Vers quoi tourner la colère ?
Une interview de Yoshida Shûichi, auteur du roman « Ikari (Colère) »
[08.10.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Yoshida Shūichi est un romancier qui a remporté le prix Akutagawa, et dont plusieurs romans ont été portés à l’écran, à commencer par Akunin (Le Mauvais), qui a obtenu le prix d’interprétation féminine au Festival de Montréal en 2010. Nous l’avons interviewé peu de temps avant la sortie du film basé sur un autre de ses romans, Ikari (Colère).

Yoshida Shûichi

Yoshida ShûichiNé en 1968 à Nagasaki, il obtient en 1997 le prix Bungakukai du premier roman avec Saigo no musuko (Le dernier fils), puis en 2002 le prix Yamamoto Shûgorô pour Parade [traduit en français], et enfin le prix Akutagawa pour Park Life [traduit en français]. Son roman Akunin (Le Mauvais) [traduit en français], publié en feuilleton en 2007 dans le journal Asahi Shimbun a été couronné par le prix Mainichi ainsi que le prix Osaragi Jirô. Ikari (Colère), lui, a été publié en feuilleton par le quotidien Yomiuri Shimbun en 2012-2013. Plusieurs de ses romans ont été adaptés à l’écran, comme Parade par le réalisateur Yukisada Isao, Akunin, par Lee Sang-il, Sayonara keikoku, par Ômori Tatsushi, ou encore Yokomichi Yonosuke par Okita Shûichi.

Le meurtre d’une Britannique à l’origine du roman

En 2007, une jeune femme britannique qui enseignait l’anglais a été assassinée dans la ville d’Ichikawa, dans la préfecture de Chiba. Ichihashi Tatsuya, soupçonné d’être l’auteur du crime, a fui pendant trois ans dans tout le Japon en se faisant faire des opérations de chirurgie esthétique. Ce fait divers a attiré une attention considérable au Japon, notamment parce que les photos de l’avis de recherche montraient à quel point ces opérations avaient transformé son apparence. Jusqu’à son arrestation en novembre 2009, la police a reçu de nombreux témoignages, erronés pour la plupart, de gens qui croyaient l’avoir vu.

Ce fait divers a inspiré Ikari à Yoshida Shûichi, auteur de plusieurs romans ayant fait couler beaucoup d’encre, à commencer par Akunin (Le Mauvais), publié en 2007. Ikari, paru en 2014, après une première publication en feuilleton dans un quotidien, captive le lecteur par ses personnages forts, autour d’un assassinat.

Un jeune couple est assassiné en plein été à Hachiôji (banlieue ouest de Tokyo). Le meurtrier a écrit en lettres de sang le mot « colère » sur les lieux du crime. Un an plus tard apparaissent trois hommes aux origines inconnues à Tokyo, Chiba et Okinawa. Ils ressemblent tous les trois aux photos de l’avis de recherche. Lequel de trois est l’auteur du crime ? Le roman ne se focalise ni sur la psychologie du meurtrier ni sur sa fuite, mais s’intéresse aux pensées et aux actions complexes des personnes qui ont affaire à ces trois hommes. L’homme que j’aime, à qui je fais confiance est-il un assassin ?

Nous avons demandé à l’auteur, peu de temps avant la sortie du film tiré du roman, réalisé par Lee Sang-il, avec Watanabe Ken dans le rôle principal, de nous parler de l’écriture de ce roman.

Décider d’abord du lieu qui servira de cadre à l’action

Yoshida Shûichi est l’auteur d’une œuvre très variée, qui va du roman d’amour au roman criminel, en passant par la littérature pure et la littérature légère. Il explique qu’autour de l’âge de 37 ans, l’âge qu’il avait quand il a écrit Le Mauvais, sa façon de voir les choses a changé, et que l’univers de ses créations est devenu plus vaste.

Yoshida Shûichi : « avec Le Mauvais, le monde que je décris est devenu plus vaste. »

« Même si je me dis que pour mon prochain roman, je voudrais élargir mon monde, écrire telle ou telle chose, cela ne se passe pas comme je le voudrais. Je ne peux écrire que si mon monde intérieur s’élargit. J’ai eu des moments d’impatience. Quelqu’un qui se fixe pour but de courir un marathon plus vite pourra avoir recours à des méthodes d’entraînement qui, s’il les suit, lui permettront d’arriver à des temps de quatre heures, voire trois. Mais quand il s’agit d’écrire un roman, on ne peut que vivre et écrire chaque jour. Je n’ai pas eu immédiatement conscience du changement rapide qui s’est produit en moi à partir de Le Mauvais, mais aujourd’hui, j’ai la certitude que le monde que je décris est devenu plus vaste. Dix ans après mes débuts, j’étais enfin capable d’écrire un roman de ce genre. »

Chacun de ses romans a commencé avec l’idée d’un lieu. Vient ensuite la réflexion sur les personnages qui lui conviennent. Il se lance dans l’écriture avec le désir d’en savoir plus sur eux. Les lieux qu’il choisit sont souvent des endroits où il s’est rendu. Ikari se déroule dans la région Bôsô de la préfecture de Chiba, aux alentours de Shinjuku à Tokyo et sur une île isolée d’Okinawa.

Yoshida Shūichi lors d’une visite sur les lieux du tournage à Okinawaen septembre 2015. © Comité de production du film « Ikari » 2016. © Ikari Production Committee

La beauté des lieux qui servent de cadres est ce qui le frappe quand il voit les films basés sur ses romans. Dans le cas d’Akunin, il a pleinement ressenti « la beauté brute » du paysage hivernal du nord de Kyûshû dans lequel l’action se déroule, et pour Ikari, les collines qui se dressent derrière le port de Chiba, la beauté de la mer à Okinawa, et le Tokyo nocturne lui ont fait forte impression. « Les gens qui vivent dans des lieux particulièrement beaux éprouvent toutes sortes d’émotions. C’est exactement aussi ce qui me donne envie d’écrire. »

En alternant entre des épisodes qui se passent à Chiba, à Okinawa et à Tokyo, il montre qu’un incident qui se produit à ce moment-ci quelque part dans l’Archipel n’est jamais complètement sans rapport avec nous. Tout le monde peut être dans la même situation que ses personnages. Jusqu’où un être humain peut-il s’immiscer dans la vie d’un autre ? Peut-on croire à l’amitié, à l’amour ? Les personnages dans Ikari sont ainsi mis à l’épreuve.

  • [08.10.2016]
Articles liés
Autres entretiens

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone