Dossier spécial La modernité de l’esthétique traditionnelle
Des broderies palestiniennes sur les ceintures de kimono
[28.07.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية |

Une entrepreneuse culturelle japonaise, fascinée par les broderies traditionnelles palestiniennes aux motifs si colorés, est en train d’en diffuser l’appréciation parmi le public japonais en les adaptant sur des obi, les larges ceintures de kimono. Derrière cela, il y a également l’idée de former de nouvelles brodeuses et aider à la création d’emplois pour les femmes qui vivent dans les zones de conflit.

Un objet d’art unique au monde

En mai de cette année, une présentation de obi (ceintures de kimono) décorés de broderies palestiniennes a eu lieu à la résidence de l’ambassadeur (chef de la mission générale permanente) de Palestine au Japon, dans le quartier de Gotanda à Tokyo. Ce type d’événement a pour but de promouvoir les échanges culturels avec des pays ou des territoires encore peu familiers des Japonais, comme l’explique Yamamoto Maki, présidente de International Culture Exchange Japan (ICEJ).

Combiner les motifs des vêtements traditionnels palestiniens pour les adapter sur des ceintures de kimono est pour le moins original, et pourtant, aucune dissonance, aucun désaccord n’est perceptible. Comme le dit une dame allemande : « Les couleurs sont légères et s’harmonisent bien avec le kimono. Ce sont des œuvres uniques de grande valeur. »

Ces broderies sont toutes réalisées à la main par des artisanes locales. Chacune demande cinq à six mois de travail. Actuellement, seules sept ceintures de kimono ont été réalisées. Le prix dépend des couleurs et de la complexité du design, mais commence à environ 200 000 yens. Les pièces ne sont fabriquées qu’à réception d’une commande ferme. En ce moment, la commande d’une patronne de restaurant traditionnel de Kyoto est en cours de fabrication.

Pièce de broderie palestinienne retravaillée en obi. Les motifs traditionnels des vêtements palestiniens ont été combinés entre eux pour s’harmoniser avec l’esthétique du kimono, puis la pièce a été réalisée par une brodeuse de la banlieue de Ramallah, en Cisjordanie. Remarquable précision du point de croix.

Sympathie pour un peuple qui préserve sa culture au milieu du conflit

Depuis sa rencontre avec Maali Siam, épouse du chef de la mission de Palestine à Tokyo, Mme Yamamoto a participé à de nombreux événements de charité pour la Palestine. En approfondissant leurs liens d’amitié, l’intérêt de Mme Yamamoto pour la région natale de Mme Siam a grandi. Elle l’a visitée une première fois en 2013, au cours d’un voyage parrainé par l’Autorité palestinienne.

Au cours de son séjour, elle a visité Jérusalem, la Cisjordanie et Bethléem, et a découvert une nature riche, des villes actives, une cuisine très attentive au goût des saisons et une vie quotidienne d’une variété inconnue au Japon. Mme Yamamoto, qui maîtrise la danse traditionnelle japonaise et la cérémonie du thé, porte souvent le kimono dans la vie quotidienne. Elle est tombée sous le charme des broderies palestiniennes colorées.

« Chaque motif, qu’il s’agisse d’animaux ou de végétaux proches de la vie quotidienne des agriculteurs et des éleveurs, possède son histoire. Et c’est tellement beau, c’est empreint d’une telle chaleur que seule la broderie à la main peut procurer que j’en suis tombée amoureuse au premier regard. »

Mme Yamamoto a également vu la réalité des zones de conflit. Elle s’est par exemple rendue à Bil’in, un village de Cisjordanie occidentale. Des manifestations de protestation contre la politique d’occupation d’Israël ont lieu chaque semaine, dans ce village cerné par les colonies juives.

