2015, dernière chance pour clore les questions mémorielles
Interview de Kawashima Shin, président du conseil de rédaction de Nippon.com
[21.01.2015] Autres langues : 日本語 | 简体字 | 繁體字 |

2015 marque le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En cette année charnière, à quels thèmes le monde et le Japon seront-ils confrontés ? Kawashima Shin, rédacteur en chef de nippon.com, fait le point.

Kawashima Shin

Kawashima ShinPrésident du conseil de rédaction de Nippon.com. Né en 1968 à Tokyo, il obtient en 1992 un diplôme de chinois à l’Université de Tokyo des études étrangères. Il étudie ensuite à l'Université de Tokyo où il passe son doctorat en histoire. D'abord maître de conférence à l'Université de Hokkaido, il occupe actuellement le même poste à l'Université de Tokyo. Auteur notamment de Chūgoku kindai gaikō no keisei (La formation de la politique étrangère chinoise moderne), 2004, et de Kindai kokka e no mosaku 1894-1925 (Vers un état moderne, 1894-1925), 2010.

Limites américaines, changement chinois

HARANO JÔJI  Quels sont les thèmes importants pour le Japon en 2015 ?

KAWASHIMA SHIN  En 2015, le président américain Barack Obama va se trouver dans une position de plus en plus délicate. L’état des finances publiques et les relations avec le parlement, entre autres, brideront son action, l’empêchant d’adopter des stratégies fortes. Dans de nombreuses questions géopolitiques, les États-Unis peinent de plus en plus à affirmer leur leadership. Mais d’un point de vue global, ils doivent apporter des réponses aux remises en question de l’ordre établi et aux profonds changements qui se font jour, notamment en Ukraine et avec l’État islamique.

D’un point de vue économique, la mise en œuvre de cadres régionaux, comme le Partenariat trans-pacifique (TPP), qui préfigurent un nouvel ordre mondial avance dans le Pacifique comme dans l’Atlantique, il s’agira de l’un des points forts de l’année. Cependant, là encore, l’évolution aux États-Unis des relations entre les diverses industries, le parlement et le gouvernement pourrait poser problème.

Dans ce contexte de difficultés américaines, l’Asie-Pacifique se trouve dans une situation particulièrement problématique. Bien entendu, la Chine pose un gros problème.

La Chine joue sur divers tableaux pour assurer son intérêt national, en recourant par moments à une diplomatie de la canonnière digne du XIXe siècle, ou bien en insistant sur des revendications territoriales qui rappellent le début du XXe siècle ou encore en s’attachant à des questions plus récentes comme la gouvernance mondiale. Inutile de préciser que le principal problème de la région Asie-Pacifique est l’attitude à adopter face à Pékin.

Face aux revendications territoriales et sécuritaires de la Chine, en particulier envers ses voisins d’Asie de l’Est, les États-Unis, dont les finances sont précaires, réorganisent leur système sécuritaire dans le Pacifique oriental, y compris au Japon : ils s’appuient sur leurs alliés, maintiennent les liens entre eux et cherchent, semble-t-il, à mettre en place un réseau de sécurité qui continuera à garantir leur supériorité.

Les États-Unis vont-ils parvenir à ériger ce système ? Lorsque Washington parle de « rééquilibrage », ce terme ne désigne pas forcément la mise en place d’un réseau de protection face à la Chine. L’objectif est d’assurer la stabilité de la zone Asie-Pacifique, et de tirer parti des richesses de cette région qui continue à se développer. Or, la stabilité est souhaitable pour ce faire, c’est pourquoi les États-Unis et leurs alliés doivent renforcer leur puissance militaire : telle est la logique qui préside.

Cependant, les alliés des États-Unis ne peuvent se fier entièrement à ce raisonnement. Parce que tout en leur laissant espérer la plus grande fermeté envers la Chine, la réalité est différente. Bien entendu, la Chine, elle, se sent encerclée, et réagit vivement. En Asie-Pacifique et dans le monde, les États-Unis, lorsqu’ils exposent leur stratégie fondée sur une logique de protection de leurs propres intérêts, doivent se demander comment elle sera perçue dans chacune de ces régions, comment ils peuvent obtenir la confiance mondiale.

La Chine aussi possède ses propres problèmes. Xi Jinping, en fonctions depuis 2012, pourrait effectuer deux mandats et rester au pouvoir dix ans ; dans deux ans, il serait alors à la moitié de son mandat. Ce sera le moment de dresser le bilan de son action, et aussi de mettre en place un style nouveau pour la deuxième moitié de sa présidence. En économie, ce style appelé la « nouvelle normalité » consiste à tendre non pas vers un taux de croissance supérieur à 10% comme jusqu’à présent, mais vers une croissance à 6 ou 7% et à la faire considérer comme normale. Il s’agit d’un changement de paradigme. Par ailleurs, le gouvernement redistribue des fonds aux régions pour obtenir l’apaisement au niveau national. Enfin, il poursuit la rationalisation de l’armée populaire de libération, sur laquelle il affermit sa main-mise. Ces orientations sont profondément liées à l’assise du pouvoir de Xi Jinping, mais on peut douter de leur effet. L’année 2015 le dira.

De plus, les mouvements pro-démocratie à Hong Kong et Taïwan vont faire de 2015 une année de nombreux défis. Quelle direction vont prendre, en Chine, les valeurs fondamentales de notre monde que sont la démocratie, la libéralisation de l’économie, la prévalence du droit ? 2015 sera une année importante pour le long terme.

  • [21.01.2015]
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