Dossier spécial Kyôto sur la ligne de front du manga
Un nouveau monument à Kyoto : le Musée du Manga
Un lieu dédié à la communication à travers le manga
[13.06.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Depuis un certain temps déjà, non seulement le manga est devenu un aspect de la culture populaire familier d’un large public de tous âges, mais également un important domaine d’étude et de recherche. Lecteurs et amateurs de manga se font de plus en plus nombreux dans le monde entier. Dans un timing parfait pour suivre cette tendance, le Musée International du Manga de Kyôto est né en novembre 2006.

Le Musée International du Manga de Kyoto est géré conjointement par la ville de Kyoto et l’Université Kyoto Seika.

L’Université Kyoto Seika, qui abrite des études sur le manga à l’échelon international depuis près de quarante ans, a créé la première faculté mondiale de manga l’année même de l’inauguration du musée.

Le bâtiment au look rétro est une ancienne école primaire datant des débuts de l’ère Shôwa, restaurée pour abriter le musée. Quand le temps le permet, on peut également lire les mangas disponibles au prêt sur la pelouse à l’extérieur.

 

Un espace fascinant pour les adultes et les enfants

Le musée abrite environ trois cent mille documents relatifs au manga et à l’animation, ce qui fait de sa collection la plus importante du monde. Les mangas japonais modernes forment évidemment le genre le plus fortement représenté, mais sont également conservés des bandes dessinées célèbres de très nombreux pays ainsi que des documents de l’époque Meiji. Environ 50 000 ouvrages sont disponibles à la lecture.

Ceux-ci sont présentés sur « le mur de mangas », qui constitue l’une des attractions les plus remarquables du musée. Comme son nom l’indique, les mangas en rangs serrés couvrent entièrement le mur du sol au plafond, soit 200 mètres de rayonnages ! Les manga des années 1970 à 2005 classés par auteur et par année de parution.

Vous pourrez peut-être trouver parmi eux tel « manga de légende » épuisé et introuvable. Pour chercher votre favori parmi les cinquante mille volumes, un catalogue électronique à écran tactile est à votre disposition.

Un peu partout dans tout le musée, le visiteur croise des lecteurs silencieux, concentrés sur leurs mangas. Le monde du manga possède ce pouvoir d’attirer à lui adultes et enfants, qui, grâce à leur imagination, enrichissent à leur tour leur univers personnel. Une fièvre communicative qui se diffuse dans tout le bâtiment.

(Photo du haut) La « bibliothèque des enfants » présente un grand nombre d’albums pour les petits enfants. On se déchausse avant d’entrer, ce qui permet aux enfants de se sentir à l’aise. (Photo du bas) M. Danmaru, l’un des présentateurs de kamishibai de la troupe « Yassan Ichiza ».

Nombreux sont les visiteurs qui viennent en famille. « Je suis venue avec ma fille de 9 ans qui aime dessiner, pour participer à l’atelier », explique une mère de famille.

Une jeune fille de 10 ans, venue du département voisin de Shiga nous dit : « Papa voulait venir, alors je suis venue avec lui ». Bien que le lieu, agréable aussi bien pour les adultes que pour les enfants, offre une excellente occasion d’approfondir la communication entre les générations, le père de la jeune fille en question semble avoir préféré partir seul à la recherche de son manga préféré… 

« C’est l’heure du kamishibai (théâtre de papier) ! » À l’annonce accompagnée du cliquetis des hyôshigi (castagnettes traditionnelles), les enfants se précipitent à la salle de kamishibai. Dans ce lieu unique dans tout le Japon, des spectacles quotidiens de théâtre de papier. Ce spectacle de rue pour les enfants, dont le déclin fut causé par la généralisation de la télévision dans les foyers japonais à partir de 1955, est le véritable ancêtre des mangas. « Mizuki Shigeru était auteur de kamishibai avant d’être mangaka » explique un père à son fils d’un air entendu. « En fait, moi aussi c’est la première fois que j’assiste à un spectacle professionnel de kamishibai », ajoute-t-il en se grattant la tête.

Le manga favorise les échanges

M. Kojima Eiyu, instructeur à l’atelier création manga est un ancien étudiant de l’Université Kyoto Seika.

Le musée abrite également un « atelier création ». Dans une section de cet atelier, un mangaka professionnel fait la démonstration du processus de création d’un manga du début jusqu’au point final. Dans une autre section, couplée à la précédente, il est possible de demander conseil à un professionnel pour dessiner son propre manga.

« Habituellement je travaille seul enfermé chez moi. Dessiner en public et échanger avec  des personnes qui rêvent de devenir mangaka me procure un excellent stimulant », déclare M. Kojima Eiyu. Essayer de trouver une réponse à la question d’un visiteur : « que dois-je faire pour rendre mon manga plus intéressant ? » est particulièrement pertinent pour lui dont l’activité de mangaka professionnel est encore récente.

