Dossier spécial La culture pop nippone se mondialise
La ville manga qui abrite les esprits japonais
Sakaiminato honore le mangaka Mizuki Shigeru
[13.04.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Mizuki Shigeru, décédé en novembre 2015, est connu pour l’extraordinaire quantité des yôkai (esprits naturels) qui hantent ses mangas. Les statues à leur effigie et autres attractions sur ce thème attirent aujourd’hui les touristes vers Sakaiminato, dans la préfecture de Tottori, ville natale de Mizuki.

1943… Un jeune soldat japonais soigne sa malaria dans un hôpital de campagne en Nouvelle Guinée quand l’infirmerie est la cible d’un raid de bombardiers américains et alliés. Il perd son bras gauche dans l’attaque, et cela ne sera que l’une des multiples rencontres avec la mort qu’il vivra pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale. Et pourtant, il a réussi à vivre 70 ans de plus, avant de s’éteindre le 30 novembre 2015, à l’âge de 93 ans.

Pendant ce temps, Mizuki Shigeru (Mura Shigeru de son nom d’état-civil) est devenu l’un des créateurs de manga les plus connus et les plus acclamés. Il est particulièrement célèbre pour la foultitude de yôkai, ou esprits naturels, qui peuplent son plus grand succès, la série Gegege no Kitaro (Kitaro le repoussant), plusieurs fois adaptée en dessin animé, la dernière en 2007-2009. La guerre a également été un thème majeur dans les mangas de Mizuki, comme c’est le cas dans Sôin gyokusai seyo ! (Opération mort), récit largement autobiographique de son expérience dans l’armée japonaise.

À la mémoire d’un géant du manga

Le 8 mars 2016, une cérémonie à la mémoire de Mizuki Shigeru a été organisée dans la ville natale de Sakaiminato, dans la préfecture de Tottori, à la date qui aurait correspondu à son 94e anniversaire, juste 100 jours après son décès. La cérémonie s’est déroulée en présence de son épouse Mura Nunoe ainsi que d’autres membres de sa famille. L’écrivain de romans fantastiques Kyôgoku Natsuhiko, dont l’intérêt pour les créatures fantastiques s’est éveillé à la lecture des mangas de Mizuki y assistait également. Des reportages vidéo et des témoignages ont retracé et exprimé avec respect la vie et l’œuvre de Mizuki Shigeru.

À gauche : Statue en bronze de Kitarô à Sakaiminato, préfecture de Tottori. À droite : Mizuki Shigeru en 2010 (© Jiji)

C’est dès sa plus tendre enfance que Mizuki apprit tout sur les yôkai, grâce à une vieille femme appelée Kageyama Fusa, qu’il appelait par son surnom de Nonnonbâ. Elle aidait à tenir la maison et s’occuper des enfants, en particulier en leur racontant des histoires du monde invisible. Dans une interview fin août 2015, Mizuki déclarait que c’était son absolue pauvreté, l’absence totale d’argent ou de nourriture à donner à ses petits protégés qui lui avait donné l’idée de partager avec eux son savoir sur le monde des esprits.

Mme Kageyama mourut alors que Mizuki était encore à l’école primaire, mais elle demeura pour lui sa vie durant sa plus importante et sa plus riche source d’inspiration. Il lui dédia l’un de ses ouvrages essentiels en 1977 dans un récit qui reprend certains de ses souvenirs de la vieille dame dans Nonnonbâ to ore (Nonnonbâ), qui connut un extraordinaire succès aussi bien au Japon qu’à l’étranger, puisqu’il fut élu le prix du meilleur album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2007. Il ne fait aucun doute que la série Kitaro le repoussant doit beaucoup à l’enseignement de la vieille dame sur les yôkai.

Naissance d’un yôkai

À son retour au Japon à la fin de la guerre, Mizuki se trouva dans de très graves difficultés. Pendant de nombreuses années, le manga ne lui offrit que de quoi survivre. Cela changea en 1960, quand il imagina une nouvelle histoire intitulée Hakaba Kitarô (Kitarô du cimetière), qui mettait en scène un garçon-yôkai, le fameux Kitarô du titre. Son père « Medama-oyaji » (« l’Œil »), un ancien mort-vivant qui revient à la vie sous la forme d’un œil à patte. Le dernier personnage principal de la série est « Nezumi-otoko » (« Ratichon »).

Mura Nunoe tenant une photographie de son époux, Mizuki Shigeru, lors de la cérémonie à l’aéroport Kitarô à Yonago, 8 mars 2016.

Le manga connut un immense succès lors de sa reprise sous un nouveau titre : Gegege no Kitarô. Ce changement de titre se justifiait par le désir de faire de la série quelque chose de plus abordable pour les enfants. Dans le même sens, l’aspect horrifique fut allégé, même s’il restait encore fortement présent. Dès cette époque, l’apparence de Kitarô était devenue celle qu’on lui connaît depuis, avec une longue mèche de cheveux couvrant son œil gauche vide. Quand une première adaptation en dessin animé fut diffusée à la télévision, Mizuki Shigeru devint un nom familier de tous les foyers du pays.

En 2010, la série télé matinale sur la chaîne NHK Gegege no nyôbo (Une épouse gegege) attira l’attention sur l’épouse de Mizuki, Nunoe. Basée sur son autobiographie, la série racontait l’histoire de leur couple, de la grande pauvreté à la gloire. Lors de la cérémonie à la mémoire de son époux, Nunoe tenait une photographie commémorative de Mizuki Shigeru et partagea ses souvenirs de son mari quand elle le regardait de dos suer sang et eau sur ses planches.

Mura Nunoe et d’autres membres de la famille du mangaka étaient également présents plus tôt le même jour pour une cérémonie à l’aéroport voisin. L’aéroport de Yonago est surnommé officieusement depuis 2010 l’aéroport Kitarô. Des statues et pièces originales autour du thème de Kitarô sont dorénavant présentes officiellement dans l’enceinte de l’aéroport, ainsi qu’une verrière colorée représentant « La forêt des yôkai », une installation représentant une baleine volante qui transporte Kitarô et d’autres personnages de la série, et un plafond nouvellement illustré.

Le nouveau vitrail et le plafond illustré de l’aéroport Kitarô à Yonago.

  • [13.04.2016]
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