Le gourou de l’agriculture naturelle
Kawaguchi Yoshikazu et sa confiance absolue en la nature
[26.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 |

L’agriculture moderne est-elle vraiment productive ? C’est la question que soulève Kawaguchi Yoshikazu, qui a développé son propre style d’agriculture naturelle, basée sur les principes suivants : ni labour ni sarclage, ni engrais ni pesticides. Accompagnons-le dans sa recherche d’une agriculture durable et respectueuse des ressources naturelles.

Kawaguchi Yoshikazu

Kawaguchi YoshikazuNé en 1939 dans une famille d’agriculteurs de Sakurai dans la préfecture de Nara, il travaille dans la ferme familiale dès sa sortie du collège, mais tombe malade à cause des pesticides et des engrais. Sous l’influence des travaux de Fukuoka Masanobu, précurseur d’une agriculture sans labour ni engrais, il s’attelle dès 1978 à l’élaboration de sa propre méthode d’agriculture naturelle. Également intéressé par la médecine chinoise, il est l’auteur de Vivre grâce à l’agriculture naturelle (Sôshinsha) et a dirigé la rédaction de Premiers pas dans un potager naturel (Gakken plus).

Kawaguchi Yoshikazu chez lui

Au-dessus des champs fleuris virevoltent papillons et insectes. Cette terre pleine de vie n’est pourtant pas laissée à l’abandon ; des sillons recouverts d’herbe fauchée laissent deviner la présence de la main de l’homme. Comment, dans un tel environnement, les récoltes parviennent-elles à pousser, sans engrais ni pesticide ?

« En agriculture, le plus important est de ne pas labourer. Lorsqu’on laisse faire la nature, les herbes, les insectes et les micro-organismes travaillent la terre, rendant le labour inutile. Retourner la terre détruit l’environnement de cette multitude d’insectes et d’êtres vivants ; il devient alors impossible de cultiver sans engrais, et c’est le début d’un cycle infernal.

Pour autant, l’état de chaque champ et les spécificités de chaque culture nécessitent une aide adaptée. Il faut savoir accompagner la nature, lui faire confiance, sans tenter de la dominer. Par exemple, pour éviter que les herbes folles ne grandissent plus que les cultures, on les fauche et on les laisse sur place. L’herbe sèche, les cadavres d’insectes et de petits animaux se décomposent sous l’action des micro-organismes et enrichissent le sol. Autour des cultures qui nécessitent beaucoup de nutriments, on sème les déchets organiques du quotidien – les restes de légumes du potager, la paille de riz ou de blé, le son de riz, la balle du blé, les tourteaux issus de l’extraction de l’huile des graines – qu’on laisse se décomposer naturellement. »

Les champs de M. Kawaguchi. Au printemps, les fleurs de colza se teintent de jaune.

Ne pas se laisser enfermer par des préceptes

Entre le XXe et le XXIe siècle, un certain nombre de techniques agricoles naturelles ont été mises en avant au Japon. Le pionnier de cette école est Fukuoka Masanobu (1913-2008), dont les préceptes se sont répandus dans le monde entier. En Asie du sud-est, la fabrication et la dissémination de nombreuses « boulettes de graines » composées de diverses herbes, céréales et d’une centaine de graines a permis de transformer des friches incultes en bananeraies ou en forêts. Aux Philippines, cette initiative a reçu en 1988 le prix Ramon Magsaysay. Mais au Japon, cette méthode a échoué dans de nombreux cas. Pourquoi ? M. Kawaguchi offre une réponse :

« C’est sans doute à cause d’un trop grand respect des préceptes prônant l’abandon du labour, des engrais et des pesticides et le recours aux semis directs. Par exemple, certaines cultures prennent bien lorsque les graines sont répandues directement sur le sol ou avec un système de boules de graines, mais d’autres semis ne peuvent croître correctement que s’ils sont profondément enfoncés dans la terre. Et puis, un champ non labouré évolue d’année en année, et il faut aussi tenir compte des différences de température, de climat et de terrain en fonction des régions.

Dans les régions très chaudes, par exemple, recouvrir les rizières d’une épaisse couche de paille peut provoquer le croupissement de l’eau et faire pourrir les plants de riz, ce qui les empêchera de pousser correctement. On doit s’adapter au climat, à l’état du terrain et au type de culture, plutôt que de se conformer à des règles. Il faut évaluer, accompagner et laisser faire. En respectant ces principes, là où de l’herbe pousse, la culture est possible. Parce que le blé, le riz et les légumes sont aussi de l’herbe. »

La plantation des pommes de terre, au mois de mars, dans un trou creusé à travers la couche de paille qui recouvre le sol.

  • [26.09.2017]
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