« J’ai entendu un sifflement, c’était une grenade lacrymogène, lancée par un char israélien, et j’ai respiré ce gaz. J’ai vraiment eu peur d’assister à un affrontement. Les journalistes locaux, les yeux rouges et pleurants, continuaient à faire leur reportage. Et en dehors de cela, dès qu’on s’éloigne du lieu de la manifestation, le peuple poursuit sa vie dans le calme. Quand j’ai vu les Palestiniens maintenir une richesse culturelle si forte malgré la situation de l’occupation, je me suis dit que j’avais envie de faire quelque chose avec eux.

Yamamoto Maki

L’année suivante, Mme Yamamoto a quitté sa carrière pour un fabricant de cosmétiques chez qui elle travaillait depuis dix ans. Elle a alors fondé l’ICEJ, une société active dans les échanges culturels internationaux. La production et la commercialisation de broderies palestiniennes fait partie de ses toutes premières activités.

« La situation palestinienne est grave. L’aide des organisations internationales, gouvernementales et non gouvernementales est fondamentale, mais pour ma part, je veux agir au niveau de l’entrepreneur individuel, en contact direct avec les travailleurs sur place. »

  • [28.07.2017]
Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Cai Guo-Qiang : un artiste plasticien chinois profondément influencé par le JaponCai Guo-Qiang est un artiste plasticien chinois de renommée mondiale qui a la particularité d’avoir vécu au Japon de 1986 à 1995. C’est là qu’il a commencé à explorer les propriétés picturales de la poudre à canon et à réaliser des œuvres pyrotechniques (« événements explosifs ») devenues par la suite sa marque de fabrique, sa « signature ». Quelle place le Japon occupe-t-il dans le travail étroitement lié à la culture, l’histoire et la pensée de la Chine de Cai Guo-Qiang ? C’est la question à laquelle l’éditeur Demura Kôichi se propose de répondre dans le présent article.
  • Le secret du calme mystique des bols à thé RakuÀ l’heure actuelle, les bols à thé (chawan) raku de couleur noire font l’objet d’une attention croissante dans le monde. Le premier d’entre eux a été façonné par Chôjirô, le fondateur de la famille de potiers Raku, à la demande de Sen no Rikyû (1522-1691), le maître de la cérémonie du thé (cha no yu) qui a porté cet art à un degré de raffinement sans précédent. Pourquoi la beauté émanant de sobriété (wabi) de ces bols exerce-t-elle une pareille fascination, y compris en dehors du Japon ? C’est la question que nous avons posée à Raku Kichizaemon XV, descendant à la XVe génération du créateur de ces fameux chawan.
  • Les bols à thé en céramique Raku, un art d’avant-gardeSi la céramique dite Raku s’est acquis une rénommée mondiale, ses techniques traditionnelles, son histoire comme son esprit restent encore en grande partie inconnus du public. Nous allons tenter de découvrir ici l’esprit d’avant-garde caché dans ces bols destinés à la cérémonie du thé.
  • L’univers de Kawabe Takeo, artisan du bonsaïUn maître de 70 ans, Kawabe Takeo, est en train de révolutionner le monde du bonsaï, avec des chefs-d’œuvre inouïs qui remettent en question les formes conventionnelles. Les amateurs passionnés de ses œuvres sont particulièrement nombreux en Europe, où des connaisseurs font le déplacement au Japon pour une rencontre même fugace avec ses œuvres. Nous avons voulu en savoir plus sur la philosophie qui anime Kawabe Takeo et sa vision de la nature.
  • Tsuchiya Kaban : du cartable d’écolier au sac à dos pour adulteLa maison Tsuchiya Kaban a vu le jour en 1965. Depuis lors, elle fabrique de superbes cartables d’écolier (randoseru) réputés pour être à la fois inusables et indémodables. De quoi satisfaire les parents les plus exigeants et accompagner les enfants japonais durant les six années que dure leur scolarité primaire. Au Japon, le succès des randoseru ne s’est jamais démenti et il est maintenant en train de gagner le reste du monde. Cet été, nous avons rendu visite aux ateliers de Tokyo de Tsuchiya Kaban au moment où les employés mettaient la dernière main à la nouvelle collection, juste avant de prendre les commandes pour la rentrée 2017.

Nippon en vidéo

Derniers dossiers

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone