Dossier spécial Scènes d’autrefois
Les friandises « dagashi », source d’énergie de notre enfance
[07.12.2012] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Le marchand de friandises, chez qui nous nous rendions après l’école, quelques pièces serrées dans la main. Chacun se souvient sans doute de son cœur battant devant la multitude de dagashi et de jouets dans les présentoirs. Visite nostalgique chez les dagashiya, pour renouer avec l’émerveillement de notre enfance.

Coup de projecteur sur les dagashi
A l’époque d’Edo, les confiseries fabriquées à partir de sucre raffiné étaient appelées « jôgashi » pour les distinguer des « dagashi » composés de céréales variées et de sirop de fécule. Les dagashi que nous connaissons ont, pour la plupart, pris leur forme actuelle après-guerre. Destinés aux enfants, les dagashi sont confectionnés de façon à maintenir les prix à un niveau inférieur à ceux des grands fabricants de confiserie, et vendus à l’unité, même les bonbons et les chewing-gums ; pour la plupart fabriqués de façon à se conserver longtemps, le calmar et les autres produits de la mer sont cuits dans une sauce aigre-douce, le riz enrobé de sirop de fécule, les fruits et légumes assaisonnés et colorés. Les boutiques de dagashi, les dagashiya, sont appréciées des enfants qui y trouvent un large choix à portée de leur bourse et des bonbons gagnants, avec un deuxième bonbon à la clé ! Jusque dans les années 80, on trouvait des dagashiya quasiment partout, mais leur nombre a aujourd’hui baissé, face à la multiplication des confiseries industrielles et des supérettes ouvertes 24h sur 24.

Parmi tout ce qui amène un sourire sur le visage des Japonais de plus de quarante ans et éveille en eux une véritable nostalgie, les friandises dagashi figurent en bonne place. Pendant la période de forte croissance, chaque quartier avait son marchand à l’étal toujours débordant de petits jouets et de bonbons gagnants. Les enfants, attirés par l’infinie variété de friandises vendues à des prix abordables pour eux, y allaient quasiment tous les jours. Après l’école, le dagashiya devenait le centre d’une sorte de « société miniature » pour les enfants du quartier.

Aujourd’hui, malgré une forte baisse du nombre de magasins, ces marchands existent toujours. Et avec les grossistes qui ont pris pied sur le marché de la vente par correspondance, entre autres, il est devenu plus facile de se procurer ces friandises de notre enfance.

Chez le plus ancien dagashiya de Tokyo

Le bâtiment, qui a réchappé au séisme du Kantô (1923) et à la guerre du Pacifique (1941-1945), date de la fin de l’époque d’Edo. Kamikawaguchiya, à Zôshigaya dans l’arrondissement de Toshima, Tokyo ; fermé les jours de pluie

A trois minutes à pied de la gare de Kishibojinmae, sur la ligne de tramway Toden-Arakawa. Dans l’enceinte du temple Kishimojin (ou Kishibojin), voilà plus de 230 années que Kamikawaguchiya régale les écoliers, plus précisément depuis 1781. La propriétaire actuelle, Uchiyama Masayo, est la treizième à tenir la boutique. A sa création, la confiserie Kamikawaguchiya vendait des bonbons au yuzu, un agrume d’Asie, avant de se tourner vers les friandises autour des années 60, quand il devint difficile de se procurer la matière première des bonbons. A noter : Kamikawaguchiya serait le modèle du dagashiya du film d’animation Souvenirs goutte à goutte, réalisé par le Studio Ghibli.

Cliché de 1954. A gauche, Uchiyama Masayo. Au centre, la 12e propriétaire, Yasui Chiyo.

Mme Uchiyama Masayo, la propriétaire actuelle de Kamikawaguchiya

Friandises au calmar et à la morue

Sur les présentoirs, tous les dagashi de notre enfance. Ecoutons Mme Uchiyama : « Le plus prisé, c’est le calmar. Mais le calmar, ça coûte cher. Pour obtenir un produit à prix abordable pour les enfants, on utilise de plus en plus souvent de la morue, avec un additif au goût de calmar. Comme ça, on obtient une friandise à 10 yens. Il y a aussi les bonbons gagnants à la poudre de soja grillée qui ont du succès. C’est chez le marchand de friandises que les enfants viennent faire leurs premières courses “comme des grands”. Ils hésitent, sont excités, c’est un vrai plaisir pour eux. »

Achat de bonbons kinako en compagnie de grand-mère. Bonbon gagnant !

Chaque génération a sa confiserie fétiche, mais les plus populaires sont sans doute les kinako-ame (bonbons à la poudre de soja grillé), les prunes sumomo, les sôsu-sembei (galettes de riz soufflé à la sauce), les ramune (sortes de bonbons colliers) ou encore le fu (biscuit à la farine).

Commentaire de Mme Uchiyama : « La confiture de prunes et les galettes de riz soufflé à la sauce sont très appréciées. Quand j’étais petite, le chocolat était un article de luxe et on ne pouvait pas tellement en acheter, mais maintenant, on trouve des chocolats à 10 yens. Ici, nous vendons une centaine de friandises différentes. Le sourire des enfants qui choisissent ce qu’ils vont acheter est toujours le même, à n’importe quelle époque. » Cependant, une chose chagrine Mme Uchiyama : « Les enfants sont de moins en moins nombreux à venir. Ils ne jouent plus tellement ensemble après l’école. » Certains viennent en famille, le week-end, mais ce sont davantage les parents qui sont attirés par les friandises, semble-t-il.

Les prunes au sirop, pour avoir la langue toute rouge

Umaibô, au maïs

Les bonbons kinako, toujours populaires. Bonbon gagnant si l’extrémité du bâtonnet est rouge

Friandises d’autrefois et nouvelles tendances

Inokuchi Nobukatsu, pdg du grossiste en friandises Inoguchi Shôten, commercialise aujourd’hui quelque 500 références. La plupart des articles coûtent entre 10 et 100 yens.

Ces friandises, jugées « vieillottes » en période de boom économique, avaient un peu disparu, mais aujourd’hui, elles retrouvent la faveur des consommateurs. Lorsque l’avenir est incertain, les gens se tournent volontiers vers une époque au parfum nostalgique.

D’après M. Inoguchi, « les Japonais installés à l’étranger font découvrir les friandises et jouets d’autrefois, considérés comme un pan de la culture japonaise. Nous recevons aussi des commandes de l’étranger. » Inoguchi Shôten possède d’ailleurs sa page Facebook, dans le cadre de son développement international.

Depuis quelques années, on note un certain renouveau du secteur. De plus en plus de dagashiya ouvrent leurs portes, notamment dans des centres consacrés à l’ère Shôwa et à sa culture, aujourd’hui appréciée pour son parfum « rétro ». Des « bars à friandises » ont aussi vu le jour, où l’on peut déguster les plats servis autrefois à la cantine ou boire un verre en grignotant quelques friandises. Et il n’est pas rare de trouver ces mêmes dagashi en vente au stand des fêtes scolaires. Enfin, ils sont également de plus en plus souvent offerts comme cadeau à un mariage ou lors d’une fête.

Le nombre de dagashiya a diminué, mais à Tokyo, il existe toujours une cinquantaine de magasins où l’on peut trouver ces articles. Chacun a sa spécificité : certains proposent de jouer à des jeux vidéo pour quelques pièces de monnaie, d’autres servent des monja-yaki, une sorte de galette fourrée, de la glace pilée ou des sodas en été et de l’oden, un pot-au-feu de pâte de poisson, en hiver.

Regarder les présentoirs de friandises et de jouets chez le dagashiya est un plaisir, pour les enfants comme les adultes, qui se souviennent sans doute de leur excitation quand ils peinaient à faire leur choix et de leur joie quand ils découvraient un bonbon gagnant. Dénicher l’une de ces boutiques d’autrefois, au fil d’une promenade, est un délice à partager avec les enfants et petits-enfants d’aujourd’hui.

(Photos : Yamada Shinji)

  • [07.12.2012]
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