L’univers de Shinkai Makoto, réalisateur de « Your name. »
[26.12.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

En 2016, Kimi no na wa. (Your Name.) aura été le film d'animation qui a remporté le plus grand succès au Japon. Shinkai Makoto, le réalisateur, attire actuellement tous les regards, aussi bien au Japon qu’à l’étranger. Nous l’avons rencontré pour lui demander de nous parler de sa conception du cinéma d’animation.

Shinkai Makoto

Shinkai MakotoNé dans la préfecture de Nagano en 1973. Débute en 2002 avec un premier court métrage auto-produit, Hoshi no koe. Son premier long métrage, La Tour au-delà des nuages, sort en 2004 et remporte le Prix du film d’animation, au 59e Concours de cinéma Mainichi. Ses autres films engrangent également de nombreux autres prix au Japon et à l’étranger. Le Prix du meilleur film d’animation au festival du cinéma Asie-Pacifique pour le moyen métrage 5 centimètres par seconde (2007) et le Grand Prix Lancia Platina en Italie, le Singe d’or du Festival international de cinéma en Chine pour Voyage vers Agartha (2011). En 2012, il reçoit le Prix d’appréciation du bureau de stratégie du secrétariat du gouvernement pour « les Japonais qui portent haut la voix du Japon à l’étranger ». L’année suivante, The Garden of Words obtient le Grand Prix du long métrage au festival de cinéma d’animation au festival de Stuttgart. Your Name. (2016), distribué dans 92 pays, a d’ores et déjà reçu le Prix du meilleur film d’animation au festival de Sitges en Espagne et le Prix du meilleur film d’animation de l’Association des critiques de films de Los Angeles.

Your name., le phénomène de l’année

Depuis sa sortie en août 2016 jusqu’au 18 décembre, soit 115 jours d’exploitation, Your name., le dernier film de Shinkai Makoto, a déplacé plus de 16 millions de personnes et généré 20,9 milliards de yens (environ 170 millions d’euros) de recettes au box-office, et le record monte toujours. Il est actuellement le second film le plus vu de toute l’histoire du film japonais, derrière seulement Le Voyage de Chihiro de Miyazaki Hayao.

De même, dans les pays étrangers, à Taïwan, à Hong-Kong ou en Thaïlande, le film a renversé tous les records de recette au premier week-end d’exploitation. Aux États-Unis, il est en compétition pour le 89e Prix de l’Association des critiques de films de Los Angeles dans la catégorie Films d’animation, et est pressenti pour être nominé aux prochains Oscars, dans la catégorie Meilleur film long métrage d’animation. Il sortira en salle en France à partir du 28 décembre 2016.

Your name. raconte l’histoire de Taki, un lycéen de Tokyo, et Mitsuha, une lycéenne de la montagne, qui échangent leur corps. ©2016 Your Name Film Partners

——À l’étranger, on vous a immédiatement surnommé « Le nouveau Miyazaki Hayao ».

SHINKAI MAKOTO  Mon premier film, Hoshi no koe, est sorti uniquement dans des mini-salles indépendantes. C’était un film de court métrage, d’une durée de 25 minutes, auto-produit, mais il est ensuite sorti en DVD, y compris à l’étranger. Si ma mémoire est bonne, sa première sortie à l’étranger a eu lieu lors du Comicon de San Diego. Depuis lors, tous mes films sont toujours invités dans plusieurs festivals à l’étranger à leur sortie.

Cela fait une dizaine d’années qu’on me surnomme « le nouveau Miyazaki » à l’étranger, mais je suppose que ça veut surtout dire que dans les pays étrangers, on divise les films d’animation japonais en deux catégories, les films de Miyazaki, et les autres.

Mais du fait que mes films sont tout de même différents de ceux de Miyazaki, de plus en plus de gens m’appellent plus simplement « un réalisateur de la nouvelle génération ». J’ai surtout dessiné des univers du Japon local. Dans les scènes de mes films, en décor de fond, on voit surtout des éléments très communs, voire banals du Japon : un carrefour avec feux rouges, un distributeur automatique, un train, des bâtiments urbains. Et cela crée une conscience de l’espace différente de la vue ouverte sur le monde des films du studio Ghibli, je pense.

Même maintenant, à l’étranger les gens qui aiment mes films appartiennent à une catégorie particulière de maniaque, ils appartiennent à une niche. Même si cette niche s’agrandit parce que le nombre de spectateurs augmente depuis le succès de Your name., cette essence, elle, ne changera pas.

——Cette mise en représentation du « local » est-elle l’effet d’une volonté consciente de votre part ?

SHINKAI  Je ne peux pas dessiner avec un sentiment de réel un lieu qui n’est pas lié personnellement avec moi. Mais je peux montrer mon espace de vie quotidienne, à savoir Tokyo, d’une façon légèrement différente du Tokyo que connaissent les 30 millions d’habitants de la mégalopole. Et ça, c’est ma force, c’est mon arme.

La ville de la région montagneuse dans laquelle a grandi Mitsuha, dans Your name., est un lieu fictif, mais quand je dessine ce paysage, je l’investis du sentiment de réel des paysages de Koumi-machi, dans la préfecture de Nagano, où j’ai moi-même grandi.

C’est une ville située à plus de 1 000 mètres d’altitude, entourée de pics très élevés comme le Yatsugatake, ce qui lui donne un climat avec des vents très forts, et des ciels grandioses. D’ailleurs, le radio-télescope de Nobeyama est tout proche, le ciel étoilé est superbe. Et comme je n’avais rien d’autre à regarder à la campagne, je passais une ou deux heures tous les jours ou presque à peindre le ciel à l’aquarelle. De fait, le paysage primordial des ciels de mes films est celui de la région de Shinshû.

——Quels sont les dessins animés que vous avez vus étant enfant et qui ont eu une influence sur votre style ?

SHINKAI  J’habitais à la campagne et seules trois chaînes de télévision étaient disponibles. Je me souviens avoir regardé les films d’animation présentés dans un programme qui s’appelait « World Masterpiece Theater », et aussi Le merveilleux voyage de Nils Holgersson, et puis Conan, le fils du futur, de Miyazaki Hayao. Ensuite, quand j’étais au lycée, j’ai vu Nadia, le secret de l’eau bleue, d’Anno Hideaki, que j’ai adoré et qui m’a influencé.

Mais le film qui a été un impact majeur, pour moi, c’est Le Château dans le ciel, de Miyazaki Hayao. J’avais 13 ou 14 ans, j’ai fait deux heures de train jusqu’à Ueda pour voir le film, avec mon argent de poche. J’étais complètement fasciné. « Ah, quelque chose de génial existe dans le monde… ! »

  • [26.12.2016]
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