
- Dossier spécial Promenade autour de la Tokyo Skytree
- Rues commerçantes du « shita-machi »
- Promenade dans les quartiers traditionnels au pied du nouveau monument-phare de Tokyo
- [10.08.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | االعربية |
L’achèvement de la tour Tokyo Skytree attire une foule de badauds dans les quartiers anciens des environs, les faubourgs « shita-machi » (littéralement "ville basse") encore intacts. Pour ces ruelles, dont le principal attrait tient à l’atmosphère traditionnelle et à une forte couleur locale, cet afflux de visiteurs constitue à la fois une opportunité et un défi.
Le charme populaire de la « ville basse »
Dans l’ombre de la tour Tokyo Skytree récemment inaugurée sur la rive est de la Sumida, la rue commerçante Kira-Kira Tachibana est un joyeux mélange d’échoppes familiales et de gargotes qui s’étend sur environ 500 mètres. Un après-midi de semaine, les habitants remettent le nez dehors vers 15 heures, après une averse, afin de faire leurs courses pour le dîner. Des ménagères d’un certain âge naviguent sur leur bicyclette brinquebalante. Un chat fait sa toilette, à l’abri d’un carton vide. Des voix s’élèvent d’une boutique à l’autre tandis que les commerçants plaisantent avec la clientèle.
L’un des nombreux chats du quartier sort le bout de son nez tandis que les clients réapparaissent après une averse.
Chez le marchand de yakitori Torishô, le jeune propriétaire répond à une question tout en préparant un assortiment de brochettes de poulet. « Où on s’approvisionne ? Oh, ici et là, vous savez… Le poulet vient en majorité d’Iwate. Mais croyez-moi, vous ne verrez pas la différence ! » lance-t-il en riant. « Vous voulez que je vous le réchauffe ? Bien sûr que oui… c’est meilleur chaud ! » C’est ça, le service à la sauce shita-machi, à des lieues du délicat ballet de courbettes qui attend le client dans les boutiques de luxe de Ginza, à une demi-heure de métro.
Le marchand de yakitori Torishô existe depuis plus de 50 ans. L’une de ses spécialités, les raviolis frits « gyôza au poulet », à base de différentes parties du poulet.
Ôwa Kazumichi : « Cette rue est un élément du tissu local ».
« Les zones commerçantes comme celle-ci sont l’un des fondements de la communauté locale. Nous sommes un service indispensable, au même titre que l’eau ou le gaz », explique Ôwa Kazumichi, propriétaire du magasin de prêt-à-porter Daiwa, ouvert par son père, et directeur de l’association de quartier des commerçants. « La rue est un élément du tissu local ; un élément vital dans le quotidien des habitants. Nous offrons quelque chose que les chaînes nationales et les grands magasins ne peuvent pas fournir. »
Une nouvelle étoile est née
La tour Tokyo Skytree a officiellement ouvert au public le 22 mai 2012. Plus de cinq millions de visiteurs se sont déplacés le premier mois, accueillis au pied de la tour et dans le centre commercial voisin par Sorakara-chan (la « petite fille venue du ciel »), la mascotte officielle de la tour aux joues roses et au sourire charmeur, coiffé d’une touffe de cheveux blonds en forme d’étoile. Le nombre de visiteurs devrait atteindre 32 millions dans l’année – plus qu’à Tokyo Disneyland en un an. D’après les prévisions des autorités locales, les retombées économiques de la tour Skytree devraient s’élever à 88 milliards de yens par an pour le seul arrondissement de Sumida.
La tour Tokyo Skytree vue de la gare Tôbu Hikifune. (Photo gracieusement fournie par l’office de tourisme « Visit Sumida »)
Pour l’heure du moins, les environs de la tour Skytree baignent encore dans une atmosphère « rétro » aux yeux des Japonais, avec leurs nombreux bâtiments et petits commerces inchangés depuis l’immédiat après-guerre — une éternité dans une ville qui semble inlassablement se réinventer. La nouvelle tour constitue un réel spectacle, visible à des kilomètres à la ronde. Dans les faubourgs shita-machi, où peu de grands immeubles sont capables de rivaliser avec elle, la tour Skytree est omniprésente, surgissant constamment entre les toits et les bâtiments, telle une échasse géante. Comme le mont Fuji dans les fameuses estampes du XIXe siècle représentant ces mêmes faubourgs, la tour Skytree paraît se trouver en embuscade à chaque coin de rue.
Oden : le goût surpasse nettement l’aspect visuel ! Encore un avatar de la tour Skytree.
Une série d’en-cas en forme de tour Skytree figure parmi les bonnes choses proposées par Daikokuya, une échoppe familiale qui fournit les aficionados du quartier depuis 60 ans en oden, ce ragoût de légumes, pâtés de poisson et tofu, un plat meilleur qu’il n’y paraît, le top de la street food en hiver.
