Dossier spécial « Japonécologie » de la vie quotidienne
Les maisons traditionnelles japonaises, toujours d’actualité
La maison écologique par excellence, partagée par trois générations

[02.12.2011] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | االعربية |

Chez Takeuchi Akihiko, producteur de konnyaku du village de Shôwa dans la préfecture de Gunma, trois générations vivent sous le même toit dans une maison en bois construite il y a 120 ans. Prendre soin du patrimoine légué par ses ancêtres, c’est une forme d’écologie au quotidien.

Une maison impossible à construire aujourd’hui

Quand on pénètre dans la maison de Takeuchi Akihiko, 47 ans, la première chose qu’on voit est une énorme poutre noire. Elle symbolise 120 années d’histoire.

A partir de l’ère Meiji (1868-1912), les Takeuchi vendent ici de l’huile de colza, à usage alimentaire ou pour l’éclairage. Avec le développement du pétrole, la famille se tourne vers la sériciculture. Après-guerre, alors que l’industrie de la soie tombe peu à peu en désuétude, les Takeuchi se lancent dans la fabrication de konnyaku, une spécialité de la préfecture de Gunma. La maison, construite au milieu de l’ère Meiji, a été modifiée au gré de l’activité familiale, mais elle est toujours restée entre les mains des Takeuchi.

En 2005, pour accueillir ses parents âgés, Akihiko Takeuchi s’est lancé dans une rénovation de grande envergure, la première en trente ans. Au début, sa femme Satomi envisageait de garder la maison telle quelle et d’en construire une autre, moderne, à côté. Mais Akihiko a préféré continuer à vivre dans la vieille maison, celle de ses ancêtres.

Il nous explique pourquoi : “Les maisons neuves qu’on trouvait splendides à l’époque de la bulle économique sont dans un piètre état aujourd’hui, vingt ans plus tard. Les matériaux modernes vieillissent moins bien que les poutres noircies par la suie de l’irori, le foyer traditionnel. Mes souvenirs, à moi qui ai grandi ici, se perdraient dans une maison moderne. Et par-dessus tout, si on détruisait cette maison et son histoire, il serait impossible d’en bâtir une plus belle ; comment pourrais-je m’en excuser auprès de mes ancêtres ?”

Satomi est d’accord avec lui : “Ce sont les explications de l’architecte qui m’ont donné envie de continuer à vivre dans cette maison. Il nous a dit que le bois, au-delà de cent ans, devenait solide et résistant, et qu’avec quelques travaux antisismiques, nous pourrions vivre encore longtemps ici.”

Pendant trois ans, les Takeuchi ont multiplié les réunions avec Yamaki Hidefusa, le directeur du cabinet CA-LAB qui s’est occupé du projet de rénovation. Ensemble, ils ont créé la maison idéale, à la fois ancienne et moderne. La fierté des Takeuchi, ce sont les longues et solides poutres qui soutiennent la bâtisse. Les maisons modernes en bois sont construites avec du bois bien équarri, mais autrefois, les charpentiers tiraient parti de la forme des troncs d’arbre. Ici, les poutres ont bien entendu été préservées au cours de la rénovation.

Yoshishige, le père d’Akihiko, est pour sa part satisfait de constater que les portes à traverse et les trois piliers en zelkova du Japon, qu’il a fait installer, ont été mis en valeur autour du pilier central. En outre, les portes en treillis et les séparations sur lesquelles restaient des graffitis ont été poncées et réutilisées.

Le salon des Takeuchi, avec ses poutres apparentes massives, aux lignes naturelles. La grande table basse chauffante, avec un large espace pour les jambes, a été réalisée sur mesure ; elle peut accueillir toute la famille pour des moments de détente.

Une maison à vivre pour les générations futures

L’accent n’est pas seulement mis sur la réutilisation des éléments anciens. A l’étage, dans la chambre des enfants, les cloisons sont amovibles afin que la pièce évolue en accord avec la croissance des enfants. Tout est prévu pour s’adapter au mode de vie de la famille dans les années à venir.

