Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
Le bonsaï, un concentré de nature
[05.02.2013] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le bonsaï est l’art vert par excellence, qui met la nature à portée de main. De plus en plus prisé par les jeunes, il bénéficie aujourd’hui d’un retour en faveur et trouve aussi son public à l’étranger. Gros plan sur l’esthétique du bonsaï.

Depuis quelques années, les bonsaï sont de plus en plus présents dans notre environnement. Dans les restaurants, les boutiques et les magasins d’ameublement fréquentés par les jeunes, les mini bonsaï(*1), qui tiennent dans la paume de la main, font partie intégrante de la décoration. Sur le coin d’un bureau, ils sont sans aucun doute une source de relaxation pour de nombreux travailleurs aux yeux fatigués par l’écran de leur ordinateur. Autrefois considérée comme un passe-temps de retraité, la culture des bonsaï compte aujourd’hui de plus en plus d’adeptes, sur un mode plus léger.

L’art d’apprécier les bonsaï

Houx caduc

Pour profiter pleinement des bonsaï, mieux vaut avoir en tête quelques notions de base.

Tout d’abord, le bonsaï est une œuvre d’art intégrant à la fois le contenant — bon, le pot — et le contenu — saï, la plante. Il convient de ne pas regarder seulement l’arbre, mais de s’attacher à l’harmonie entre la plante et le pot. Cet accord, qu’on désigne sous le terme de hachi-utsuri, est un élément-clé de l’évaluation de la beauté du bonsaï. C’est là une différence de taille avec le jardinage classique. Par exemple, on choisit généralement pour les bonsaï au feuillage persistant(*2) des pots en terre non émaillée, et pour les bonsaï caducs(*3) des pots vernissés à la surface brillante. La couleur du pot doit aussi mettre le bonsaï en valeur, par exemple avec du bleu pour un arbre aux fruits rouges.

Deuxième point : un bonsaï a un côté « face ». Il s’agit de l’angle qui le met le mieux en valeur. Normalement, une plante peut être admirée sous n’importe quel angle, de devant ou de derrière, d’en haut ou d’en bas, d’un côté ou de l’autre ; mais le bonsaï, lui, est cultivé pour être admiré de face. La disposition des racines, les motifs du tronc, la position des branches et la silhouette de l’arbre, entre autres, sont les éléments qui permettent de déterminer quel est le côté « face ». Cet angle n’a d’ailleurs rien d’immuable, il peut varier en fonction de l’évolution de l’arbre. Un bonsaï est un paysage, créé avec des ciseaux(*4) et du fil de fer(*5) en lieu et place des pinceaux : il est à contempler de face.

Bonsaï, rouleau suspendu et pierres naturelles forment un tout qui orne cette alcôve.

Troisièmement, le bonsaï s’admire en intérieur. Il orne le tokonoma, l’alcôve décorative d’une pièce, ou trône sur un socle posé directement sur les tatamis. Aujourd’hui, il agrémente de plus en plus souvent le salon, la cuisine ou un bureau. Au Japon, on se déchausse avant d’entrer dans une pièce. Dans le même esprit, le pied du bonsaï est recouvert de mousse afin de dissimuler la terre, pour plus de propreté. Cependant, à la différence des plantes d’ornement, le bonsaï demande à être mis au soleil et arrosé plusieurs fois par jour, ce qui ne permet pas de le garder continuellement à l’intérieur.

Le charme discret du bonsaï

« Le véritable plaisir dans la culture du bonsaï, c’est de créer un paysage naturel à travers le bonsaï », explique Yamamoto Junsan, auteur de nombreux livres sur cet art. « Face à un magnifique bonsaï, on se perd dans la contemplation de l’arbre. On y retrouve le passage des saisons, le bruissement du vent, l’inspiration qui monte de la Terre nourricière, et le spectacle de la beauté de la nature dont l’expérience est gravée en nous se dresse sous nos yeux. »

A propos de l’essence du bonsaï, méditons cette citation tirée de Smaller is better—miniaturisation et productivité japonaises(*6), un essai majeur sur la culture japonaise : « Nous ne nous abîmons pas dans la contemplation d’un arbre miniature, nous convoquons mentalement la mer et la brise marine qui ont sculpté cette forme ».

En haut, genévrier de Chine (à gauche) et buisson ardent (à droite). En bas, fusain (à gauche) et cryptoméria (à droite).

Dans le même ouvrage, on trouve le passage suivant sur l’essence du haïku : « La spécificité du haïku ne réside pas seulement dans sa qualité de poésie courte. La volonté de concentrer, de réduire le monde, si vaste et confus, en créant pour ainsi dire un minuscule géant, c’est là l’esthétique unique du haïku. » Bien entendu, cette esthétique se retrouve aussi dans l’art du bonsaï.

  • [05.02.2013]
Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Le nouveau musée Hokusai de Tokyo « The Sumida Hokusai Museum »Un nouveau musée, le Sumida Hokusai Museum, consacré à Katsushika Hokusai, l’un des plus célèbres artistes de l’époque d’Edo, vient d'ouvrir ses portes. Il est situé dans le quartier de Sumida, près de la station du JR et du métro Ryôgoku, à quelques minutes à pied du Stade national de sumô (Kokugikan) et du Musée Edo-Tokyo.
  • Le cartable japonais « randoseru » s'exporteDes écoliers du primaire arborant fièrement sur leur dos un « randoseru » tout beau tout neuf : voilà une scène printanière typique au Japon. Aussi bien les Japonais que les étrangers se retournent sur le passage de ces enfants espiègles, équipés du cartable à bretelles qui leur fera sans bouger les six années de leur scolarité élémentaire.
  • Robert Soanes : un artisan restaurateur d’armures de samouraïL’Anglais Robert Soanes est un spécialiste de la restauration et de la conservation des armures de samouraï, des sabres et autres antiquités japonaises. Nippon.com lui a rendu visite chez lui, en Angleterre, dans la station balnéaire de Brighton.
  • Aoki Akio, le « dieu des feux d’artifice » des temps modernesDepuis l’époque d’Edo, les maîtres artificiers japonais (hanabishi) rivalisent à qui mieux mieux pour créer des feux d’artifice plus extraordinaires les uns que les autres. Le photographe Izumiya Gensaku nous présente Aoki Akio, un des plus grands spécialistes d’art pyrotechnique du XXIe siècle.
  • La technique de l’estampe ukiyo-e transmise aujourd’hui par les artisansThe Adachi Institute of Woodcut Prints (La Fondation Adachi) reproduit plus de 1200 chefs-d’œuvre des grands maîtres de l’estampe japonaise, comme Hokusai, Utamaro, etc.. Reportage d’une française, spécialiste en histoire de l’art du Japon, qui s’est rendue dans cet atelier où la technique de fabrication des estampes est la même depuis l’époque d’Edo.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone