Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
Cai Guo-Qiang : un artiste plasticien chinois profondément influencé par le Japon

Demura Kôichi (texte)[Profil]/Izumiya Gensaku (photo)[Profil]

[14.07.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Cai Guo-Qiang est un artiste plasticien chinois de renommée mondiale qui a la particularité d’avoir vécu au Japon de 1986 à 1995. C’est là qu’il a commencé à explorer les propriétés picturales de la poudre à canon et à réaliser des œuvres pyrotechniques (« événements explosifs ») devenues par la suite sa marque de fabrique, sa « signature ». Quelle place le Japon occupe-t-il dans le travail étroitement lié à la culture, l’histoire et la pensée de la Chine de Cai Guo-Qiang ? C’est la question à laquelle l’éditeur Demura Kôichi se propose de répondre dans le présent article.

Un artiste contemporain d’envergure internationale

Cao Guo-Qiang s’est intéressé dès sa jeunesse à la poudre à canon et aux feux d’artifices et il a ouvert la voie à une nouvelle forme d’art dans laquelle personne ne s’était aventuré jusque-là. Après un séjour au Japon de près de dix ans où sa carrière a pris un tournant décisif, il a commencé à exposer ses œuvres dans le monde entier. Cao Guo-Qiang est à présent une super star de l’art contemporain.

Mermaid (Sirène). Projet réalisé dans le cadre de la Triennale d’Aichi de 2010. Poudre à canon sur papier traditionnel japonais (washi). 300 x 1 600 cm. © Cai Guo-Qiang (Photo : Izumiya Gensaku)

Du 11 juillet au 18 octobre 2015, le Musée d’art de Yokohama a consacré une grande exposition personnelle intitulée Kikyorai (De retour) à Cai Guo-Qiang. On a pu y admirer des œuvres témoignant d’une intention de la part de l’artiste de retourner dans le pays où sa carrière a commencé, de reprendre contact avec la culture et l’esprit de l’Orient et du Japon, et de retrouver l’essence de son art.

Une carrière qui a débuté au Japon avant de s’étendre au monde entier

Cai Guo-Qiang signe une œuvre réalisée dans le cadre d’Editions for SMoCA, à l’occasion de l’inauguration du SMoCA (Snake Museum of Contemporary Art) d’Iwaki, dans la préfecture de Fukushima. Poudre à canon sur tuile. 25,5 x 25,5 x 0,8 cm. © Cai Guo-Qiang (Photo : Izumiya Gensaku)

Cai Guo-Qiang est né en 1957 à Quanzhou, une ville du sud de la Chine, située dans la province du Fujian. Il a fait des études de scénographie à l’École de théâtre de Shanghai. En 1986, il s’est rendu au Japon et inscrit à l’Université de Tsukuba. Installé à Tokyo, puis à Iwaki (préfecture de Fukushima), il a débuté sa carrière artistique. Cai Guo-Qiang s’est mis à dessiner en faisant brûler de la poudre à canon sur du papier traditionnel japonais (washi) et son travail a immédiatement attiré l’attention. Il a réalisé une série d’« événements explosifs » en plein air de grande envergure intitulée Project for Extraterrestrials (Projet pour les extraterrestres). Ces « événements » se sont déroulés un peu partout au Japon, en particulier à Fukuoka, dans l’île de Kyûshû, à l’occasion de Hijôguchi (Sortie de secours), une exposition d’artistes d’avant-garde chinois organisée en 1991.

En 1995, Cai Guo-Qiang s’est installé à New York et il a étendu ses activités à l’Europe, l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Est et l’Amérique du Sud. En 1999, il a obtenu le Lion d’or de la Biennale de Venise, un prix prestigieux qui a été suivi par de nombreux autres. En 2001, il a assumé la fonction de directeur artistique de la cérémonie de clôture du sommet de l’APEC (Coopération économique pour l’Asie-Pacifique) de Shanghai. Et en 2008, il a officié en tant que directeur des effets visuels et spéciaux des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Pékin. La retransmission télévisée dans le monde entier de ces manifestations grandioses a encore contribué à la notoriété de l’artiste.

Une vision du monde originale héritée de la Chine

Dans son travail, Cai Guo-Qiang expérimente constamment de nouvelles techniques tout en y incorporant des éléments empruntés à la culture chinoise, notamment le fengshui(*1) et la médecine traditionnelle. Ce parti-pris procède d’un désir de ne pas se laisser emporter par les tendances artistiques contemporaines occidentales. L’art de Cao Guo-Qiang se caractérise par une liberté sans retenue qui va de pair avec le comportement décontracté de l’artiste et touche tout naturellement les spectateurs.

Le catalogue de l’exposition Kikyorai contient un texte autobiographique intitulé 99 monogatari (99 histoires). Cai Guo-Qiang est très attaché au chiffre 9 qui, dans la cosmologie chinoise, est celui de la naissance et de la renaissance, tandis que son redoublement (99) est synonyme de cycle infini. Dans 99 monogatari, l’artiste raconte des anecdotes qui n’ont en apparence pas grand-chose à voir avec l’art contemporain mais éclairent singulièrement son travail. Il y est entre autres question de souvenirs datant du temps de sa jeunesse à Quanzhou, sa ville natale, où le fengshui allait de soi. De l’amour profond que lui portaient ses parents et ses grands-parents. De femmes chamanes expertes en matière de rituels magiques (kitô), de fantômes, d’ermites et de séances d’interprétation des rêves dans un temple taoïste.

Mermaid (Sirène). Réalisé dans le cadre de la Triennale d’Aichi de 2010. 300 x 1 600 cm. Poudre à canon sur papier japonais (washi). © Cai Guo-Qiang (Photo : Izumiya Gensaku)

(*1) ^ Fengshui (littéralement « vent et eau »). Art de vivre fondé sur le taoïsme et en particulier la cosmogonie traditionnelle chinoise et la polarité du yin et du yang. Il est censé contribuer à une meilleure harmonie entre l’homme et son environnement.

  • [14.07.2017]

Éditeur et rédacteur en chef. En 1970, il a commencé à travailler pour les éditions Bijutsu shuppansha en tant que membre de l’équipe éditoriale de la revue Bijutsu techô (Cahier de l’art) et en tant que rédacteur en chef de Design no genba (Le Design in situ). En 1990, il a créé son propre bureau d’édition. Ses travaux d’édition comprennent, entre autres, deux revues publiées par Bijutsu shuppansha – Atarashii Kyoto eki (La Nouvelle gare de Kyoto) et Kami no dai hyakka (La Grande encyclopédie du papier) – ; Fuku o maneku omamori gashi (Les Sucreries porte-bonheur) paru chez Kôdansha. (Photo : Oku Masahiro)

Photographe. Né dans la préfecture d’Akita en 1959. Il a fait les prises de vues de « L’Arc-en-ciel mouvant » de l’artiste contemporain Cai Guo-Qiang pour le MoMA en 2002, et de « Nimbe céleste », le spectacle pyrotechnique du 150e anniversaire de Central Park à New York. Il a publié un grand nombre de livres sur les feux d’artifice : La Planète du cœur — Conte du pays de la lumière (édition Cléo), Encyclopédie des feux d'artifice (édition Poplar), Pourquoi les feux d’artifice du Japon sont-ils les plus beaux du monde ? (Kôdansha +α Shinsho).

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Le secret du calme mystique des bols à thé RakuÀ l’heure actuelle, les bols à thé (chawan) raku de couleur noire font l’objet d’une attention croissante dans le monde. Le premier d’entre eux a été façonné par Chôjirô, le fondateur de la famille de potiers Raku, à la demande de Sen no Rikyû (1522-1691), le maître de la cérémonie du thé (cha no yu) qui a porté cet art à un degré de raffinement sans précédent. Pourquoi la beauté émanant de sobriété (wabi) de ces bols exerce-t-elle une pareille fascination, y compris en dehors du Japon ? C’est la question que nous avons posée à Raku Kichizaemon XV, descendant à la XVe génération du créateur de ces fameux chawan.
  • Les bols à thé en céramique Raku, un art d’avant-gardeSi la céramique dite Raku s’est acquis une rénommée mondiale, ses techniques traditionnelles, son histoire comme son esprit restent encore en grande partie inconnus du public. Nous allons tenter de découvrir ici l’esprit d’avant-garde caché dans ces bols destinés à la cérémonie du thé.
  • L’univers de Kawabe Takeo, artisan du bonsaïUn maître de 70 ans, Kawabe Takeo, est en train de révolutionner le monde du bonsaï, avec des chefs-d’œuvre inouïs qui remettent en question les formes conventionnelles. Les amateurs passionnés de ses œuvres sont particulièrement nombreux en Europe, où des connaisseurs font le déplacement au Japon pour une rencontre même fugace avec ses œuvres. Nous avons voulu en savoir plus sur la philosophie qui anime Kawabe Takeo et sa vision de la nature.
  • Tsuchiya Kaban : du cartable d’écolier au sac à dos pour adulteLa maison Tsuchiya Kaban a vu le jour en 1965. Depuis lors, elle fabrique de superbes cartables d’écolier (randoseru) réputés pour être à la fois inusables et indémodables. De quoi satisfaire les parents les plus exigeants et accompagner les enfants japonais durant les six années que dure leur scolarité primaire. Au Japon, le succès des randoseru ne s’est jamais démenti et il est maintenant en train de gagner le reste du monde. Cet été, nous avons rendu visite aux ateliers de Tokyo de Tsuchiya Kaban au moment où les employés mettaient la dernière main à la nouvelle collection, juste avant de prendre les commandes pour la rentrée 2017.
  • Le nouveau musée Hokusai de Tokyo « The Sumida Hokusai Museum »Un nouveau musée, le Sumida Hokusai Museum, consacré à Katsushika Hokusai, l’un des plus célèbres artistes de l’époque d’Edo, vient d'ouvrir ses portes. Il est situé dans le quartier de Sumida, près de la station du JR et du métro Ryôgoku, à quelques minutes à pied du Stade national de sumô (Kokugikan) et du Musée Edo-Tokyo.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone