Dossier spécial nippon x fashion 2012
Pourquoi j’étudie la mode japonaise
Tiffany Godoy parle de l’esthétique et de l’originalité de la culture jeune du Japon
[17.02.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL |

Éloigné de tous les centres internationaux de la mode, le Japon n’en attire pas moins les regards du monde entier. Une éditrice de presse mode américaine, qui a vécu et travaillé une dizaine d’années dans le domaine de la mode au Japon, nous parle de ce qui l’a séduite dans l’originalité de l’esthétique japonaise.

Tiffany Godoy
Éditrice de presse mode, et consultante. Arrivée au Japon en 1997, elle a commencé comme éditrice presse pour Composite et Studio Voice. Écrit pour style.com, New York Times, et WWD et animatrice d’émissions de mode pour NHK WORLD TV et WOWOW. Elle a écrit et publié Style Deficit Disorder (Chronicle Books, 2007) ainsi que Japanese Goth(Universe, 2009)qui constituent à eux deux une histoire complète de la street fashion de Tokyo. Elle est également active au sein de la Créative Unit EROTYKA (avec le Directeur artistique Yonezu Tomoyuki). Depuis juillet 2010, elle a lancé le magazine The Reality Show.
Son blog : http://tiffanygodoy.droptokyo.com/blogs/

Photo : Hiropon

Quelque chose d’attirant qui n’était ni américain ni européen

— Tout d’abord, dites-nous ce qui vous a amenée à la mode, et pourquoi le Japon ?

TIFFANY GODOY  Je suis née en Californie. Mais mon père est Argentin, j’ai donc reçu une éducation internationale. Vers l’âge de 11 ans, je suis entrée dans le monde de la mode par le cinéma et la publicité. J’avais une amie dont la sœur était mannequin pour Calvin Klein. Quand j’ai eu 12 ou 13 ans, elle m’a montré des œuvres du photographe Bruce Weber. C’est à ce moment-là que j’ai été prise par l’univers créatif de l’image.

— Autrement dit, ce sont les magazines de mode qui ont été la source de votre inspiration ?

GODOY  Les magazines et les photos de mode, oui. Je trouvais les magazines étrangers à la librairie du centre commercial local. Je me souviens quand est sorti O Rio de Janerio de Weber. Je l’ai vu en boutique et ça a été un choc : « Wow, qu’est-ce que c’est que ça ?! » C’est ce qui m’a fait pénétrer dans le monde de l’image.

Ensuite, j’ai eu une idée toute simple : Paris. Pas New York. Paris. Je voulais aller à Paris. Je voulais vivre en France et je suis allée à Paris pour un an. Puis je suis retournée aux États-Unis, et j’ai rencontré des jeunes Japonais à San Francisco, des étudiants de l’Academy of Art University.

On les voyait pas mal dans les clubs aussi, je les croisais toutes les semaines. Leur look m’a complètement fascinée. Plus tard, je suis devenue leur amie et c’est ce qui a déterminé le coup d’envoi de mon intérêt pour le Japon.

— Quel aspect de leur style vous intéressait particulièrement ?

GODOY  Plusieurs choses : leur façon de superposer les vêtements, la façon dont ils osaient porter des vêtements à motifs différents. Les Américains s’habillaient de façon plutôt banale, au moins à cette époque. C’était donc une esthétique totalement différente. Ils mélangeaient les couleurs et les motifs qu’à priori j’aurais trouvés impossible à coordonner ensemble, mais eux, ils y arrivaient merveilleusement. D’ailleurs, l’un de ces amis est maintenant photographe de mode professionnel, ici au Japon.

Même leurs gestes étaient différents. Par exemple, il y avait cette fille qui tenait sa cigarette d’une façon incroyable, c’était la chose la plus monstrueusement cool que j’aie jamais vue !

J’étais attirée par tout ce genre de choses, leur look dans son entier. C’était très stimulant pour moi, car je n’avais jamais eu aucun contact avec des Japonais avant eux. Ils m’ont ouvert la porte vers un monde nouveau. J’étais fascinée et je voulais en savoir plus.

J’ai travaillé dans un club géré par une Japonaise à San Francisco et la patronne m’a invitée au Japon. Je savais que j’irais un jour ou l’autre, alors quand elle m’a proposé d’aller travailler dans son magasin à Tokyo, j’ai accepté.

— Mais ce n’était pas un travail directement lié à la mode, n’est-ce pas ?

GODOY  Non, c’était juste un moyen d’aller au Japon pour moi. Un billet gratuit ! D’autre part, un ami japonais dont j’ai fait la connaissance à San Francisco à peu près à la même époque était l’assistant de Ukawa Naohiro, le graphic designer. Il m’a présenté des gens qui vivaient dans un squat sur le campus de l’Université de Tokyo. J’ai habité là-bas un certain temps. C’était vraiment un endroit artistique, il y avait une galerie fréquentée par des artistes et des acteurs.

J’ai eu le sentiment que je devais faire quelque chose à Tokyo. J’ai fait une expostion de photos à la galerie avec un ami. J’ai envoyé le carton d’invitation aux éditeurs des magazines de mode les plus pointus du Japon. Ils sont venus à notre exposition. Une semaine après j’ai reçu un appel de l’un de ces éditeurs, il voulait me voir. Et c’est ainsi que j’ai été engagée comme éditrice pour Composite, le magazine dont il s’occupait.

Ce travail recoupait tous mes centres d’intérêt. J’avais étudié la photographie, et ce travail m’a permis de mettre ce que j’avais appris en phase avec mon amour des langues — de la communication avec les gens. Avant cela, je n’avais aucune connaissance sur ce qu’était le métier d’éditeur, mais je me suis aperçue que je pouvais juste utiliser toutes mes capacités pour un magazine pointu et cool. Et c’est comme ça que tout a commencé pour moi.

  • [17.02.2012]
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