont retirées du pays. Le Brésil s’est redressé au cours des années 1990, mais c’est au Japon que la bulle a éclaté. C’est pourquoi on parle des « deux décennies perdues » à propos des années 1980 et 1990 concernant les échanges économiques de nos deux pays.

Depuis le début du XXIe siècle, de nombreuses entreprises japonaises ont établis des projets d’investissements concrets au Brésil et ont augmenté leur personnel. Les entreprises japonaises ont compris le potentiel que représente le Brésil : la cinquième population mondiale, le septième PNB mondial, rivalisant avec le Royaume-Uni. Le quatrième marché mondial de l’automobile avec des ventes annuelles de 4 millions de voitures neuves, et le quatrième ou cinquième marché pour les appareils électriques ménagers. C’est un pays attractif en tant que marché de consommation, plus seulement pour ses ressources naturelles. Et même concernant les ressources naturelles, alors que le pétrole était le point faible du Brésil, de nouveaux gisements ont été découverts au large de Rio. 

— Combien d’entreprises japonaises sont-elles présentes au Brésil ?

UMEDA   Pas loin de 580 sociétés selon les statistiques de l’année dernière. À comparer avec les 1500 entreprises japonaises présentes en Thaïlande, les 1000 présentes en Inde. Par rapport à ces pays, il y a encore des possibilités d’augmenter la présence industrielle et commerciale japonaise au Brésil. Alors que le Brésil doit réactiver le domaine de la construction navale et l’exploitation pétrolière off-shore, la coopération avec les entreprises japonaises sera essentielle. Citons aussi des domaines comme les infrastructures, chemin de fer et constructions portuaires.

Le point le plus problématique, selon l’avis des représentants des sociétés japonaises déjà présentes concerne celui de la sécurité. Et le système fiscal est très complexe, il y a un mot pour exprimer cela, c’est le « coût Brésil ». Si le Brésil veut pleinement profiter de son potentiel, il devra engager des réformes structurelles. 

— Et il y a aussi la distance entre le Japon…

UMEDA   Il n’y a pas encore de vol direct, il faut environ 30 heures pour venir du Japon. Même si mon action en tant que diplomate est nécessairement limitée dans ce domaine, je souhaite coopérer afin que les expatriés japonais au Brésil puissent travailler en sécurité. Ce n’est pas seulement la distance physique qu’il faut raccourcir, mais aussi la distance psychologique entre nos deux pays. De ce point de vue, les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football sont deux grandes opportunités.

Le football, un lien fort entre le Brésil et le Japon

Sergio Echigo dirige des enfants dans une classe de football vers 1990, avant la fondation de la J-League.

— le Brésil a joué un rôle très important dans le développement du football japonais…

UMEDA   Quand on parle des relations nippo-brésiliennes, on ne peut pas éviter de parler football. Durant les années 1970-80, de nombreux joueurs nippo-brésiliens sont venus au Japon. Et depuis l’inauguration du championnat professionnel (J-League), de nombreux joueurs de classe internationale tels Zico, Jorginho, Leonardo, Dunga ou encore Hulk sont venus évoluer un temps au Japon. En sus de leur technique, ils ont enseigné aux joueurs japonais à avoir une attitude professionnelle, c’est l’authentique esprit du football qui s’est implanté au Japon grâce à eux.

Au niveau local, l’école de football créée par Sergio Echigo il y a plus de 30 ans a joué un rôle majeur. 600 000 enfants au total ont découvert le plaisir du football grâce à lui. Au-delà, des joueurs comme Ruy Ramos, Wagner Lopes, Alex Santos, Marcus Túlio, ont été sélectionnés dans l’équipe nationale japonaise en prenant la nationalité japonaise. Ils méritent toute notre gratitude. La mode actuelle du Futsal doit aussi beaucoup aux ressortissants brésiliens. Je pense que la meilleure façon de remercier le Brésil serait d’obtenir un bon résultat en Coupe du Monde avec l’équipe japonaise.

(Propos recueillis en japonais le 25 mars 2014 à Tokyo. Photographies de Kodera Kei)

 

  • [04.07.2014]
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