Quand le soleil entre par les vitres des portes en treillis, Satomi goûte les joies de la vie dans une maison traditionnelle :

“On peut vivre de façon moderne dans une vieille maison. Prendre soin de ce qu’on a, s’en servir longtemps : pour nos ancêtres, c’était une évidence. J’espère que mes enfants resteront ici.”

Continuer à faire vivre une maison traditionnelle, chérir les beaux objets : c’est peut-être ça, la vraie écologie.

Photographies : Kaku Ôtaki

L’album écologique des Takeuchi :

Cliquez sur les numéros portés sur le plan pour découvrir les éléments traditionnels préservés dans chaque pièce.

1 Auvent en tuiles en verre sur la façade sud, pour la luminosité mais aussi la chaleur. La lessive sèche facilement, même à l’intérieur.

2 Devant les poutres marquant l’entrée, une extension a permis de couvrir la galerie, auparavant extérieure. Cet élément architectural traditionnel permet de recevoir confortablement les visiteurs pressés, sans les faire entrer dans la maison proprement dite.

3 Ce poêle à granulés chauffe la maison entière. Les granulés qui lui servent de combustible sont composés de résidus de sciure, séchés et compressés. Plus compact et plus pratique que le poêle à bois, il ne produit pas de fumée et ne nécessite pas de conduit d’évacuation.

4 L’architecte Yamaki Hidefusa explique que “les lignes des poutres naturelles, toutes différentes, sont impossibles à analyser avec des machines. Les artisans ne sont plus formés à bâtir une maison individuelle avec du bois non équarri.”

5 Vitre décorative de l’ère Showa, disposée en bas des escaliers pour faire entrer la lumière. Des objets antiques, qui souvent ne sont plus fabriqués aujourd’hui, sont réutilisés comme éléments de décoration.

6 La mezzanine donne une plus grande sensation d’espace avec un lattis allégé, mais il a fallu en conserver une bonne partie pour des raisons antisismiques.

7 Les montants des étagères de la magnanerie ont été réutilisés à plat pour la rambarde de la mezzanine.

8 Naoki, 15 ans, et Yamato, 9 ans, jouent à des jeux vidéo dans la chambre d’enfants. La poutre apparente a 120 ans.

Autres articles dans ce dossier
  • Protégez le mont Fuji !Le mont Fuji a enfin été élevé au rang de patrimoine mondial. Son allure majestueuse fait la fierté du Japon, mais, dans le même temps, les déchets qui s’accumulent à son pied sont un réel problème. Pour que le Fuji continue à être le paysage de référence de l’âme japonaise, il faut avant tout s’attacher à la protection de son environnement.
  • Le Japon : un pays à la pointe de l’écologieKobayashi Hikaru, ancien vice-ministre de l’environnement, propose une approche de l’écologie originale fondée sur la symbiose qui unit traditionnellement les habitants de l’Archipel et la nature.
  • La vie citadine au grand airA Tokyo, dans l’arrondissement d’Ôta, les résidents de la maison coopérative “La forêt du vent” peuvent admirer un jardin japonais depuis leur fenêtre. Dans ce bâtiment niché dans la verdure et construit de façon à faire circuler l’air, comme autrefois, le recours à la climatisation n’est guère nécessaire.
  • Un regard sur la table japonaise aujourd’huiDans ses écrits et ses conférences, M. Uotsuka Jin’nosuke, chercheur en culture alimentaire, explique comment « vivre sans créer de déchets », une technique qu’il a mis au point tout au long de nombreuses années de pratique. Son mode de vie est un cri lancé à la société de sur-consommation, et fait remonter à la surface la question : « Qu’est-ce que la vraie richesse ? »
Articles liés
  • [02.12.2011]

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Édito nippon
  • Chroniques