La boutique du musée propose un grand choix d’articles. Mlle Yokota Saki (à gauche sur la photo) qui se revendique otaku de manga, fait souvent le déplacement d’Ôsaka pour acheter des articles. Son style vestimentaire est influencé par le cosplay. Des événements cosplay sont d’ailleurs régulièrement organisés au musée.

Le musée agit également comme lieu d’échange entre universitaires et grand public. Le professeur Jaqueline Berndt, active dans la recherche sur les mangas à la faculté Manga de l’Université Kyoto Seika nous explique : « Toute personne intéressée est habilitée à participer aux séminaires sur les mangas organisés au musée. L’étude des mangas a tout à gagner à échanger largement avec le public. Le fait que les personnes extérieures à la communauté académique peuvent participer est hautement significatif. Je fais participer mes étudiants à ces séminaires dans le cadre de mes cours et leur demande de rédiger un rapport ».

Les ateliers, les séminaires, les collections permanentes, sans compter les expositions thématiques, les débats, etc. Autant d’événements qui enrichissent l’ensemble du musée.

Les fans étrangers enthousiastes

L’association du manga, genre représentatif de la culture japonaise populaire, et de la ville de Kyoto, renommée pour sa préservation des traditions culturelles japonaises, accroît la valeur du musée. Situé à proximité du château de Nijô et de Kyoto Gosho (ancien palais impérial), deux sites inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, il peut ainsi attirer de nombreux touristes étrangers.

« Avant de visiter Kyoto, j’ai lu un guide et j’ai ainsi découvert l’existence du Musée International du Manga, ce qui m’a fait tressaillir de plaisir », dit M. Farsam (à gauche sur la photo), un visiteur venu d’Allemagne. « J’aime bien Death Note et Gintama ». En Allemagne, à part les séries très célèbres comme Dragon Ball, les mangas sont chers. J’en emprunte souvent à la bibliothèque de ma ville. Je n’imaginais pas qu’une bibliothèque spécialisée en manga aussi gigantesque existait ! » Fan de manga japonais depuis 15 ans, sa visite du Musée International du Manga de Kyoto l’a particulièrement ému.

À ses côtés, son ami M. Sven dit : « Moi, je suis simplement venu pour l’accompagner. Mais j’ai trouvé très intéressant de pouvoir découvrir l’histoire et l’origine de la culture manga au Japon. Les différents genres et la chronologie sont expliqués en anglais, c’est très bien fait. » Lui-même n’est pas fan de manga, mais a tout de même apprécié sa visite.

Dans l’espace « Manga Expo » sont présentés environ 5 300 mangas en différentes langues. Kyoto, ville internationale, est très attentive à l’accueil des visiteurs étrangers.

De son ouverture en novembre 2006, jusqu’à mars 2012, le Musée International du Manga de Kyoto a déjà accueilli environ 1,4 millions de visiteurs. Tout en remarquant avec surprise que le manga est devenu un objet d’études savantes, les visiteurs y retrouvent un sentiment qu’ils connaissent bien : « Les mangas, c’est d’abord un plaisir ».

M. Ueda Shûzô, directeur du musée, nous dit : « Puisqu’il s’agit d’un musée, nous présentons bien sûr des documents anciens qui devraient satisfaire le public, mais l’objectif n’est pas seulement là. Grâce à l’atelier ou au kamishibai, nous souhaitons que ce lieu devienne un ba, un “agora” de communication spontanée entre les visiteurs et le musée ».

Récemment, l’accent est uniquement mis sur l’aspect « manga produit d’exportation », mais il ne faut pas oublier la dimension « culturelle » du manga, qui crée de la communication entre les gens.

Musée International du Manga de Kyoto

Adresse : Oike-agaru, Karasuma-dôri, Nakagyô-ku, Kyoto (ancienne école primaire Tatsuike)
Pour le système de navigation par GPS : Kinbuki-chô, Nakagyô-ku, Kyoto 452
http://kyotomm.jp/

■ Heures d’ouverture : de 10h00 à 18h00 (dernière admission : 17h30)
■ Fermé tous les mercredis (si un mercredi tombe un jour férié, le jour suivant), le Nouvel An, et pendant les périodes de maintenance.
■ Entrée : Adultes 800 yens ; Collégiens et lycéens 300 yens, écoliers 100 yens, gratuits pour les enfants d’âge préscolaire ( ※ les enfants d’âge préscolaire doivent être accompagné par un adulte responsable)

 

Photo : Itô Makoto
Reportage : Yata Yumiko, réalisé grâce à la collaboration du Musée International du Manga de Kyoto.

  • [13.06.2012]
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