On retrouve la nouvelle star du quartier quelques boutiques plus loin, chez le marchand de tofu Miyoshi Tôfu Kôbô, où un dessin original de la « Skytree » orne les paquets de tofu frais. « Dommage que vous ne soyez pas passés plus tôt », nous lance la commerçante alors que nous nous arrêtons pour prendre une photo. « Ma fille est plus photogénique que moi ! C’est son mari le patron, maintenant. Ils sont sortis en me confiant la boutique ! » Sur les murs, des posters avec les noms des cultivateurs de soja ; le marchand organise des voyages pendant lesquels les enfants du quartier vont planter du riz dans les rizières de ces agriculteurs de la préfecture de Chiba. Les liens communautaires sont nettement perceptibles.
Du tofu Skytree en vente chez Miyoshi.
Au service de la communauté locale
« Nous sommes un exemple classique de rue commerçante de quartier », explique M. Ôwa. « La plupart de nos clients vivent dans un rayon de 500 à 700 mètres. L’ouverture de la tour Skytree est peut-être l’occasion d’attirer une nouvelle clientèle. Mais, sans le soutien local, nous n’avons pas grand-chose à offrir aux gens venus d’ailleurs. Pour nous, il est vital de continuer à soigner nos liens avec la communauté locale. C’est le seul moyen de faire de Kira-Kira Tachibana un lieu qui attirera tant les habitants du quartier que les visiteurs. »
Plus loin dans la rue, des paquets de sushis sont disposés sur une table devant le restaurant de sushi Tanuki Zushi. A l’intérieur, un couple âgé est installé au comptoir, en train de préparer les barquettes. « C’est un service que nous offrons », explique la femme. « Les gens aiment bien acheter deux ou trois sushis sur le chemin du retour. Cela fait plus de dix ans que nous faisons cela. Le kohada est l’un de ceux qui se vendent le mieux », ajoute-t-elle en montrant du doigt une sorte d’alose brillante. « C’est un des sushis préférés des faubourgs. Seulement 400 yens la barquette de six ! Rapportez-en un paquet à votre femme ! »
Une cliente achète des sushis à emporter chez Tanuki Zushi. Le kohada, une sorte d’alose, et le geso (bras du calmar) sont seulement deux aperçus d’une large gamme.
M. Ôwa reconnaît que la rue commerçante comme sa clientèle commencent à vieillir, et qu’un changement de génération sera nécessaire pour maintenir le même dynamisme à l’avenir. « Nous devons tous nous adapter aux évolutions », dit-il. « C’est vrai pour une rue commerçante aussi. » La multiplication des supermarchés modernes et des centres commerciaux a transformé nombre de rues commerçantes anciennes en véritables villes fantômes. Comment Kira-Kira Tachibana va-t-elle résister aux chaînes de supermarchés et à l’arrivée de la dernière attraction nationale en date sur le pas de sa porte ?
Kira-Kira est une onomatopée qui désigne le scintillement des étoiles. Ces autocollants figurent sur les produits de la marque « Kira-Kira » dans les commerces du quartier.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de nous reposer sur nos lauriers. Nous devons nous efforcer de continuer à répondre aux besoins de la communauté. Depuis trente ans, nous organisons un marché matinal une fois par mois, et des soldes cinq fois par an. Nous faisons tout notre possible pour créer une atmosphère familiale : la fête de Tanabata en juillet et les marchés du soir en septembre sont pour les enfants des occasions de bien s’amuser. Nous travaillons aussi d’arrache-pied au développement de notre marque “Kira-Kira”. Nous avons aménagé un endroit où les clients les plus âgés peuvent se reposer en discutant avec leurs amis. Le service de “courses ambulantes” est un autre moyen pour les boutiques de répondre aux besoins des habitants âgés. Plusieurs commerçants se rendent ensemble dans les immeubles du quartier où vivent de nombreuses personnes âgées. C’est une façon de s’assurer que les anciens restent en relation avec la communauté, même s’ils ne sortent plus autant qu’avant. »
L’idée est d’offrir à la clientèle des services qu’elle ne trouvera pas ailleurs — et peut-être aussi d’encourager les jeunes à entretenir les traditions et l’esprit du quartier, afin de les perpétuer. Certains commerces familiaux ont dû fermer faute de repreneur, mais, dans de nombreux cas, la jeune génération joue un rôle crucial dans le maintien des traditions locales.
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- Une structure à la fois ultramoderne et traditionnelleLe projet de la tour Tokyo Skytree a vu le jour en 2006. Les concepteurs de l’édifice ont décidé, dès le début, de bâtir une tour ultramoderne qui soit digne de la capitale du Japon de demain tout en tenant compte des principes et de l’esthétique de l’architecture japonaise la plus ancienne.
- [10.08.2012]
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