Dossier spécial Scènes d’autrefois
Peindre les enseignes de film, un métier pas comme les autres
[20.09.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

À l’époque où chaque quartier avait son petit cinéma, contempler l'enseigne géante peinte à la main d’un nouveau film avant d’aller le voir suffisait pour que notre cœur s’emballe. Aujourd’hui, les cinémas ferment les uns après les autres. Et pourtant, pendant 60 ans, un homme a continué à peindre toutes les stars du grand écran, envers et contre tout.

Jadis, le cinéma était le roi des loisirs, il y avait des cinémas partout, dans les grandes villes comme dans les moyennes et petites villes de province. 1958 fut l’année du pic de fréquentation des salles de cinéma au Japon, avec plus de 1,12 milliard de spectateurs. À l’époque, le pays ne comptait pas moins de 7 000 salles. Cependant, à partir des années 60, la popularisation de la télévision engendra une diminution du nombre de spectateurs. En 1993, le premier complexe cinématographique ouvrit ses portes à Ebina, dans la préfecture de Kanagawa, accélérant la fermeture des petites salles. Avec la multiplication des complexes, on comptait 3 472 écrans au total en 2016, regroupés dans seulement 427 établissements. Le « petit ciné » familial de province a disparu, et avec lui l’enseigne de film peinte à la main, qui avait jusqu’alors sa place dans le paysage de la ville japonaise.

60 ans de carrière comme peintre d’enseigne de film

Avant la mode des complexes de salles, de nombreux cinémas employaient à plein temps un peintre pour leurs enseignes. M. Ôshita Takeo (75 ans), qui dirige actuellement une entreprise d’enseignes publicitaires à Mito, dans la préfecture d’Ibaraki, fut longtemps l’un d’eux. Né en 1942 dans la préfecture d’Aomori, il réalisa sa première enseigne de film à l’âge de 16 ans, dans la ville de Misawa, où se trouvait une base militaire américaine. Nombre de ses créations dans cette ville fut pour annoncer les films américains qui passaient dans le cinéma de la base.

« Les nouveaux films américains étaient projetés au cinéma de la base de Misawa avant leur distribution officielle. Les soldats de la base venaient le voir avec leurs familles. À mes débuts, j’étais assistant des employés plus anciens, et pendant qu’ils allaient boire un coup au bistrot du coin, je m’entraînais à dessiner des portraits des acteurs célèbres sur papier, à partir d’une photo dans le magazine Screen. Ensuite, je le leur montrais et ils me le corrigeaient. »

La première enseigne réalisée par M. Ôshita, pour le film Le Grand Sam avec John Wayne (titre original : North to Alaska), distribué au Japon en 1961, pour le cinéma de la base de Misawa (cliché personnel d’Ôshita Takeo).

M. Ôshita avait un concept inusable : rendre le plus ressemblant possible. Il avait toujours aimé dessiner. En première année du collège, son professeur d’arts plastiques, impressionné de le voir dessiner habilement l’image d’un poing fermé, lui donnait une feuille de papier à dessin par jour, et lui renouvelait ses couleurs dès qu’il n’en avait plus.

« Dès que j’avais un instant de libre, c’est bien simple, je me mettais à dessiner. Mais ma plus grande honte, ce fut le jour de la fête culturelle de l’école. Mes camarades m’avaient demandé de faire le portrait à l’aquarelle du proviseur, mais ce n’était pas du tout ressemblant… »

M. Ôshita aurait rêvé de devenir joueur de baseball professionnel, mais il dut trouver du travail dès la fin du collège.

« Mon père était mort à la guerre, il n’y avait plus d’argent à la maison, vous comprenez. »

Puis, à 19 ans, sur la présentation d’une connaissance, il devint peintre professionnel d’enseignes pour le cinéma Mito Tôei.

« C’était le seul cinéma géré directement par la Tôei dans toute la préfecture d’Ibaraki. À l’époque, on m’avait dit qu’avec ce métier, je n’avais plus de souci à me faire pour le restant de mes jours, j’aurais toujours du travail. »

  • [20.09.2017]
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